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- 20 mai 2010 à 18h23
- in reply to: le plus vieux vin buvable de ma cave (et récit du dîner)
Merci Luc
Je ne connaissais pas le nom latin ! Là bas les habitants Javanais l’appellent l’edelweiss. En tout cas, les fleurs que j’ai senti ont bien l’apparence de la photo publiée.
A bientôt
Florent.- 20 mai 2010 à 15h24
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Laurent, les deux intervenants sur l’edelweiss parle de la fleur sèche… A toi d’aller en montagne vérifier par toi même. Fais toi ton propre avis. Car même si dans mes descriptions je parle habituellement de la fleur Indonésienne, je trouve que l’européenne n’est pas sans odeur loin de là. Après deux ans dans un porte feuille peut être, mais en montagne certainement pas… Mais la prochaine fois, je préciserai très exactement, tu as raison.
Par contre je suis moins certain, que personne n’aurait fait aucune remarque ! cf cuir de Russie une certaine fois…
Florent.- 20 mai 2010 à 14h59
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Je reconnais humblement que l’odeur qui est dans mon casier est bien l’edelweiss d’Indonésie. Et si cette fleur ne sent rien alors, c’est que mon nez a un sérieux problème !!!B)- On la perçoit à plusieurs mètres, ma femme s’en souvient encore !!
Sinon je ne connais aucune fleur qui ne sert à rien et qui n’ a aucune odeur. A méditer… Quelque fois le plus fin des parfums est aussi le plus complexe, pour qui fixe son attention plus de 2 secondes et y revient plusieurs fois.
Florent.- 20 mai 2010 à 14h08
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Manu, ta question n’est pas simple, car s’il on demande à quelqu’un de décrire à quoi ressemble l’odeur de la fraise, on s’aperçoit que c’est pas simple !
Le parfum d’edelweiss le plus parfait que j’ai senti est celui de cette fleur en Indonésie. Pour simplifier un peu, disons que cette odeur très complexe est un peu caramélisée, sucrée. Quant à l’essence même de ce parfum, il faut le sentir soi même pour le ranger dans son casier odeur. Un peu indescriptible honnêtement, désolé :S
J’ai toujours adoré mettre le nez dans les fleurs, au dessus de ce que je mange, au vent quand je sors dehors en prenant le temps d’ humer un peu l’air… Et ce que je dis n’est absolument pas pour toi Manu, mais pour d’autres qui se reconnaîtrons.Un sens, ça se développe, j’ai mis des années pour développer mon toucher, pour progresser dans mon métier, et j’apprends et m’entraîne toujours d’ailleurs… Pour le nez, c’est un peu pareil, il faut s’entraîner découvrir de nouveaux parfums… S’intéresser au monde qui nous entoure en fait ! Donc lorsque Manu se pose la question il a déjà gagné, car un jour, lorsque l’occasion se présentera, il aura envie de découvrir l’odeur de cette fleur.
Pour d’autres par contre c’est déjà à moitié perdu… En étant moqueur, ironique, on ne progresse jamais, on se complaît dans dans son monde trop pauvre, on dénigre sans cesse, on croit que ce que veulent donner les autres est de l’égocentrisme. La perception du monde devient erronée. Et ça c’est l’ego !
Si je dis « Salon est immense ». Tout le monde se dit Ok et on passe directement à autre chose. Avec la description, on compare à ce que l’on aime dans un Champagne, on fait des rapprochements avec la gamme d’odeur qu’on aime… Ca donne peut être plus envie de le boire, ou pas d’ailleurs !
Donc quand je fais des descriptions précises, c’est pour donner aux gens l’envie de boire le vin, de découvrir quelque chose qu’il ne connaisse peut être pas. Moi quand on me parle d’edelweiss dans un vin ça me donne envie de le boire, pas d’être ironique. Et quand je connais pas une odeur ça m’intrigue, et j’ai plus envie de poser des questions, de comprendre, de m’élever…
Patrice, et Bernardo je vous envoie pleins d’ondes positives pour arriver à vous libérer de votre égo… Et ça n’est pas une mince affaire pour l’Homme.
Merci à tous les autres.
Florent.- 19 mai 2010 à 14h08
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Rien de mieux que de tester et d’éprouver soi même les choses pour les comprendre. Je vous souhaite de tout coeur d’avoir des émotions aussi intenses dans le vin ou dans d’autres domaines d’ailleurs.
