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- 1 juin 2011 à 2h05
- in reply to: Domaine Trapet, Gevrey-Chambertin
tarkan écrivait:
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> mais si le Clos des Lambrays tient tête ne
> serais-ce qu’au Chapelle-Chambertin de Trapet, je
> trouverai ça déjà fort brave
>
> Et pourtant, niveau prix, le clos tient la dragée
> haute à Chapelle!Ca ne m’empêche pas d’acheter plus de Clos des Lambrays que de Chapelle-Chambertin Trapet. Je dis simplement que l’aveugle ou les critères classiques ne seraient pas forcément favorables au Clos (encore que c’est à vérifier), mais chaque fois que je bois Clos des Lambrays, c’est quand même une claque et un grand bonheur et c’est surtout un style que j’adore 🙂
- 1 juin 2011 à 1h27
- in reply to: Domaine Trapet, Gevrey-Chambertin
Hmmm je suis un grand fan du Clos des Lambrays, c’est un style très différent. A millésime égal, le Clos des Lambrays aura-t-il l’immense avenir d’un Chambertin de Trapet? C’est la question qu’il faut se poser, mais c’est à chacun d’y apporter sa propre réponse. Pour ma part, j’ai peur que côte à côte, le Clos des Lambrays fasse tout de même un peu fluet, d’autant plus sur la durée. Je ferai l’expérience je pense bientôt en les servant à l’aveugle car c’est la seule façon de savoir, mais si le Clos des Lambrays tient tête ne serais-ce qu’au Chapelle-Chambertin de Trapet, je trouverai ça déjà fort brave. Attention, je n’insinue pas par là qu’il est moins bon, mais si on lit un magasine qui donne des notes à des vins, il faut s’attendre à ce qu’ils utilisent certains critères de comparaison classiques, qui tiennent par exemple compte de la puissance ou qui se basent sur des comparaisons à l’aveugle etc. Pour ma part je ne lis pas de tels magasines, mais je veux dire, si on les lit, à moins d’être un bon mouton, on va forcément avoir des doutes sur le fait que leurs critères soient valables pour nous-mêmes. Et évidemment que tu as raison de douter et de faire confiance avant tout à ta propre expérience! Dans mon cas j’ai appris la réputation de ce domaine dans les magasines et guides bien après l’avoir découvert.
En revanche, moi aussi j’aimerais que d’autres vignerons soient plus médiatisés. On n’a rien à gagner à dresser des idoles, à part faire flamber leurs prix. Donc bien entendu, LPV sert aussi à cela. JLT a sa vision qui n’est pas universelle, il y a en Bourgogne un génie incroyable, des centaines de styles tous aussi inspirés les uns que les autres.- 31 mai 2011 à 18h01
- in reply to: Domaine Tour Saint-Michel à Chateauneuf
Chateauneuf du Pape blanc 1989
Je me suis régalé.
Les autres convives ont aimé mais sans mon enthousiasme, eux buvaient à l’aveugle, moi je connaissais l’étiquette.Mon compte rendu :
Robe : jaune profond, magnifique.
Nez : gourmand et complexe, très élégant, équilibré entre les fleurs et le rance le plus élégant qui soit.
Bouche : très lisible, aucune amertume, une rondeur sans pareille, texture donnant un plaisir rare. Le vin n’est pas très puissant pour le millésime, mais l’élégance raffinée associée à une texture magnifique me plait beaucoup. La gourmandise est parfaitement équilibrée par un rancio qui ne dénature jamais la trame agréable (quoi qu’en dessous de ce qu’on peut attendre sur 89 en tension) du vin, mais se cantonne à rendre complexes et profonds les arômes surtout tertiaires (ambre et chèvrefeuille puissants et harmonieux). Longueur sans grand éclat mais équilibrée, fine, limpide et belle.Sur Chateauneuf et en blanc, autant que je sache 1989 est la grande année. Du coup un vin d’une grande beauté était le minimum qu’on pouvait attendre. Je ne suis pas déçu et bien que peu connu, le domaine a très correctement réussi ce vin qui à mon goût personnel est à son apogée (j’aime les arômes tertiaires, ce n’est pas un secret). Sur un tel millésime, on peut supposer que les plus prestigieux ont fait encore bien mieux, mais je n’ai pas eu la chance de les déguster jusqu’ici.
Il faut admettre que les deux invités ont aimé, mais avec un moindre enthousiasme (manque de cohérence entre nez et bouche dixit, avis que je ne partage pas du tout), eux qui dégustaient à l’aveugle. Cela ne change pas mon avis que ce vin était remarquable pour un Rhône sud en blanc, peut-être en-deçà de ce que peut donner une telle appellation sur un tel millésime, mais je n’ai pas une expérience assez étendue pour me prononcer avec autorité! Grand plaisir et grand vin en ce qui me concerne.Le fait est : c’était mon seul Rhône sud sur 89 en cave, et je regrette de ne pas en avoir d’autres bouteilles!
NB : maintenant que le fil de discussion existe, je serais ravi de connaître d’autres avis sur ce domaine.
Notamment mais non exclusivement, sur l’évolution « moderne ».
J’avoue que je ne suis pas fan des noms de cuvées trop suggestifs comme « FEMINESSANCE ». Laissons le vin parler plutôt que de l’enfermer ainsi. Mais la pertinence des noms de cuvée est une chose, et la qualité des vins en est une autre qui nous intéresse bien d’avantage.- 31 mai 2011 à 16h10
- in reply to: Au sujet de la minéralité
J’ai donc posé les questions pertinentes à un ingénieur en agronomie. Je parle ci-dessous de la vigne, mais il est entendu qu’on parle des fruits en général, il n’est pas du tout spécialisé sur le vin (qu’il apprécie mais sans démarche telle que la notre) ce qui est préférable pour ces questions car il part sur la compréhension des fruitiers en général et sans apriori pouvant induire trop de subjectivité.
– La vigne n’absorbe pas les minéraux qui sont des cristaux. Que la vigne pousse sur du calcaire ou des schistes ou n’importe quoi, ceux-ci ne « rentrent » pas dans le raisin en passant par les racines. La vigne absorbe des ions, qui dépendent évidemment du sol, puis la plante fait sa propre cuisine. Ce fait est établi et indiscutable pour lui, ce qui devrait mettre fin à divers mythes infondés et donne définitivement raison à certains intervenants dans l’historique de cette discussion.
