2 dîners…

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    [i]Deux repas sont l’occasion de goûter quelques bouteilles qui me tentent en ce moment. Le premier dîner se passe à la maison. C’est donc le bon moment pour tester enfin une recette que j’ai en tête depuis longtemps : Une île flottante contemporaine composée d’ un velouté d’orties et d’oeufs en neige à l’ail des ours.
    La semaine suivante, je mets cette fois les pieds sous la table et goûte à l’aveugle une belle série. Cela fait quelques temps que je ne suis pas parti dans les étoiles et ça ne sera pas pour cette fois encore, mais peu importe, le plaisir est là et c’est bien l’essentiel ![/i]

    CHAMPAGNE GOSSET 1971
    Le nez de pomme, de raisin sec et de café donne l ‘impression que ce Champagne est plus vieux de 10 ans. J’ai remarqué que 1971 est une année riche et parfumée, mais assez évoluée déjà. Il faut donc commencer à les boire…
    En bouche, le cordon est impeccable, charriant un flot de parfums comprenant la noix, la liqueur de pomme, et les petits minéraux en finale. J’ai une nette préférence pour le 1973, bien plus racé. 91/100

    CHÂTEAU LAVILLE HAUT BRION 1966
    Un château que j’adore, qui m’avait donné l’une de mes plus grandes émotions en Blanc, avec le 1949. Malheureusement, celui-ci est bouchonné. Rageant ! NN

    CHEVALIER MONTRACHET 1971 Bouchard P&F
    Finalement, mon vin de secours est une bombe ! Le nez puissant de paille, de cire, de champignons frais et de noisette grillée est un régal pour les narines. La bouche ne fait pas dans la dentelle. Quelle force ! Le beurre fondu, les fruits exotiques poêlés et les fruits d’été macérés envahissent le palais, tandis qu’une magnifique finale saline et safranée nous fait tomber sous le charme de ce Chevalier. 95/100

    CHAMBERTIN CLOS DE BEZE 1993 Faiveley
    Un producteur que j’aime beaucoup. Son 1990 est d’une qualité hors norme ! Ce 1993 est moins exubérant,à cause d’un nez plus strict de fourrure, d’anis, d’herbes et de groseilles. La bouche pure et ciselée,rappelle la roche, la griotte et la framboise épicée. Laissons lui encore une bonne dizaine d’année. Il sera grand, car la matière est là… 91+/100

    CHÂTEAU PAVIE 1950 (Négoce)
    Le nez, en pleine forme, de cacao, de cannelle, de chocolat noir et de pralin, est nuancé de fines herbes et d’olives. La bouche offre une superbe attaque mentholée, et un grain de tanin abouti. Le kirsch et la griottine prennent le relais, tandis qu’une finale agréable et acidulée termine ce beau voyage. J’entends « années 70 ou 80  » à l’aveugle. Ha ces vieux vins ! 94/100

    CHÂTEAUNEUF DOMAINE DU PEGAU Cuvée Da Capo 1998
    Faut-il encore présenter ce vin , l’un des plus mythiques du monde, que Parker range dans ces légendes absolues, aux côtés de Rayas 1990 et Célestins 1990 ?
    Le nez est une compote de raisin de Corinthe, et de mûre, avec des nuances de rhum arrangé, de tapenade et de gibier.
    C’est la deuxième bouteille que je goûte,et le vin n’a pas encore évolué : On a toujours cette impression de boire une sauce parfumée de rhum vanille, de burlat et de framboises. Le tour de force réside dans cette capacité qu’a ce domaine à rester digeste en comparaison des monstres Américains que j’ai pu tester. La minéralité, ainsi qu’une acidité de bon aloi équilibre la finale. A revoir dans une quinzaine d’année… 95+/100

    VIN DE PAILLE 1966 Domaine de La Pinte
    Il est encore buvable, mais des traces pas très nettes de vieilles barriques me gâchent une grande partie du plaisir. Quand je repense au fameux 1959, monument absolu, je suis très déçu par la performance de celui-ci. NN

    QUETSCH 1895
    Le nez est à se damner tant il tourbillonne sous nos narines; Il est difficile d’en saisir toute la complexité, mais retenons la tourbe, les herbes sèches, le noyau et la chair de prune. En bouche l’alcool est là, c’est certain, mais cette eau de vie reste aérienne, avec des notes de bâton de réglisse, de fruits macérés et d’épices délicates. Très grande finale. 96/100

    Suite chez Libe la semaine d’après…

    CHARLES HEIDSIECK « Charlie » 1979
    Le nez à point rappelle le pain grillé, les agrumes confits, avec une touche de guimauve. En bouche, le cordon est fin, tandis que la minéralité tranchante comme un silex stimule les papilles. On perçoit aussi une note de bicarbonates. La finale est heureusement plus gourmande grâce à cette touche de fruits d’été juteux. 91/100