Bonne continuation.
Florent.- 18 mai 2010 à 14h01
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[i]Dans le train qui me transporte à Paris, je médite. Cet état d’esprit fait naître en moi un sentiment : L’admiration. On a tous dans notre cave, un vin que l’on chérit. Ce peut être le vin le plus ancien de notre collection, ou le vin le plus rare, ou le vin acquis dans des circonstances particulières, ou bien encore le vin le plus cher… Bref chacun reconnaîtra la situation qui lui convient le mieux.
Or ce soir, je pense que François ouvre le plus vieux vin buvable de sa cave. Et cette étape n’est pas facile à franchir. Il en faut du courage pour accepter le fait que dans quelques heures le moment tant rêvé sera passé, et fera définitivement parti de la mémoire. Il en faut aussi de l’abnégation pour ouvrir le vin, sans plus se poser de questions. En effet chaque invité amène un ou deux flacons très rares et prestigieux, mais nous savons tous qu’aucun de nous n’est tout à fait à la hauteur de l’enjeu. Mais en même temps, qui d’autre au monde possède encore ce genre de vin ?? Qui d’autre que François est aussi généreux ?
Notre flacon de rêve, on espère tous l’ouvrir dans des conditions idéales. On veut être entouré de telle ou telle personne, on souhaite fêter un évènement précis… Bref il faut que tout soit parfait. Alors nous repoussons à chaque fois le moment, car l’instant parfait n’existe pas. En fait seule notre disposition d’esprit peut être parfaite.
François, lui, a franchi ce pas de géant et il a décidé que ce serait pour ce soir. Je ne sais pas si l’instant est parfait, mais je suis certain, qu’il ne fera pas machine arrière ; Il me rappelle certains initiés qui ont travaillé toute leur vie pour l’accomplissement. Un jour ils sont prêts et rien de ne peut les détourner de leur destinée. En arrivant au restaurant, je vois que François est prêt. Bravo l’artiste et merci ![/i]SALON 1982
J’ai déjà eu la chance de boire cette légende du top 100 Bettane, il y a une dizaine d’années. C’est donc avec excitation que je plonge mon nez dans le verre. Quelle merveille ! Un vrai kaléidoscope de parfums. On reconnait le pralin, le sous-bois, les fruits d’été, les agrumes et même un doux parfum d’edelweiss. En bouche le fruité est colossal, presque sucré, évoquant la pêche et l’abricot. La finale fait un beau retour sur la terre d’origine. Quelle ouverture mes enfants ! 97/100BOLLINGER 1966
Lorsque François m’a confié qu’il souhaitait ouvrir un Bollinger 1945, je lui ai dit que Juhlin, le célèbre critique, estimait que les deux plus grandes années pour Bollinger étaient 1945 et 1966. Il me semblait donc intéressant d’apporter ce dernier en plus du Cos 1921. Le nez est la perfection de ce bas monde. On pense aux pastels de Degas. Les nuances effleurent le nez, virevoltent comme un tutu ; C’est la première fois que je sens la rose sur un Champagne. La pureté du fruit est inouïe. Les agrumes se mêlent à l’ananas, puis aux fruits de la passion. En bouche, le gaz est d’une jeunesse stupéfiante, comme j’aime. L’orange sanguine, le gingembre, le citron confit et l’écorce passent sur les papilles comme un foulard de soie. Mon dieu, quelle délicatesse. Le Bollinger 59 était le plus minéral de mon palmarès, voici le plus délicat ! 98/100CHÂTEAU HAUT BRION Blanc 1945
Je vous laisse imaginer la rareté de cette bouteille. La couleur ambrée me fait envisager deux solutions : Soit le vin est mort, soit il est liquoreux. Bingo…
Le nez de miel, de malt, d’amande, de pruneau et de sucre roux, évoque un beau Sauternes. La bouche offre une sucrosité délicate, avec des arômes masculins de tourbe, de cognac, et de liqueur. Il ne fait pas dans la dentelle et impressionne. Je rejoins François et pense comme lui , que l’on ne retrouve pas le caractère » Haut Brion » habituel. Il ne ressemble en rien à ce que j’avais déjà goûté de ce vin, jusqu’aux années 50. Un grand privilège et un beau vin en tous cas. 94/100CHÂTEAU COS D’ESTOURNEL 1921