– La plante ou l’équilibre complexe (bactérien…) dégrade certains minéraux dans le sol et absorbe les produits de cette dégradation, mais sous forme assez primitive (petits ions, pas cristaux).
– Ce qui est dominant dans le sol peut être reconstitué lors du stockage par la plante par les hasards de la cuisine que fait la plante et en fonction des circonstances. Il est logique que cela se produise d’avantage sur une vieille vigne ou si les rendements sont faibles et il est logique que cela reproduise parfois des composés qui étaient présents dans le sol puisque les hasards de sa cuisine avec les trop pleins à stocker seront plus probables (la plante ne sait pas trop rejeter l’inutile).
– L’ingénieur n’étant pas compétent scientifiquement dans les domaines du goût et des molécules qui le donnent (du moins pas suffisamment pour se prononcer définitivement), il me fait simplement part de son sentiment personnel et non scientifique sur le fait que la plante stockant des minéraux reconstitués à partir de ceux qu’elle a décomposé dans le sol, des saveurs minérales sont possibles, du moins, lui, les ressent-il dans les fruits et légumes et il les met sur le compte de la présence réelle de minéraux dans les fruits, mais sans établir un lien direct avec ceux qui étaient présent dans le sol. Au mieux un lien indirect est envisageable.
– En revanche le processus qui ferait qu’on retrouverait dans le raisin un goût qui était dans la terre est pour le moins incertain, disons plausible mais à vue de nez trop douteux pour être envisagé de façon systématique.
– Un exemple est le poirier, les poires (sauf quelques variétés modernes manipulées) ont des saveurs et apportent en bouche aussi une texture dites « minérales », tout simplement parce que le poirier, même si il est sur un sol très différent, produira de toutes façons certains minéraux qu’il stockera dans la poire, au point qu’on en sent la texture sur la langue voire que parfois on croque des petits morceaux (jusqu’à la taille de petits cailloux sur certaines anciennes variétés) mais c’est le poirier qui les a fabriqués, et il les fera de toutes façons, quel que soit le sol.
– Si la vigne fait de même dans certaines proportions, l’ingénieur affirme que c’est vraisemblable et qu’il a la conviction que la texture minérale que l’on dit ressentir sur certains vins est bien issue de minéraux stockés par la plante à l’intérieur des fruits, il affirme aussi que ce stockage sera tout à fait logiquement très supérieur dans le cas de vignes qui auraient été limitées en rendement.
– Pour lui il est clair (mais ce n’est pas son domaine de spécialité dès qu’on aborde le phénomène des perceptions du goût) que l’expérience de sensation minérale sur la poire dont il connait bien le processus de fabrication d’un grain minéral, indique que la sensation similaire avec un vin est elle aussi due à une présence de minéraux de ce type qui causent cette texture.
– Pour les odeurs minérales, qu’il affirme percevoir lui personnellement, et bien il ne sait tout simplement pas si il s’agit de composés organiques aromatiques ou si il peut s’agir des minéraux, donc il ne statue pas sur ce sujet.
– Il existe d’autres échanges que l’absorption par les racines. Donc on ne peut pas exclure certaines contaminations aromatiques de l’environnement permettant que des saveurs de l’environnement se retrouvent dans le vin, mais là encore, il faut rester prudent. L’hypothèse n’est pas exclue, la systématisation serait bien trop hardie. Nous avons abordé ensemble le fait que le café issu de caféiers poussant sous les bananiers prend, dit-on, des saveurs caractéristiques de banane. Selon lui, si c’est réel, l’hypothèse que cela passe par les racines n’est pas à privilégier du tout, mais plutôt des échanges aériens plus vraisemblables pour des molécules de composés aromatiques. Ce sujet reste ouvert et à débattre, il n’a pas statué.J’espère qu’il est entendu que je fais la différence entre un avis d’expert sur ce qui se passe dans la plante et dans le fruit, et des avis personnels que donne l’ingénieur sur le goût et les sensations en bouche, qui ne sont pas de son domaine d’expertise, mais seulement une interprétation personnelle ne faisant pas autorité.
- 31 mai 2011 à 2h24
- in reply to: Domaine Olivier Leflaive, Puligny-Montrachet
Le Volnay premier Cru 2002 bu hier nous a complètement envoûté par son nez, toujours aussi beau, peut-être plus encore que lorsque nous l’avions dégusté au domaine. Ce nez, on y reste de longues minutes, on s’y perdrait tant il y a à la fois élégance et gourmandise.
En bouche c’est toujours élégant, le boisé domine trop à mon goût, mais le plaisir est au rendez-vous. Il nous semble tout de même que ce vin est sur le déclin, nous ne projetons pas de garder la dernière bouteille qui nous reste, mais de la boire prochainement.- 31 mai 2011 à 1h59
- in reply to: un vin autrichien dégomme la Romanée Conti ?
Ben c’est drôle quand même de se réjouir à l’idée qu’Hannibal n’aura pas 12 Romanée Conti … Je sais pas là j’avoue ça me met un coup de blouse, j’ai l’impression d’un manque total de bienveillance.
Si elles existaient, comme beaucoup, je me dirais « merde, pour moi chacune de ces bouteilles est un rêve, ma foi en voir 12 me passer devant le nez sur un coup de tête, c’est sûr ça fait bizarre ». Mais dans la vie des choses que j’aimerais et que je n’ai pas, il y en a tellement… J’en suis pas venu (par chance apparemment) à détester ceux qui les ont…
Donc de là à souhaiter que Hannibal ne les reçoive jamais… :XMa foi je sais pas un tel état d’esprit est désolant et fortement déprimant… Hannibal est certainement une homme adorable qui aurait passé l’éponge sur tout ce qu’on a dit sur lui et qui nous aurait invités pour l’occasion à venir les goûter (à l’aveugle ou pas) autour d’un petit repas, mais bref. Ca témoigne juste que certains prétendent qu’ils débattent ici pour l’intérêt du sujet alors qu’il n’y a que haine ou mépris des autres. « De la confiture aux cochons », je vous jure… Y’a des gens qui devraient arrêter de regarder la paille dans l’oeil du voisin. Ecœurant, navrant et en fin de compte, surtout, ridicule.