    MEURSAULT Les Corbins 2007 V.Dancer
    Le nez ouvert dévoile des senteurs de chêne sucré, de beurre, d’amande et de pêche. La bouche glycérinée, offre une salinité agréable, mais le milieu , un peu mou, peine à nous embarquer. Je préfère de loin les génériques de Coche. 87+/100

    RICHEBOURG 1991 Hudelot Noëllat
    Le nez de fourrure, de café froid, de poussière et de pruneau me rappelle celui d’un Pinot des années 60 à l’aveugle : C’est fâcheux ! En bouche, la touche de sucraïon ne sème pas le doute dans mon esprit. Je perçois même quelques notes provençale, qui me donnent à penser qu’on a pu ajouter un peu de Grenache. Quand Libe nous dévoile la provenance et l’année, je prends un coup de chaud ! Pas déplaisant, mais problématique… 87/100

    CÔTE RÔTIE LA MOULINE 1980 Guigal
    Le nez est magnifique, exemplaire même, pour un si modeste millésime. Il s’étale sur les herbes grillées, la cendre, le toast et les groseilles. La bouche est crémeuse, gourmande, grâce aux arômes de pruneaux, de lard, de baies et d’olives noires.Quel beau vin ! J’ai une petite pensée pour Marco qui aurait adoré cet exemplaire impeccable de son année de naissance. 95/100

    TOKAY PINOT GRIS Muenchberg VT 1994 Ostertag
    Un producteur que j’adore, une année que je vénère en Alsace, et pourtant le résultat n’est pas la hauteur.
    Le nez de coquillages, de zeste, et de citron confit est agréable. C’est quand même un peu le minimum syndical… La bouche est dénuée d’intérêt, car monolithique et courte. Un beau loupé, en somme… 84/100

    Un petit bonus pour la route…Mes parents sont de passage le lundi de Pâques, et j’ai envie d’ouvrir cette appellation chère à nos coeurs !

    MOULIN A VENT 1959 Hospices de Romanèches
    Le niveau est parfait. Hormis l’étiquette très abîmée, on dirait que le vin est tout neuf !
    Je déchante en ouvrant le flacon, car le bouchon d’origine part en lambeaux… Mais en vérité, je vous le dis, rien n’arrête un grand Gamay. Ceux qui méprisent le Beaujolais feraient bien de goûter celui-ci à l’aveugle qu’on rigole un peu.
    Je dois avouer que mon papa est très en forme, ce jour, pour cet exercice périlleux. Il se place sur l’année 1959, plutôt en Richebourg de mise négociant. Pas mal, je n’aurais pas fait mieux, c’est certain… Il est vrai que ce nez de rose et de violette dirige tout droit sur un grand Côte de nuit. La bouche gourmande fait saliver, grâce à ce flot de petits fruits rouges, de fumée et d’épices délicates. Certes il manque de coffre et de longueur, mais on s’en fiche un peu, car la bouteille est finie en moins de deux, et c’est bon. Tout est dit ! 91/100

Affichage de 13 réponses de 1 à 13 (sur un total de 13)
  • Replies
    Michel Gratioulet
    Participant

    Suite chez Libe la semaine d’après…

    Y a pas, ils ont les moyens dans la presse écrite !

    J Ph Durand
    Participant

    Probablement du caviar avec le Charles Heidsieck 1979 😉

    JPh

    J Ph Durand
    Participant

    Joli compte-rendu. Merci Florent !

    Très belle description du Chevalier Bouchard.

    Je n’ai jamais trouvé Da Capo digeste… Peut-être qu’avec le temps…

    Amitiés,
    Jean-Philippe

    François Audouze
    Participant

    Tout ça est fort réjouissant.
    Tu as choisi des années parfois difficiles, et les vins, même s’ils n’ont pas la force des grandes années sont souvent présents au rendez-vous.
    L’année 1950 confirme une fois de plus qu’elle est brillante. L’un des plus grands est Haut-Brion 1950.

    François Audouze
    Participant

    En 1950, j’oublie le sublime Pétrus !

    Florent,

    Sélection des plus éclectiques (tu).

    Comme Jean-Philippe, je suis généralement dubitatif au sujet de Da Capo. D’autant que son profl aromatique devait trancher avec les autres vins présents. Un challenge pour les papilles!

    François,

    Grand souvenir d’un Vieux Château Certan 1950 au sommet (il y a une dizaine d’années déjà).

    Christophe

    François Audouze
    Participant

    Je n’ai pas bu VCC 50.
    J’ai bu Latour et Lafite 1950 ensemble. Latour dominait de la tête et des épaules.

    J’ai bu da Capo 1998 en 2006 et j’ai aimé, malgré le fait qu’il titre 16°.