La bouteille est superbe, avec un niveau LB. Le nez somptueux est parfaitement préservé. On note du tabac, du jus de civet, du cuir noble, du menthol, de la mûre et de la truffe en nuance. La bouche est une douce liqueur de cerise, de groseille, et de framboise. Quel touché de bouche ! Du velours je vous dis, et un gras d’une suavité qui me fait perde la tête quelques instants. Du fruit, rien que du fruit, et surtout un accord qui touche au divin, comme seul François sait les imaginer. Je n’ai jamais été très sensible aux accords, mais là je dois dire, que je m’incline complètement. La sauce devient vin, le vin devient sauce presque une minute. Je sais que certains me trouveront trop généreux, mais le vin, c’est aussi l’instant, la magie d’un accord… Le temps s’arrête ! 99/100CHÂTEAU GRUAUD LAROSE 1921
Ce vin n’est pas au programme. C’est la folie d’un convive qui sait que le restaurant possède encore ce flacon et qui veut faire un comparatif. Comment peut on refuser un cadeau pareil ? Le sommelier nous explique que les vins anciens du restaurant n’ont jamais bougé. Lorsque je vois arriver la bouteille, je manque de tomber par terre. L’humidité a fait sont travail sur l’étiquette, mais le niveau est dans le goulot, avec bouchon d’origine !! J’entends encore certains marchands me jurer au grand dieu, qu’un niveau mi-épaule est normal pour un vin de plus de 60 ans. J’ai toujours affirmé le contraire. En voici une magistrale illustration.
La couleur irréelle ressemble à celle d’un Pinot des années 90. Un rubis lumineux capte la lumière et la renvoie en mille feux.
Le nez possède toute la race de sa terre. Droit dans ces bottes, il distille généreusement de doux parfums de groseilles, de framboises épicées, de cèdre et de cuir. La bouche offre une fraîcheur suprenante et plus affirmée que celle du Cos. Mais elle n’a pas la même ampleur, la même folie. La fraise, la fourrure, les petits fruits rouges et le collant du gibier écorché dansent une valse sans fin. J’ai beaucoup moins d’expérience avec ce trop rare millésime, mais j’ose affirmer qu’il botte le postérieur de 1928, et possède encore plus de cachet que 1929. 98/100VOUGEOT Les Cras 1923 Liger Belair
Dès l’ouverture, on pouvait deviner que ce vin ne saurait être grand. Certes l’aération l’améliore, mais il ne peut donner ce qu’il n’a plus. Le nez des très vieux Pinot peut délivrer des odeurs subtiles de torréfaction, ou un relent plus grossier de vieux café. Ici, c’est malheureusement le deuxième cas. Mais au-delà de ce premier jet, on devine le caramel brun, la fumée, et les fruits rouges très compotés. La bouche n’a plus le velouté unique de mon millésime préféré en Pinot, mais elle raconte encore une jolie histoire de fourrure, de sucre roux et de cassis. Il doit être fabuleux avec un niveau parfait. 86/100LA ROMANEE 1949 Liger Belair
L’un des Pinot les plus encensés du siècle par Allen Meadows, l’homme qui a bu tous les grands Bourgognes depuis la première moitié du 19ème !! C’est donc une immense dame qui s’annonce…
Le nez, d’une pureté d’école, évoque la crème fouettée à la mûre et aux framboises, le gâteau fourré de myrtilles, puis l’anis et le graphite. On reconnaît les yeux fermés ce terroir très aristocratique, qui ne se livre complètement que si l’on accepte de lui prêter toute son attention.
En bouche, la densité est phénoménale, avec un équilibre qui relève du miracle. La violette, la rose, puis la réglisse et enfin les petits fruits rouges épicés se dévoilent en éventail. Un pinot tellement pur, mais tellement jeune aussi ! J’aimerais pouvoir le boire encore une fois dans 20 ans … 98+/100TOKAY 1819
Je suis silencieux. On imagine pas l’émotion qui vous saisit à ce moment là. Je ne sais pas comment François arrive à gérer une telle explosion de sentiments. Ca doit être assez phénoménal dans sa tête à cet instant !!!
Comment est-ce possible ? J’avais bu une fois un 1810, mais il ressemblait plus à une relique qu’à un vin. Ici, non seulement il se boit, mais il est même monstrueux ! Aucun vin jeune ne peut donner une gamme aromatique aussi biblique ! Et cette couleur acajou, que c’est beau !