Pour revenir au sujet, ce soir on m’a fait boire un vin à l’aveugle qu’avec beaucoup d’assurance j’ai décrit comme un Côte de Nuit, le plaçant sur Gevrey 2006, arguments à l’appui – mais refusant de proposer un domaine car je n’en connais pas qui travaillent avec aussi peu de bois. Bon c’était un Pinot Noir Allemand de 2007. J’ai pensé au reportage posté par Luc car c’est presque le même scénario! Je sais très bien que si j’avais vu l’étiquette avant, mon jugement aurait été plus sévère et que je serais passé à côté de certaines qualités de ce vin. Mais je n’en conclue pas que voir l’étiquette rend incapable de juger un vin, ni que juger un vin avec objectivité absolue est forcément le but ultime et unique que tout amateur de vin doit rechercher. Ce qui compte dans mon cas, c’est surtout d’être conscient de mes limites, et de ma subjectivité, je ne crois pas qu’on puisse la supprimer, c’est d’en être conscient qui compte. Quand je lis quelqu’un qui en est conscient, je trouve cela honnête. Quand je lis quelqu’un qui pense être plus objectif que les autres, je pouffe : cette affirmation contient sa propre infirmation.
- 31 mai 2011 à 1h26
- in reply to: Spéciale cuvée Bollinger Nettement meilleur que 3A de Desousa
Tarkan,
On peut avoir une bouteille fortement bouchonnée même avec un vin très jeune. C’est simplement une bactérie particulière à ce que j’en crois, qui se développe dans le liège. Le stade 3 peut être obtenu même sur un vin récent, il n’y a pas besoin que le bouchon soit dans un état déliquescent. Ce phénomène a longtemps été très mystérieux, apparemment des recherches ont mis en évidence la bêbette responsable et commencé à mettre au point des parades mais je n’en sais pas plus, pour moi c’est le travail du bon vigneron ou de la bonne maison de s’occuper de mettre de bons bouchons. Même en choisissant avec soin, le risque zéro n’existe cependant pas et il ne faut pas blâmer De Souza pour un accident, mais il faut dire au client que dans un tel cas il doit ramener la bouteille non bue pour un remplacement. Le caviste la change et la maison théoriquement la remplace. En pratique, les maisons de Champagne sont malhonnêtes sur ces sujets et noient le poisson, donc c’est pour la poche du caviste dans 80% des cas…
- 30 mai 2011 à 16h33
- in reply to: un vin autrichien dégomme la Romanée Conti ?
Enzo j’ai aussi essayé d’apporter d’autres bonnes raisons de goûter à l’aveugle, mais dans ce débat tout ce qui n’est pas opposé à F.A. est apparemment sans intérêt. Ce qu’il faudrait vraiment pour que le débat ne soit pas pourri d’avance par les idées préconçues que chacun à ici sur son voisin, c’est un débat à l’aveugle, où on ne saurait pas lorsque c’est F.A. qui parle. Voilà en tout cas ce qui se passe si on pousse votre théorie de « l’objectivité » au bout. Seulement, certains veulent être objectifs sur le vin mais pas dans le débat. Pour le moment ici les défenseurs de l’aveugle, Luc peut-être excepté, ont simplement enfoncé toutes les portes ouvertes à grands fracas et à grande fierté, en se défendant d’affronts imaginaires de lèse-objectivité.
Luc a su résumer ma pensée et évitant d’attaquer une manière d’approcher le vin, mais en disant simplement : si François dégustait à l’aveugle en premier, et donnait sans les transformer ses impressions à l’aveugle, sur tous ces grands vins, les C.R. seraient plus intéressants. Plus intéressants, je n’en dirai pas tant, car j’aime que chacun délivre son approche personnelle, mais certainement qu’ils seraient plus polyvalents, capables ainsi d’apporter un éclairage différent et très utiles à ceux qui se posent des questions. Seulement cet exercice n’intéresse pas François parce que son intérêt n’est pas là. Il qui nous apporte son approche à lui; les arguments qu’il donne sont valables pour lui, et l’attitude générale dans ce débat à tout rapporter à POUR/CONTRE François Audouze mène à indéfiniment remettre sur la table les mêmes arguments et les mêmes clivages, alors qu’en marge de ce débat d’hormones et de mâles en mal de territoires virtuels, il y a eu aussi des apports très subtils et intéressants. La discussion est donc très chouette et il n’y a pas de mal après avoir lavé bébé de jeter l’eau du bain, ce que je fais sans état d’âme en déclarant que certains n’ont pas su malgré de nombreuses interventions, apporter quoi que ce soit d’intéressant. Peut-être que j’en fais partie si tu le dis!
- 30 mai 2011 à 15h31
- in reply to: Spéciale cuvée Bollinger Nettement meilleur que 3A de Desousa
> madame surenchérie » un goût dans le champagne »
– Soit madame parle d’Aÿ (elle est très connaisseuse et a détecté la petite parcelle à Aÿ qui délivre ce subtil parfum de pet de lézard des murailles qu’elle n’aime pas du tout).
En quel cas le Champagne n’est pas à son goût, point.– Soit elle parle d’ail (celui qu’on met en Provence dans la salade de tomate) et cela me semble évidemment indiquer que la bouteille était bouchonnée, ni plus ni moins.
Car si madame est cuisinière, elle sait qu’en vieillissant (en pourrissant en fait), l’ail prend un goût très particulier, qui est tout à fait le même que celui de la pourriture du bouchon lorsqu’elle est assez avancée et qu’on a aussi sur certains Roquefort.
En quel cas la bouteille était très bouchonnée, c’est simplement un accident.
Une bouteille bouchonnée a plusieurs stades :
1) Une légère odeur de liège imprègne le nez du vin. Le vin est buvable et la gène occasionnée est mineure.
2) L’amertume du liège s’ajoute et rend la bouche désagréable. Ce défaut ne rend pas le vin imbuvable mais gâche le plaisir.
3) Le goût de liège pourrit emplit la bouche et le nez, et ce goût est celui de l’ail pourrit. Le vin est imbuvable.
Il est difficile pour l’amateur de s’y retrouver car ces 3 symptômes issus de stades différents du « goût de bouchon » sont très différents du point de vue organoleptique.Vraiment je penche pour la seconde explication, car un goût d’ail dans le De Souza, ça me parait vraiment pas naturel. Nous sommes capables parce que nous avons l’habitude d’appeler un goût de bouchon « goût de bouchon », mais pour une cliente moins expérimentée, c’est difficile de nommer les goûts désagréables.