    Et c’est avec Jean-Philippe que j’ai bu da Capo 2003 en magnum :

    [i]C’est une grande émotion de servir un magnum de Domaine du Pégau, Cuvée da Capo 2003, car ce vin couronné de la note maximale par Robert Parker, recherché par tous les amateurs du monde est une extrême rareté. Bien sûr nous ne le buvons pas à sa véritable maturité, mais j’en ai follement envie.
    Le premier plat de Jean-Philippe pour ce vin est un filet de maquereau à l’unilatérale, mûres, coppa et caviar d’aubergines blanches à la muscade. Jean-Philippe a extirpé chaque arête à la pince à épiler, et l’effet gustatif est spectaculaire, car on mord dans le maquereau à pleines dents, ce qui amplifie le goût. Le vin est très puissant, avec toutes les caractéristiques des vins modernes dont le poivre et le cassis, mais on sent qu’il est beaucoup plus que cela. Il est profond, ciselé, d’un beau maintien, taillé pour affronter les ans en s’améliorant sans cesse. Le maquereau l’excite avec bonheur, la coppa avec les mûres capte sa trame profonde. Seule l’aubergine est hors de propos pour dialoguer avec le vin.[/i]

    Comme l’heure est à l’humour, je dirai avec une certaine jouissance à JPh que du maquereau à la mûre et à la coppa avec da Capo, ça fait très Gérald Passédat !!! (tu)

    (toute ressemblance avec d’autres discussions serait fortuite)

    macflo76
    Participant

    Jean-Philippe,
    Châteauneuf du pape est une des rares appellations qui ne me donnaient des grandes émotions qu’avec des vins jeunes ( années 80 et 90 ). C’est certain que j’avais aimé des vins comme Clos des Papes 1978, Fortia 1970… Mais je préférais tout de même les vinifications modernes. Puis un jour je suis tombé sur des bijoux comme Clos l’oratoire des papes 1952, 1949, Mont Redon 1949, et là j’ai compris que cette appellation vieillissait admirablement, lorsque le vin avait été vendangé un peu sur la brutalité, et la puissance. il me semble que Da capo est dans cet esprit ultra confit et puissant, et donc je garde espoir de voir ce vin devenir grandiose aux alentours de 2040 peut être… C’est une hypothèse, mais j’y crois…

    Christophe,
    En fait c’était justement le but de la manoeuvre : Trancher complètement avec le reste de la dégustation, en terminant par Da Capo.
    Quelques fois, j’aime faire un thème dans ma dégustation, mais à d’autres moments, je veux au contraire bousculer un peu les codes et les papilles. Franchement, c’est bien passé et tout le monde avait l’air ravi… Même si 95/100 est une note superbe dans mon système, ça n’est pas non plus 98 ou même 100 ! Il y a donc beaucoup d’autres vins plus inoubliables que celui-ci effectivement. Sinon je rêve de boire VCC 1950, mais il manque encore à l’appel !

    François
    j’ai une nette préférence pour Mission par rapport à Haut Brion sur 1950… Je n’ai pas encore bu Petrus dans cette année, mais connaissant le 1945, j’imagine volontiers le résultat ! J’ai un super souvenir de Fleur Petrus en 1950… Sinon Da Capo 2003 en magnum, ça doit décaper sévèrement !!!

    Florent.

    J Ph Durand
    Participant

    François, je n’avais pas vu ton message !

    Ma réponse est simple : qu’est ce qu’on ne ferait pas pour un ami ! Le maquereau pour toi, la mûre et la coppa pour le vin (et c’est ce qui permit l’accord).

    Quant à Gérald Passédat, je dirai que la grande différence qu’il y a entre lui et moi, c’est que je fais toujours des efforts pour créer l’accord avec le vin qu’on me propose. Et toc !

    Jean-Philippe Durand

    François Audouze
    Participant

    JPh,
    Je sens que je vais annuler notre prochaine rencontre (private joke).

    Tu vois, toi tu cherches, alors que Gérald, lui, il trouve …. l’accord qui ne marche pas.
    Là aussi c’est de l’humour, parce que j’irai chez Gérald pour sa cuisine, et chez toi pour tes accords (seconde private joke).

    J Ph Durand
    Participant

    😀

    Marc-ol
    Participant

    Florent, tu ne nous a rien dit du résultat de cette île flottante ! Réussie ?

    La Mouline 1980, oui, une bouteille m’est passée sous le nez sur ebay il y a quelques mois. Ton commentaire m’incite à en rechercher 😉

    macflo76
    Participant

    Marco,
    en fait cette île flottante est une bonne idée je crois, mais je n’ai pas réussi, loin de là même, à égaler la recette légendaire de ma maman pour le velouté d’orties… J’avais oublié de lui redemander ! Mais si j’arrive à trouver cette qualité, je pense que le résultat sera assez génial… A revoir
    pour la Mouline je pense que c’est mon ami Libe qui l’a chipé sur Ebay… C’est un grand chasseur lui aussi…
    Florent.

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