La pomme d’amour, la tatin très caramélisée, le thé à la menthe fraîche, le rhum vanille, mais aussi le safran et la douce noix d’un vin de paille jaillissent du verre comme un feu d’artifice du 14 Juillet. Wowww!!!!
La bouche est encore plus puissante que le Chypre 1845. La charge d’alcool frappe la langue comme le boulet d’un canon. La sucrosité délicate associée au havane, à l’orange sanguine et au curcuma donne un vin totalement unique, point par point à la hauteur de l’enjeu. Il est absolument parfait pour lui même, alors quand s’ajoute à cela, la dimension historique, on ne sait plus si la note se justifie encore. Y a t’il une touche divine dans cette boisson qui ne semble pas vouloir mourir, ni même décliner d’un poil après des heures ?
Si ce vin est Français, et s’il vient de Provence, en particulier de La Ciotat, je suis encore plus ému, car cette ville m’accompagne de près depuis mon plus jeune âge. Merci à tout jamais. 100/100BOLLINGER 1945
La couleur est saisissante, on dirait un Champagne des années 70. Le nez puissant est d’une virilité qui me désarçonne… Le cuir, le bouillon de poule, la fève de cacao, le tabac, la cacahuète et même la fourrure envahissent les narines comme une épaisse fumée. La bouche est pesante comme du plomb fondu. Le gaz discret, mais bien là, permet le miracle de l’équilibre. C’est aussi une incroyable extraction de craie, de magnésie qui s’étale sur la langue et qui donne une jeunesse irréelle au vin. Puis à nouveau une touche virile de cognac, de peau de gibier, et enfin le citron confit et le gingembre qui clôture ce « bal de fin d’année ». Un Champagne devenu introuvable, avec un cachet inoubliable de mâle qui sait aussi être tendre et candide ! 99/100Je ne sais pas ce qu’on peut encore ajouter à ce festival unique… Les vins parlent d’eux-mêmes, alors je propose d’arrêter là et de me taire. Laissons ce moment raisonner à tout jamais dans l’éternité…
Florent.
- 10 mai 2010 à 1h28
- in reply to: Petites Filouteries au Gunthard Club !
Les secs de Foreau sont des bijoux, je confirme, et en plus ils vieillissent à merveille. J’ai un souvenir incroyable d’un 1978 d’une pureté et d’une complexité troublante. J’imagine que les 2002 se boiront donc bien dès maintenant et sur plusieurs décennies !
Florent.- 10 mai 2010 à 1h10
- in reply to: Petites Filouteries au Gunthard Club !
Super Cr, original et très sympa à lire !
Trop dommage pour le Rochegrès 99 car c’est vraiment un top Gamay… Je suis aussi un fan de Joblot !
J’adore Yquem, mais honnêtement je trouve qu’il commence réellement à décoller à partir d’une trentaine d’année. Dans sa jeunesse, il est superbe, mais ne se démarque pas énormément d’autres grands liquoreux ( A l’aveugle j’entends 😉 ). J’espère que tu auras un jour la grande émotion !
Encore bravo.
Florent.- 7 mai 2010 à 13h29
- in reply to: Deux frères et l’éternité en bouteille
Il est certain que si je devais définir un idéal, ça serait de pouvoir boire tous les plus grands vins avec mes proches. Dans de telles conditions, on a vraiment la sensation d’être entier, en harmonie et totalement heureux.
Florent.- 6 mai 2010 à 19h09
- in reply to: Une belle année 1998 ?
J’avais été très déçu par Muntada 98… En puissance, sans réelle complexité. A revoir certainement, car c’était il y a bien 5 ans…
Florent.- 28 avril 2010 à 20h26
- in reply to: Latour 1945, Trotanoy 1945, Beaune Teurons 1943, Oenothèque 1966, Salon 1971, Chypre 1845 et bien d’autres au Laurent
Merci Arnaud.
En fait je le fais aussi pour d’autres vins.. Plus jeunes ou moins prestigieux, mais comme je l’avais expliqué une fois, c’est le temps qui manque pour mettre tous les CR en ligne.
Je suis sûr que ça serait drôle de se croiser un jour :)-D
Florent.- 28 avril 2010 à 19h23
- in reply to: Latour 1945, Trotanoy 1945, Beaune Teurons 1943, Oenothèque 1966, Salon 1971, Chypre 1845 et bien d’autres au Laurent
Arnaud, j’aurais préféré que tu me poses une question sur le pourquoi de l’hésitation, bref que tu me demandes des précisions sur ce qui justement fait la différence… J’aurais écrit avec plaisir. Là je resterais bref.