- 30 mai 2011 à 15h18
- in reply to: un vin autrichien dégomme la Romanée Conti ?
> Vous êtes tout à fait dans le jeu de FA, là…
Luc, je n’ai pas une vision aussi romantique de François, c’est vrai que lorsque j’ai vu sa cave dans un reportage télévisé, je suis tombé de haut, moi qui croyais comme tout le monde qu’il habitait un luxueux château avec d’immenses caves humides (dont d’anciens cachots) parmi lesquelles la plus majestueuse, celle dont la voûte immense et sculptée est soutenue par de voluptueuses et sévères cariatides du quinzième siècle, contient ses… combien déjà? 5000? 50000? 500000 bouteilles toutes plus rares les unes que les autres 🙂
Quant à sa robe de brocards de soie et son bonnet de nuit en dentelles, je crains qu’il les ait troqués il y a dix ans déjà contre un vieux vin jaune.En revanche, je te rejoins sur ceci qu’à trop vouloir le contredire point par point lorsque c’est temps perdu, on fait son jeu plus qu’autre chose. Je ne crois pas que la dégustation à l’aveugle ait besoin qu’on défende ses mérites tant ils sont évidents à quiconque a le moindre bon sens. Autant ses mérites sont grands à mes yeux, autant les arguments répétitifs qui sont donnés pour la défendre m’emmerdent d’autant que je les trouve fort superficiels. On la défend ici comme on défend son père à la cour de récré : non le mien il est plus riche, non le mien il est plus fort. Qu’un tel outil de compréhension et d’approche du vin se résume à « j’ai plus d’objectivité que toi », que ce soit vrai ou non, je ne crois pas que ça élève le débat :S
- 29 mai 2011 à 0h11
- in reply to: un vin autrichien dégomme la Romanée Conti ?
Ben oui Luc, il y a bien un plaisir intellectuel, c’est tellement évident que ma proposition prête à rire…
C’était le but bien entendu qu’elle fasse rire, pour ma part j’ai évidemment le même désir que chacun d’entre nous de connaître le vin que j’ai bu, il y a des multitudes de raisons et toutes sont valables, mais elles sont intellectuelles, non organoleptiques. On n’a pas tous le même ordre de priorité, et pour chacun d’entre nous il semble évident que les nôtres sont objectives et celles des autres subjectives. L’humain a-t-il jamais eu une autre définition d’objectivité que celle-là? L’objectivité, c’est moi!Revenons-en à ma proposition ridicule. Autrefois les grands de ce monde avaient tous des sommeliers et des échansons. Lorsque le vin plaisait, on leur disait « j’aime ce vin ». Le sommelier s’occupait de satisfaire les goûts du maître qui, lui, se fichait royalement de savoir quel est le nom du vin et l’orientation de la parcelle, et les goûts des invités. Cela n’a rien à voir avec notre démarche, mais n’est-ce pas là une forme aussi d’objectivité très avancée? Ainsi le maître ne se préoccupe pas de savoir si le vin était cher. Si il dit à son échanson que le vin lui plait, on lui en resservira, sans lui préciser s’il est cher ou pas. Le maître en ce temps là n’avait aucune limite de prix 🙂 Et cela ne veut pas dire que le maître goûtait mieux ou moins bien, mais au moins, il faisait quérir ce qui lui plaisait sans se soucier des étiquettes le moins du monde.
Autres temps autres moeurs, je ne regrette pas l’évolution et l’aventure actuelle, typiquement bourgeoise et pleine à la fois de passionnants intérêts et de fascinantes contradictions, très enrichissantes : le vin y a énormément gagné en diversité et en qualité ; mais je constate que chacun peut toujours voir midi à sa porte, qu’on trouve toujours justes les arguments qui nous mettent en valeur et qu’on chipote à n’en plus finir contre ceux des autres. Or ce n’est pas vraiment le but de voir midi à sa porte… J’aurais plutôt vu LPV comme un endroit où on progresse ensemble, plutôt qu’un endroit où on impose son propre point de vue. Ceux qui pensent être les seuls à ne pas se contredire, entre nous, Luc, ils me font bien rire. Si de mon côté je me contredis souvent, je suis heureux d’admettre que je ne sais rien à propos de vin, à part que j’aime en déguster de bons avec des amis. Ce en quoi je n’ai pas le monopole du coeur comme disait Valéry (le petit, pas Paul) et je crois que c’est notre point commun.
Luc Javaux écrivait:
——————————————————-
> Si on dit que la seule chose qui compte est le
> plaisir gustatif, alors on devrait être satisfait
> de goûter chez des amis des vins à l’aveugle sans
> avoir besoin de lire l’étiquette à la fin. On
> boit… si on aime et qu’on met 19/20, on part
> content sans demander ce que c’était.
>
> Celle là, je pense qu’on va l’encadrer, elle est
> digne des meilleurs surréalistes…
>
>
> Luc- 28 mai 2011 à 22h21
- in reply to: un vin autrichien dégomme la Romanée Conti ?
François Audouze écrivait:
> Et je suis étonné que les favorables à l’aveugle
> n’évoquent jamais la peur du contresens.Pour moi cette peur existe bel et bien. Comme tout le monde, j’ai pas envie de me planter royalement (mais envie ou pas, ca m’arrive le plus souvent).
En fait cette peur est surtout stimulante. Parce que d’abord on espère quand même progresser, et se remettre en question si on est loin du compte.
Certains sont tétanisés et ne disent rien de peur de dire une bêtise, d’autres se mouillent sans hésiter, il est toujours temps de rougir plus tard quand on s’est planté :pMais moi j’ai une question pour les adeptes de l’aveugle.