Fabien a déjà répondu… En effet à un moment donné, on se réfère au sommet de la pyramide… Je suis persuadé qu’un politiquement correct « Très bien +++++ » t’aurais plus parlé peut être… Alors disons que j’hésitais sur 1 + d’écart, ou peut être un 0,15/20, ou encore un tiers d’étoile…
Je crois qu’au bac tout le monde fait la différence entre 17/20 note exceptionnelle, et 19 ou même 20/20 que seuls quelques élèves obtiennent dans une académie donnée.
Alors il faut juste comprendre que je le fais surtout pour ceux qui souhaitent acheter ces vins… DomP 66 ,Veuve Clicquot 55, ou DomP 62 ?
Donc mot, étoile,+ , ou note, peut importe, c’est juste une façon de s’y retrouver pour le lecteur qui souhaite approfondir. Pour les autres, ils n’ont qu’à oublier la dernière ligne de mon commentaire ou ne pas le lire du tout…
Florent.- 28 avril 2010 à 15h27
- in reply to: Latour 1945, Trotanoy 1945, Beaune Teurons 1943, Oenothèque 1966, Salon 1971, Chypre 1845 et bien d’autres au Laurent
C’est incroyable que tu parles du Dom P 66, car c’est le seul vin pour lequel je n’arrivais pas à me décider : 97 ou 98 ?… J’ai changé de nombreuses fois, puis en reprenant mes notes de tous les Champagnes bus ces dernières années, j’ai finalement opté pour 97… C’est le plus grand des Dom P que j’ai bu, plus parfumé que le 62, mais un poil moins long… Avec cette allonge supplémentaire, je le passais directement de 97 à 99/100…
Florent.- 27 avril 2010 à 22h44
- in reply to: Latour 1945, Trotanoy 1945, Beaune Teurons 1943, Oenothèque 1966, Salon 1971, Chypre 1845 et bien d’autres au Laurent
Un repas monumental, avec une générosité sans limites de François. Tout a été dit dans les précédents post, grâce à la plume unique du maestro, et grâce à la poésie de Jean Philippe. J’ajoute tout de même mes impressions en restant fidèle à mes habitudes. Les amateurs pourront donc avoir un aspect plus chirurgical des différents vins. Et la note, encore et toujours pour parfaire le tout ! 😉
SALON 1971
Un champagne qui fait parti de mon Top 30, et que j’avais adoré il y a quatre ans. Cette fois, je lui trouve moins de profondeur et de longueur, mais qu’on ne s’ y trompe pas, cela reste un grand Champagne… Le nez très printanier, est une ode au beau temps qui s’est installé : Fleurs, bergamote et nougat sont quelques uns des parfums qui flattent nos narines. En bouche il est ciselé, très axé sur les agrumes et les minéraux. Un beau vin aérien à qui il ne manque qu’un poil de longueur pour avoir la même qualité qu’auparavant. L’autre bémol concerne évidemment le prix démentiel des vieux Salon, qui à mon sens, n’est pas justifié… Les Salon des années 70 sont actuellement au moins aussi chers que les Krug,et je pense qu’il y a d’autres maisons moins célèbres, mais aussi bonnes, à un prix nettement plus abordable. 94/100DOM PERIGNON Oenothèque 1966 Magnum
Ce flacon en magnum est d’une beauté troublante, et lorsqu’on réalise qu’il est amené par » Monsieur Dom Pérignon » en personne, l’émotion est à son comble. Le nez jaillit du verre sur la noisette, le pain grillé ; On croirait humer un Coche Dury. Jean philippe y trouve des notes précieuses d’ambre, qui m’intéressent au plus haut point. L’aération donne une complexité folle au bouquet qui devient pulpe de marakoudja et fougère. La bouche est une caresse avec un gaz d’une jeunesse surréaliste. Richard nous fait un cours magistral sur les 2 vins : Salon misait tout dans la première phase, l’attaque, alors qu’ici le Dom P tient la note avec un sens de la continuité unique. L’abricot et le pamplemousse donne une fraîcheur, une gaîté au vin qui me réjouit. Il égale grâce à sa complexité le mythique 1962. 97/100VEUVE CLICQUOT ROSE 1947
L’année 1947 est devenue très difficile à trouver, et lorsqu’il s’agit d’un rosé, l’affaire se complique encore… Je veux faire plaisir à François avec celui-ci, et je suis donc stressé lorsque le sommelier lui fait goûter… Sa mine semble sombre lorsqu’il place le verre sous ses narines. J’imagine que le vin est mort comme je le redoutais, mais non, car à ce moment là, François s’écrie » J’adore ». OUF ! La couleur est effectivement rubis soutenue, très aguichante. Le nez est un ovni ! On reconnaît quand même le thé aux fruits rouges, la fraise macérée, le chêne noble, mais il est déstabilisant d’originalité. La bouche possède encore un pétillant fin qui porte agréablement la pâte de fruit, la groseille et le café. Très belle allonge. Un très grand rosé, pur et romantique à l’opposé du Pommery rosé 1959… 96/100MONTRACHET 1971 Bouchard P&F 1971
Je suis excité de goûter à un mois d’intervalle le Chevalier et maintenant le Montrachet 1971 de chez Bouchard. Ce dernier offre la même couleur d’or patiné. Le nez de coquillages, de fumée et de silex, délivre par la suite quelques fragrances exotiques qui me rappellent notamment l’ananas. L’attaque en bouche est puissante, mielleuse, tandis que la finale amère est une décoction de gingembre et d’écorce. Il lui manque juste le volume et l’allonge superlative de son compère Chevalier. 93/100CHÂTEAU TROTANOY 1945
Ce vin est un mythe dans le cercle fermé des amateurs de vins anciens. Encore plus rare que Petrus et presque aussi convoité que les Lafleur mise château. Le premier coup de nez m’envoie un jet puissant de truffe noire à laquelle se mêle une nuance subtile de vieille barrique ou de liège selon l’instant. Je laisse mon verre près de 45 minutes pour suivre l’évolution. Le sommelier m’a généreusement ajouté quelques gouttes du fond de bouteille. Très franchement après cette longue aération, les odeurs parasites sont à peine perceptibles. La truffe noire, le cèdre, le chocolat liégeois explosent comme un ouragan. En bouche, la richesse est hallucinante, presque moelleuse. Petrus 1945 était un monstre tannique, une montagne ! Ici le vin est tendance 1947, c’est à dire gorgé de soleil et d’alcool de fruits. Cette onctuosité est assez unique je dois dire, et je sais que, parfaitement conservé, ce vin serait entré directement dans mon Top 30, volant sans pâlir la vedette au Latour. Malheureusement l’histoire sera différente, car la finale est nette, mais comme le souligne Jean Philippe, on sent que la complexité et l’immense longueur manque à l’appel à cause du bouchon défaillant. Je retiendrai pourtant un vin incroyable, saturé de chocolat, de caramel, de charbon et de fruits noirs épicés en milieu de bouche, ainsi que ses senteurs de Truffe noires qui m’ont fait faire un détour dans le Périgord. 95/100CHÂTEAU LATOUR 1945
La bouteille est sublime avec un niveau bas goulot ! Mille fois merci François ! Immédiatement je perçois des senteurs géantes de gibier mijoté, de menthe, de baies épicées et de cuir noble. Il y a quelque chose de monastique dans ce nez ! Tout en retenue, mais d’une complexité infinie… En bouche, c’est du génie. Les tanins ont l’épaisseur d’une sauce, mais sont en même temps totalement civilisés et fondus. C’est le premier 1945 que je bois dans cet état. Il n’a pas le côté sauvage, complètement indompté des autres compères de cette année unique en son genre. Les papilles sont noyées sous le flot aromatique de graphite, d’ardoise, de mûres, de cacao et d’eucalyptus. Ce Latour est d’une classe inégalable, bref, la définition de l’école « rive gauche » du Bordelais. Il n’a pas la folie du 1959, mais il le dépasse en élégance et en pureté. Entrée directe dans le top 30. 100/100CORTON GRANCEY 1934
Je suis fier d’avoir amené ce vin, car les pinot avant guerre deviennent rares, et 1934 est l’une des années préférée des vignerons. le nez de tabac, d’anis, de petits fruits rouges et de torréfaction est un bonheur pour les narines. La bouche est voluptueuse, riche en alcool et très gourmande. On y retrouve les groseilles, le zan avec une touche de sang et de fer qui excitent les papilles comme certains 1945 de la côte de Nuits. je suis souvent déçu par la côte de Beaune, mais celui-ci est un bel exemple, parfaitement conservé. 94/100BEAUNE TEURONS 1943 Bouchard P&F