Si on dit que la seule chose qui compte est le plaisir gustatif, alors on devrait être satisfait de goûter chez des amis des vins à l’aveugle sans avoir besoin de lire l’étiquette à la fin. On boit… si on aime et qu’on met 19/20, on part content sans demander ce que c’était. Seulement la plupart d’entre nous qui prétendons aimer déguster à l’aveugle, à la fin, on veut voir l’étiquette. Oh on justifiera cela en disant que cela nous aide pour nos achats futurs, mais… Je ne rajoute rien. Comprenne qui peut. En tout cas je ne crois pas que tout soit noir ou blanc, et qu’une approche soit parfaite. J’avoue que j’en lis ici certains qui croient semble-t-il avoir l’approche idéale du vrai connaisseur et les autres ont tort… si ils se lisaient un peu mieux, ils se rendraient compte de leurs propres contradictions. Enfin et surtout, je crois que quand on prétend savoir, on n’est jamais plus loin de la vérité et de la réelle passion. Sur ce dernier point, tout le monde est d’accord dans la théorie, mais nous peinons tous lors de la mise en pratique n’est-ce pas? Personne n’est à l’abri des crises egotiques, moi pas plus que les autres, alors le premier pas vers la raison c’est de tolérer les crises des autres avec bienveillance, en espérant qu’ils s’en souviendront et pardonneront à leur tour les nôtres.> Dire : « il est bon ton vin, je pense que c’est un
> Chinon », alors que c’est un Côtes de Castillon, ça
> donne quelle valeur à l’avis de : « il est bon » ?« Il est bon » reste un témoignage véritable de plaisir, alors qu’il est peut-être bon sans pour autant être réussi en tant que tel. Certains demandent à un vin de coller à un terroir, d’autres s’en foutent. Les deux approches sot tolérables.
Mais c’est vrai que pour moi, si tu me fais goûter un grand cru de côte de nuit sur une grande année comme 61 et que je l’analyse en disant « il est bon, je pense à un petit Languedoc », le fait de l’avoir trouvé « bon » restera un témoignage objectif de plaisir, mais le fait qu’il soit *seulement* « bon » et qu’il passe pour un petit languedoc, ça voudra dire soit que je suis un mauvais dégustateur, soit qu’on sera tous les deux très déçus de na pas y avoir trouvé ce que tu espérais. Au final on se souviendra surtout d’une déception, même si le plaisir était là, tu appelles cela « PUME ». Comme pour mon vieux Haut Brion, dont j’aurais été ravi si c’avait été un Pessac village, mais dont j’ai été déçu parce que c’était un 1GCC. La sagesse n’est peut-être pas de mon côté, mais c’est ainsi. Revenons à ce Grand Cru 61 que je prends pour un petit Languedoc. Est-ce que si tu me l’avais fait déguster en me montrant l’étiquette j’aurais dit « woaw, quel grand cru sublime, il est vraiment typique de Vosne Romanée »? J’ai un doute. Quand je bois à étiquette découverte, je fais toujours l’effort de remettre en question mes préjugés et de me demander si à l’aveugle je l’aurais vraiment reconnu. Je ne crois pas être spécialement indulgent avec moi-même, la plupart du temps, j’admets volontiers que je n’aurais pas reconnu et je n’hésite pas à dire « tiens, j’aurais plus pensé à un premier cru de ceci » etc. Je pense que tu as la même approche que moi et que te caricaturer en disant qu’ayant lu l’étiquette tu es incapable d’être objectif sur la qualité réelle est une manière rassurante de t’enfermer dans un rôle peu vraisemblable… En revanche, que tu cherches dans le vin des choses différentes de bien des LPViens, c’est certain, d’où ta recherche des vieux, et aussi parfois des rares et chers. Mon approche à moi est plus proche de la tienne : si on me laisse le choix entre un Chambertin 2005 de Trapet qui est un des vins qui m’ont le plus marqué et dont je suis absolument sûr et certain qu’il me plaira, et un vin plus rare, que je devrai peut-être accueillir avec plus d’ouverture d’esprit, comme un très vieux millésime, je choisirai peut-être le vieux millésime. J’adore l’aveugle, mais pour moi l’aveugle ne sert pas à acheter le « meilleur ». Pour moi le « meilleur » est seulement une vue de l’esprit. Ce Chambertin de J.L.T. est certainement le meilleur vin rouge que j’ai bu à ce jour dans l’absolu (selon mon goût personnel, suivi de près par un vieux Marie Beurrier de Bonneau) mais je n’en ai que deux en cave. Ma recherche n’est pas de collectionner les « meilleurs », ni en étiquette ni en « mes goûts personnels » quoi que je leur laisse un place non négligeable. J’ai un intérêt pour le rare, pour la découverte de ce qui sort des chemins, pour le vieux aussi – même lorsque ce n’est pas forcément « objectivement » qu’ils sont meilleurs. Toutes ces approches me semblent possibles et pertinentes si on y trouve son compte. Ce qui me surprend en revanche, c’est ce besoin de convaincre que « ma voie est la meilleure ». Si on en était vraiment convaincu, on aurait pas ce réflexe grégaire et Cro-Magnonesque de dévaloriser systématiquement les approches des autres… Il est temps de dépasser ça sur LPV!- 25 mai 2011 à 23h26
- in reply to: Domaine Trapet, Gevrey-Chambertin
Marc : « car 82 n’a rien d’exceptionnel en Bourgogne, c’est même plutôt le contraire. »
Nos avis peuvent différer, mais on tombe généralement d’accord sur le fait que tout était très agréable, même chez les mauvais vignerons, d’où ma référence ici; de plus ca a bien vieilli malgré la récolte pléthorique alors que beaucoup vaticinaient sur un millésime à courte durée de vie. Certainement que dans d’autres régions 82 est d’un niveau supérieur en rouge. Après si tu n’a pas le même avis que moi sur la qualité de 82 en Bourgogne qui n’est effectivement cité couramment comme un « grand » que dans les blancs, on ne va pas en faire le débat du jour, je suppose que tu as assez d’expérience pour illustrer ton propos et ça me va. Par contre ça me donne envie d’en ouvrir un bientôt pour voir ce que ça devient 😉
- 25 mai 2011 à 23h00
- in reply to: un vin autrichien dégomme la Romanée Conti ?