Le nez est plus complexe que le précédent, mais la bouche manque à mon sens de sa richesse. On sent que le millésime plus froid lui a donné la pureté au dépend de la puissance. Là encore, on retrouve les petits fruits rouges et le tabac, ainsi que des notes de cuir, de cendre et de bois précieux. La couleur est aussi plus rubis gourmande que celle du Grancey. En bouche, il est sans concession, un peu austère, mais le goût de framboises épicées associées à la terre et aux minéraux est émouvant. Je préfère quand même la puissance qu’avait, par exemple, le Beaune Marconnets 1959 de la même maison. Je suis le seul à mettre les deux Bourgogne du jour au même niveau ; Ils ont chacun leur registre. L’histoire retiendra pourtant plus facilement ce 1943, car le laïus de François au sujet des Pinots qu’il aime, et sur ce qu’il aimerait qu’on retienne de lui pour la postérité est un grand moment d’émotion. 94/100CHÂTEAU D’ YQUEM 1987
Le nez puissant de biscuit chaud, de miel, d’amande et d’agrumes confits nous conduit irrémédiablement à Sauternes. La bouche présente une belle complexité dans ce millésime un peu faible. On perçoit la réglisse, la datte, la prune enrobée de miel et le citron doux. Parfaitement à la hauteur de sa réputation,mais encore bien trop jeune !
François l’adore et je le comprends, car il est élégant et frais… 92/100CHÂTEAU COUTET 1943
La couleur acajou est tellement belle que j’ai envie de manger la bouteille ! Le nez prodigieux est un mélange d’abricot caramélisé, de poire, d’orange sanguine, et d’amande. La bouche offre une sucrosité parfaite, comme je les aime : Puissante, mais patinée à souhait, bref, qui n’est jamais envahissante. On reconnaît le caramel salé, la figue, les orangettes et la fève de cacao. Ce liquoreux est un pur délice ; Alors merci jean Philippe, car les vieux Coutet ne sont pas légions sur le marché ! 95/100CHYPRE FERRE 1845
Quel cadeau incroyable de François ! J’ai la chance de boire ce vin mythique pour la 3ème fois, et si le je pouvais je procéderais ainsi pour tous les vins ! On ne comprend, en effet, totalement un vin ancien qu’au bout de plusieurs fois… Cette fois, le Chypre se présente dans une variante que je ne connaissais pas… « Ferré ». Le flacon est d’une forme 18ème qui lui donne la classe pour trôner dans un musée. Toute la soirée, je taquine François à ce sujet, en le suppliant de pouvoir conserver la bouteille. Impossible de le convaincre. J’aurais du tenter de lui faire reprendre un verre de d’eau de vie !!!!!!
Je pense que cette version de Chypre est différente de l’autre, car je ne reconnais pas totalement le goût non plus… Je me demande si ce n’est pas le plus grand de tous. Le nez de résine, de menthol, de bougie et de réglisse est un paradis ! En bouche la liqueur est encore intacte et porte de façon impériale les parfums de pamplemousse, de thé à la menthe, d’eucalyptus et de cuir. La finale est un monument absolu, puisque le clou de girofle me fait retourner en Indonésie, tandis que le poivre de luxe me transporte chez les grands cuisiniers Français. 100/100EAU DE VIE Felix Potin
Cette eau de vie très ancienne qui date probablement de la première moitié du 20ème siècle est un bonheur. On perçoit du safran et de la prune au nez, tandis que la bouche aux accents vanillés de rhum arrangé est très plaisante. 94/100Cette soirée fut une réussite totale. Il est bien rare d’avoir une telle série de vin sans un seul « trou »… Les amateurs de vieux flacons savent de quoi je parle ! Je remercie encore du fond du coeur François pour sa générosité sans limites et son accueil chaleureux. Nous avons passé un moment d’amitié formidable, marquée par quelques discussions inoubliables. Du bonheur à l’état pur !
- 21 avril 2010 à 16h02
- in reply to: Corton Charlemagne Coche Dury 1998, Moët 1955 et La Tâche 1943 sur la cuisine du restaurant Laurent
Je reviens un peu sur tout ce qui a été dit, et honnêtement, je suis dans les vins anciens depuis un bon moment maintenant, mais je n’ai jamais rencontré des gens comme François avant…
Sa démarche pour percer le mystère d’un vieux vin et pour saisir son message est assez unique. Je trouve génial de respecter un produit aussi noble, et ce même lorsque celui-ci est plus faible. Cela me fait un peu penser à un sage qui prendrait le temps d’écouter la philosophie d’une personne très âgée sur son lit de mort. Même à ce moment là, au delà des apparences, il y a encore un message à méditer.
J’avoue ne pas en être encore arrivé à cela dans ma quête, mais je respecte fortement cette volonté de comprendre, et cette démarche intellectuelle.
Une autre chose très importante que les détracteurs ne relèvent pas assez souvent, il me semble, c’est que François ouvre ses vins. Il y a encore tellement de grands collectionneurs, ou de simples amateurs, qui regardent leurs belles bouteilles, hésitent et hésitent encore, trouvent toujours un prétexte pour repousser à plus tard l’ouverture d’une bouteille, que cela mérite d’être souligné en gras
François, lui n’hésite pas, et il partage, invite aussi des inconnus voisins de table, et même ses détracteurs, pour tenter de faire partager son enthousiasme. Et ça , je crois que bien peu de passionnés le font réellement…
Je trouve qu’il n’ y avait pas matière à tout ce débat, car finalement, si on lit bien le texte initial, on comprend parfaitement que cette Tâche était en demi teinte, loin d’atteindre le niveau du même vin parfaitement conservé… François l’exprime clairement, mais il va plus loin que cette première approche en cherchant à comprendre un style, une terre, un savoir faire… De plus il respecte et honore le cadeau de son ami… Qu’ y a t’il à redire à cela ??
FlorentMarco,
en fait cette île flottante est une bonne idée je crois, mais je n’ai pas réussi, loin de là même, à égaler la recette légendaire de ma maman pour le velouté d’orties… J’avais oublié de lui redemander ! Mais si j’arrive à trouver cette qualité, je pense que le résultat sera assez génial… A revoir
pour la Mouline je pense que c’est mon ami Libe qui l’a chipé sur Ebay… C’est un grand chasseur lui aussi…
Florent.- 20 avril 2010 à 14h35
- in reply to: Corton Charlemagne Coche Dury 1998, Moët 1955 et La Tâche 1943 sur la cuisine du restaurant Laurent
Un compte -rendu plein d’émotions, et très vivant.
La prochaine fois, je veux bien être l’inconnu de la table voisine !:)-D Ta générosité est sans limites…
Dommage pour le 1955. Il était certainement intéressant, mais tu connais mon côté maniaque sur les bulles… Et avec ce que j’ai bu ce WE, cela me confirme encore une fois, que c’est un facteur déterminant pour l’émotion suprême !
Merci encore pour ce récit passionnant.
Florent.- 13 avril 2010 à 22h42
- in reply to: Dégustation d’Alsace et une petite verticale de Grange des Pères
Personnellement, je trouve Alquier beaucoup plus ciselé, et Romain Pauc d’une complexité de Parfums tout simplement époustouflante. Je parle uniquement du millésime 98 pour ces deux vins, car n’ayant pas encore goûté la suite, je ne peux pas me prononcer ! J’imagine pourtant que Grange des Pères a dû encore améliorer la qualité, et que le rapport de force c’est peut être inversé… Pour le blanc, tu devrais ( mais tu l’as peut être déjà fait…) tenté une année comme 96 ou 99 actuellement. Le vieillissement apporte un cachet unique ! A l’aveugle ça décoiffe..
Florent..- 13 avril 2010 à 20h45
- in reply to: Dégustation d’Alsace et une petite verticale de Grange des Pères
Je me suis plus retrouvé sur Romain Pauc 98, le plus grand Languedoc Roussillon que je n’ai jamais bu. A noter que je ne l’ai pas regoûté depuis 4 ans ; J’espère donc qu’il évolue favorablement … Alquier m’avait également impressionné.
La grange des pères m’a toujours plus bousculé sur les Blancs ( 96 et 99)
Florent.- 13 avril 2010 à 18h00
- in reply to: Dégustation d’Alsace et une petite verticale de Grange des Pères
Belle dégustation. très instructive… De mon côté, je prends mon temps sur la Grange des Pères. Le millésime le plus « jeune » que j’ai bu est 1998: Très bien, mais je trouve qu’il a des concurrents encore meilleurs dans cette région.
Bonne continuation.
Florent.