Mathieu, Oliv, c’est vrai que même si on a bu un vin à l’aveugle, le jour où on fait le CR, on sait l’étiquette. Jolie mise au point 🙂
Jmm : « Donc, ce qui peut expliquer la naïveté de penser qu’un Haut Brion 1969 peut donner un joli vin est le crédit que l’on peut accorder à l’étiquette »
Jmm, c’est bien la seule chose que je voulais démontrer, que j’avais beau être naïf et potentiellement fortement trompé par l’étiquette en ouvrant le vin, cela ne m’a pas convaincu parce que mes sens disaient : « moins bon ». A postériori, je suis d’accord avec vous, il n’y a rien d’étonnant au fond qu’il soit moins bon, mais je ne vis pas le nez dans mes fiches millésimes, préférant l’expérience. J’ai découvert l’année du Haut Brion seulement en lisant le bouchon, je le pensais moins décrié que ça. Tu compares à 68, c’est quand même pas comparable, 68 est LE millésime archi-mauvais entre tous. Donc si toi qui connait mieux les millésimes et les vins des années 60 tu avais fait mon expérience, tu aurais trouvé cela normal et l’étiquette ne t’aurait pas influencé. Dans mon cas, la seule conclusion intéressante n’est pas de dire que Haut Brion est un mauvais Château, j’ai même expliqué ailleurs que deux autres millésimes peu glorieux que sont 92 et 74 m’avaient plu sur Haut-Brion… C’est juste de dire que je suis parti sur une hiérarchie d’étiquette et que ma foi, quand le vin est moins bon, le fait d’avoir une idée préconçue ne me le fais pas trouver meilleur hélas! L’étiquette ne transforme pas les citrouilles en carrosse sous prétexte qu’on n’est pas à l’aveugle!
Jmm : « ils ont réellement le meilleur vin dans le verre. »
Mais c’est uniquement le mental qui dit cela, si l’aveugle est vraiment *nécessaire* pour savoir quel est le meilleur, alors il n’est meilleur que parce que le mental dit « à l’aveugle il était meilleur ». En quoi est-ce une illusion moins perfide que celle de dire « l’étiquette dit qu’il est meilleur » ? Cela revient exactement au même : dans les deux cas c’est le mental qui se satisfait de sa croyance, alors qu’il est entendu que les sens n’en sont pas capables. Dans ce cas les dégustateurs à l’aveugle reproduisent exactement le même schémas qu’ils reprochent aux buveurs d’étiquette : ils se ravissent de penser que leur vin est meilleur alors que leurs sens ne sont pas capables de le dire et que pendant le repas leur plaisir est plus grand par l’idée qu’il s’en font, mais pas par les sens.
Dans ce cas, il faut leur reconnaître une sagesse : ils ont choisi une source de plaisir tout aussi illusoire (disons uniquement mentale), mais moins couteuse que l’étiquette!!Ce n’est pas pour contredire Luc que je dis cela, je ne veux pas caricaturer ses propos car je sais que son expérience du vin, de l’aveugle etc. va au-delà de ce qu’il a résumé en une courte phrase; c’est trop facile d’extraire un propos et de le retourner contre celui qui l’a donné, cela veut dire qu’on pense juste à avoir raison et qu’on n’écoute pas ce que l’autre veut dire. Globalement je suis d’accord avec Luc, seulement je veux signaler : **Attention**, les pièges du mental qui crée des idées préconçues et juge en fonction d’elles, ils existent chez celui qui goûte en fonction de l’étiquette, mais ils existent pareillement chez ceux qui disent « ce vin est meilleur, je le sais parce que je l’ai dégusté à l’aveugle », mais qui au fond, ne le trouvent pas meilleur lorsqu’ils le boivent dans des circonstances normales à part à cause de leur idée préconçue. Dans ce cas là, ils ne font que se satisfaire de l’idée qu’il est meilleur, de la même façon que le buveur d’étiquette. Donc quelle que soit l’approche, la remise en question permanente est nécessaire, on explore le vin, on tente de le comprendre, c’est une relation personnelle, ceux qui disent « je sais », moi je ne les crois pas. L’amour du vin est une quête sans fin, et dire « je sais », que ce soit sur la base de l’étiquette ou de l’aveugle, c’est pas l’amour du vin (cet amour qui nous apprend l’humilité); c’est seulement l’amour de soi, qui nous apprend à argumenter sans cesse pour avoir le dernier mot.
Alors je suis cent pourcent d’accord avec toi, c’est notre personnalité qui fait la différence 🙂 Dans ce cas, on peut bien accepter que les autres soient différents, ça me parait pas menacer notre survie 😉- 25 mai 2011 à 19h23
- in reply to: un vin autrichien dégomme la Romanée Conti ?
Luc, tu fais bien d’insister sur l’importance de notre analyse intellectuelle, elle est très importante. Elle n’arrive pas forcément par là où on croit mais elle est incessante. C’est aussi ce que je conclue de cette histoire d’Ayala et de mon histoire de déception sur un bordelais. Au final le mental s’accapare tout et intellectualise, il interprête tout en fonction de ce qu’il sait etc. et je ne peux qu’abonder dans ton sens à 100%
En revanche il y a un point sur lequel je ne te suis pas :
> En gros, moins on a de
> connaissances théoriques, plus on déguste
> « librement ».Je crois moi au contraire, que plus on a de connaissance, plus on est libre. Et ce dans tous les domaines de l’humanité. Peut-être est-ce un humanisme naïf, mais il me semble que plus on a des informations fiables, plus on est apte à choisir correctement et à analyser. A vrai dire, quelqu’un qui n’a jamais bu de vin et n’a aucune connaissance risque fort de ne pas aimer, peu importe que ce soit un vin autrichien ou une R.C….
C’est donc de mon point de vue seulement si on fait mauvais usage de l’information (étiquette) qu’elle devient un obstacle à l’objectivité. Or comme je sais que moi même j’en fais parfois un obstacle et que manifestement je ne suis pas le seul, je me dis qu’il faut revenir à l’aveugle pour progresser. En revanche à la fin, je lis l’étiquette, cela veut dire que j’essaye d’éduquer le mental à mettre la priorité sur l’analyse des sens, et non pas à se baser sur l’étiquette. Mais il reste du boulot à faire, il y a bien d’autres pièges que celui de l’étiquette, qui ne sont pas spécialement éradiqués par le simple fait de boire à l’aveugle. Ce serait trop facile 🙂
> Par contre, j’aime également savoir, avant de me
> décider à acheter ma caisse de Romanée Conti
> annuelle, si en dehors de l’étiquette, j’achète
> aussi un vin qui est réellement meilleur que mon
> pinot noir autrichien à 30 €. Et ça, je ne peux
> le savoir qu’à l’aveugle…Une question naïve, pas pour t’embêter mais pour élargir le débat :
Si il n’y a qu’à l’aveugle que tu peux savoir lequel est le meilleur, alors à quoi sert de savoir lequel est le meilleur? Je veux dire avoir pour but final d’avoir le meilleur vin dans ta cave est très louable, pour autant que ce soit utile à quoi que ce soit… Or si tu ne sais pas lequel est le meilleur lorsque tu vois l’étiquette, à quoi te sert de servir le meilleur à table? O_o
Ca parait bête mais cette question, il me semble qu’elle est importante. La dictature du « meilleur parce que » – et « je cesse d’acheter celui qui me plait parce qu’à l’aveugle il est arrivé derrière » (raisonnement que j’avoue je tenais moi-même à ma propre surprise) me semble relever plutôt d’un nouveau piège de l’intellect que d’une liberté nouvellement acquise!Vraiment dans ce débat, je ne sais que penser, j’ai l’impression qu’à vouloir statuer là-dessus on passe à côté de l’essentiel. Mais l’essentiel je ne l’ai toujours pas trouvé, à part que j’aime discuter de vin autour d’une bonne bouteille avec des amis et que sur le reste, je suis tout à fait ignorant 🙂
[size=small][Pour les curieux, oui, il s’agit bien d’un 69, ce qui n’est pas une année désastreuse du tout, en tout cas pas tellement plus que 93 qui est loin de fleurter avec les sommets… Mais comme j’ai moi-même conscience que mon expérience n’a rien d’universel, il m’a semblé préférable de ne pas citer les vins concernés sur ce débat déjà chaud. Si vous pensez que mon expérience n’est pas concluante au-delà de mon propre vécu, veuillez noter que je suis parfaitement d’accord puisque c’est ce que j’ai dis moi-même dès le début, il est hors de question pour moi de tirer des conclusions universelles de cette « déception » à part que ce jour là, le château X était ridicule comparé au village Y et que je ne m’y attendais pas. Si j’ai cité cette expérience ici, c’est qu’elle illustrait le phénomène inverse de celui que certains dénoncent parfois hâtivement : il y avait pour les invités deux vins à l’aveugle et pour moi deux vins à étiquette découverte, et l’étiquette n’a pas du tout réussi à me convaincre que le vin était meilleur que le village. Au-delà de cette constatation, je ne donne aucun crédit aux dégustations-spectacles qui « dégomment la Romanée-Conti » et du coup, je n’ai pas spécialement envie de faire de la surenchère, donc je ne dirai pas de quels vins il s’agit ici, du reste ceux qui voulaient ont trouvé tout seuls.][/size]
- 25 mai 2011 à 18h54
- in reply to: Domaine Trapet, Gevrey-Chambertin
> Certains grands domaines bordelais
> des fois pourraient prendre exemple ..Il ne faut pas essayer de faire coller ce qui ne peut pas coller. deux cultures différentes, des vins à Bordeaux qui ne se « goutent » pas dans leur jeunesse etc.
En revanche il y a un petit oubli dans mon éloge 🙂
Le domaine Trapet est un des très rares, peut-être le seul à ce niveau, qui prend la peine de garder une partie de ses vins pour les vendre 10 ans plus tard (environ), lorsqu’ils commencent à être plus raisonnables à consommer, plus prêts. Ainsi on trouvait récemment du 1990 ou du 1961 – il y en a peut-être encore (?). Il y a de toutes façons toujours quelques millésimes disponibles d’environ 10 ans, parfois plus, sur des villages, des premiers crus ou des grands crus. Selon les cas, les prix ne dépassent pas ceux du millésime actuel, c’est vraiment très avantageux, car ils ne font pas cela seulement avec les petites années (comme d’autres domaines), mais aussi avec des millésimes de rêve comme 90 ou 61 🙂
Pour moi cette politique de la maison est loin d’être un détail.Donc le 90 justement, nous l’avons goûté tout à l’heure. On a bu pas mal de 90 récemment à la maison, pas forcément sur des domaines aussi prestigieux, parce que j’ai des périodes/lubies comme ça de découverte d’un millésime en comparant… Globalement 90 ne m’emballe pas tant que je croyais : beaucoup de puissance, un équilibre pas garanti chez tous les vignerons hélas. Je croyais 90 impossible à rater, je me trompais, ce n’est pas 82, c’est souvent bon sans être ni si équilibré, ni si fin qu’il faudrait. Bien entendu Trapet est largement au-dessus du lot car j’avais ouvert en premier des bouteilles de moindre réputation. Mais pour dire la vérité, je n’ai pas trouvé autant de plaisir que sur ce fameux 1993 dont je parle dans mon précédent message. Ce Gevrey village 1990 est dominé par la structure et les tanins. Le fruit donne moins de plaisir. Il m’aurait sans doute bien d’avantage emballé grâce à sa belle charpente et son nez d’une très grande élégance mais serré, si j’avais pris la peine de le mettre sur une viande plus grasse et plus fondante, pour que les tanins s’y intègrent harmonieusement, que le côté « serré » apparaissent comme une qualité (et c’en est une) – donc je ne dois pas être sévère avec lui, mais c’est intéressant de comparer, d’explorer ces millésimes et de découvrir que les résultats ne sont pas toujours ceux qu’on attend. Je ne sais pas si d’autres LPViens ont eu des surprises similaires sur des 93 qui leur auraient semblé bien au-dessus de la réputation de cette année? Quand à 90 ma foi, il faut que je continue l’exploration pour me faire une idée définitive. Mais pour le moment, par rapport à l’idée que je m’en faisais, je revois assez à la baisse la manière dont j’idéalisais 90 en Bourgogne.
- 25 mai 2011 à 15h49
- in reply to: un vin autrichien dégomme la Romanée Conti ?
Ah je vais repiquer un message de Mettero :
« Pour ma part, j’ai bu assez souvent Ayala jusqu’au jour, on nous avons fait avec un ami une dégustation de champagne à l’aveugle ; avec entre autres que des BSA : moet et chandon, taittinger, perrier jouet, pol roger et d’autres. Depuis je ne bois plus d’Ayala ; nous avons tous trouvé qu’il était très en deça des autres. Mais il est également vrai qu’il semble passer très bien en dehors des comparaisons : bulles fines, nez correct, longueur en bouche correcte. »Ce message est un autre point de vue sur notre sujet actuel :
Mettero avait du plaisir avec son champagne dont l’étiquette lui convenait.
Une fois qu’il a comparé à l’aveugle il dit qu’il ne veut plus en acheter alors que lorsqu’il le buvait en connaissant l’étiquette, il était content de ce Champagne.Je ne veux pas tirer une morale de ceci, c’est juste une autre expérience qui donne un nouveau jour à cette discussion. Chacun peut tirer ses propres conclusions, moi je loue l’honnêteté de Mettero qui nous dévoile entre les lignes une stratégie… étonnante, et je crois commune à beaucoup d’entre nous. C’est exactement le même raisonnement que je tiens dans mon précédent message en disant : depuis que j’ai comparé mon plaisir entre un 1GCC Bordelais et un simple Gevrey village beaucoup moins cher, je n’ai plus très envie d’acheter des 1GCC Bordelais.
Pourtant mes précédentes dégustations de 1GCC Bordelais m’avaient apporté du plaisir. Intéressant ce raisonnement, n’est-ce pas? Et pas forcément aussi logique qu’il y semble au premier coup d’oeil! Pour le coup, cela me laisse pensif sur ma propre attitude!- 25 mai 2011 à 15h42
- in reply to: un vin autrichien dégomme la Romanée Conti ?
Jérôme Pérez écrivait:
Jérôme :> sauf si ton but de départ est de montrer que le
> plus prestigieux n’est pas le meilleur.Et bien à postériori je trouve la leçon quelque part à mon goût, mais au moment de servir les vins, crois-moi Jérome, mes moyens ne me permettent pas d’acheter des 1GCC Bordelais juste pour le plaisir de les ridiculiser avec un Gevrey. Je tenais à priori ce que je sortais à mes convives ce jours là pour ce que j’avais peut-être de meilleur ou du moins de plus intéressant dans ma cave dans les Bordeaux… Ma foi oui on peut toujours présupposer que l’autre est de mauvaise foi, après quoi comme il ne m’est pas possible d’apporter de preuve, mon expérience n’est 100% fiable que pour moi-même et je trouve à vrai dire normal et sain qu’on la prenne avec méfiance, je crois que chacun a la sienne.
Mais non, mon but n’était pas de montrer que le Gevrey était meilleur, je n’aurais jamais cru cela avant, du moins, pas *à ce point*. Quant à la dégustation qui a ouvert ce long débat, on ne saura jamais si le but était de faire de la pub à un vin « qui dégomme la R.C. » ou si c’était juste une expérience intéressante que certains interprètent parfois plus que ce qu’ils devraient, car elle ne donne pas finalement d’informations révolutionnaire, à part pour ceux qui imaginaient qu’une R.C. est tellement miraculeuse qu’elle peut battre tout le monde en toute circonstance. Sur LPV, je ne connais personne qui soit si naïf et c’est pourquoi je n’ai pas trouvé si utile d’en faire 25 pages (dit-il en allongeant le fil de discussion :P)> Après quand même, je trouve gonflé de comparer un
> Bordeaux et un Bourgogne, voire même sans sens.Le but n’était pas de les comparer, mais une fois admis que tout le monde a adoré l’un et trouvé l’autre seulement « bien », on est évidemment tenté de discuter (et ce fût le cas!) sur les prix des uns et des autres, puis sur la pertinence pour moi de continuer d’acheter des 1GCC Bordelais… Après toute expérience, on tire des leçons, quoi de plus naturel!
- 25 mai 2011 à 15h03
- in reply to: un vin autrichien dégomme la Romanée Conti ?
En tous les cas ce Week-End lorsque j’ai servi à l’aveugle un 1GCC Bordelais que tout le monde a trouvé inférieur au simple Gevrey (pour faire contrepoids à la vidéo) il se trouve que connaissant les bouteilles de mon côté, j’étais quand même largement du même avis qu’eux.
Je veux dire qu’il ne suffit pas de me mettre une étiquette pour me faire croire que j’aime un vin qu’en fait je n’aime pas! Pour moi le Gevrey village était supérieur, point, et ceux qui ont bu à l’aveugle ont simplement eu le même avis et les mêmes commentaires en gros sur les deux vins.- 25 mai 2011 à 14h56
- in reply to: un vin autrichien dégomme la Romanée Conti ?
« le sens de l’humour » Si François, plus qu’effleuré évidemment.
La video montrée par Luc est tout à fait intéressante même si je suis de l’avis d’Hervé sur la manipulation évidente (tout le monde sait par exemple que le prmeier vin d’une série de dégustation est souvent le plus mal traité, là aussi des études ont été faites!) mais elle a le mérite de poser le problème et d’y faire réfléchir, comme toute la discussion de 25 pages et qui n’est peut-être pas encore terminée.
Je sais qu’il m’est déjà arrivé plus d’une fois de déguster à l’aveugle et de voir une étiquette plus prestigieuse que je croyais. Dans ce cas, je suis toujours tenté de reconsidérer ma dégustation, d’ne reprendre et de me dire « j’ai du passer à côté de quelque chose ». Je crois qu’il serait horriblement prétentieux de ne pas procéder ainsi.
Donc l’étudiant (on parle d’archi-débutants quand même!) va tout à fait normalement chercher plus loin en imaginant qu’il doit trouver ce qui est bon (il se sent en examen là, manifestement devant son prof!) La suite (refuser de croire qu’il s’agit du même) est depuis longtemps largement illustrée par les travaux des psychologues (Freud le premier qui n’a pas toute mon affection mais a eu aussi le mérite de montrer des choses) : rationalisation secondaire. Là le retour ne arrière est impossible.Mais bon, que lire l’étiquette peut influencer notre jugement, cela je crois qu’ici sur LPV on en a toujours tous été convaincus… non? Le débat me semble-t-il n’a jamais été à ce niveau là – et cela n’apporte aucune réponse finalement.
En revanche il a déjà été proposé à des dégustateurs professionnels de haut niveau (anciens MSdF et autre haut niveau) de donner un compte rendu et une note sur deux vins dont les contenants avaient été inversés (1GCCBordeaux vs Bordeaux médiocre) et presque tous ont affirmé haut et fort la supériorité du vin sortant de la bouteille 1GCC qui était un simple village pas réputé du tout :S …
Ma foi j’aimerais bien qu’on me fasse le coup. Pour être méchant avec moi il faudrait me faire goûter un domaine que j’adore et un que j’aime pas en inversant et voir si je me fais prendre 🙂