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- 14 décembre 2006 à 20h53
- in reply to: Château Sigalas-Rabaud, Sauternes
Un CR un peu long parce que le vin le mérite et a raconté beaucoup de choses que je ne saurais pas résumer 🙂 Je n’ai pas l’habitude de faire des CR, mais ma (charmante) vendeuse voulait connaître mon avis, alors j’ai tout noté et je vous en fait profiter.
Château Sigalas Rabaud 1976
Sauternes
Premier Cru Classé
Marquise de Lambert de Granges, Bommes, Gironde.
(Montpellier Caves Gambetta, 90€, toujours disponible au magasin)Rappel :
Sigalas Rabaud : Propriété de 14 hectares, dont les vignes sont joliment assises sur une croupe sablo-graveleuse, plantées à raison de 85 % en Sémillon.
1976 : Millésime de la Canicule. Cependant pas tellement solaire en fin de compte en gironde à cause des fortes pluies d’août. Des vins souvent équilibrés mais dilués. Pour les Sauternes en revanche l’arrière saisons semble avoir été favorable à de grandes réussites.CR (de novice) le 14 décembre 2006 :
Ce vin n’est pas un modèle d’équilibre. Ce n’est pas un défaut : en effet on ne demande pas à un vin de correspondre à une perfection aux critères préétablis par Monsieur Parker, mais d’avoir une vrai personnalité et de grands choses à raconter. Ce Sigalas Rabaud 1976 a une sacrée personnalité et de belles histoires pour nous bercer.
Sa colonne vertébrale est surprenante, très (trop ?) verticale, tannique mais sans étendue. Selon les plats avec lesquels on dégustera ce vin, la colonne vertébrale nous apparaîtra sous des identités toujours renouvelées : L’orange confite très amère admirable sur fond très doux et liquoreux ; ou une amertume boisée parfois très jeune, ou encore une pâte de coing amère et forte.Première dégustation, 10 minutes après ouverture :
Robe : Dorée, légèrement rougeoyante (volcanique ?)
Premier nez (dominances par ordre chronologique): a) Pollen b) Boisé c) Vin cuit d) Safran.
Après agitation : a) Figue spectaculaire et intense b) Banane suave persistante et enivrante.
En bouche : a) Un boisé mystique et austère (sans rapport avec du chêne) b) Une amertume tannique surprenante et très agréable.
Longueur en bouche : a) Sucre fondant b) Fruits confit vieux avec une acidité « bonbon » qui s’écoule avec sensualité.
Pour le moment il ne m’enthousiasme pas.# Sur un délicieux Foie Gras :
Le Sigalas Rabaud révèle successivement des saveurs de a) vin cuit épicé b) Mûre sucrée et fondante c) orange confite spectaculaire sur la longueur qui va petit à petit occulter le reste au fur et à mesure que le vin s’aère. d) des touches discrètes de cerise confite.Sa personnalité se réveille. Contrairement à un Sauternes jeune, il ne met pas en valeur le foie gras par sa fougue ; mais on découvre la puissance de ses nombreux arômes, nous sommes maintenant très enthousiastes. Par contre ce foie gras que pourtant j’adore habituellement passe relativement inaperçu à côté du vin.
# Sur un excellent bleu (d’auvergne je crois) :
En réponse au bleu, le vin révèle a) son fruité, b) de discrètes saveurs de paille, c) du raisin d) de discrètes sensations fumées. L’expérience est nettement plus intéressante qu’avec le foie gras, toute sa complexité aromatique devenant plus perceptible. Je ne perçois plus désormais sa structure comme associée à l’orange confite mais comme un boisé amer (iris?), original, que j’apprécie avec émotion.Une heure plus tard, le vin est servi un peu plus froid.
Robe : inchangée.
Premier nez : Arômes plus fruités que précédemment, avec une touche de cidre nouveau.
Après agitation : Calvas.
En bouche : Calvas confirmé.# Sur une tarte à la rhubarbe :
L’amertume boisée domine toujours, qui met en valeur la tarte sucrée. Si le plat est mieux mis en valeur, le vin l’est un peu moins qu’avec le Bleu.Le lendemain :
Robe : Inchangée.
Premier nez : Moins (presque plus) d’intensité de pollen que la veille. Plus de raisin sec et de chaleur.
Après agitation : Moins de figue et banane, plus de brioche.
En bouche : Adoucie mais similaire à la veille, avec en plus un peu de noisette ou de peau de cacahuète.
Longueur en bouche : Enthousiasmante, plus mesurée qu’hier, mais plus subtile avec des touches de tabac qui accompagnent une orange confite beaucoup moins pressante.# Sur un roquefort (Gabriel Coulet) :
Des fruits secs se manifestent, mais moins de vivacité qu’hier.La bouteille est finie, dommage car aujourd’hui il aurait sans doute été remarquable avec du chocolat.
Conclusion :
Un vin remarquable. La structure n’est pas un modèle d’équilibre, mais un défilé ininterrompu de saveurs regroupées autour d’un caractère fort en fait une très bonne expérience.
Je ferai encore vieillir quelques bouteilles pour moi. Rien ne dit qu’il s’équilibrera plus, j’en doute fortement, mais j’aime les vins qui racontent leur histoire avec le calme qui caractérise la vieillesse. Pour la plupart des amateurs cela ne représenterait pas un intérêt de risquer une garde de 10 ans de plus, pour moi, si.- 13 décembre 2006 à 2h28
- in reply to: Domaine du Rousset-Peyraguey, Sauternes
Pour mise à jour:
Domaine du Rousset-Peyraguey,
e-mail : rousset-peyraguey@wanadoo.fr
tel : 05 56 63 49 43J’ai goûté ses vins, diverses selections de 2000 à 2003, et j’en ai acheté quelques uns qui m’ont énormément plu.
Ce qui me frappe le plus c’est les prix très bas par rapport à ce que le marché propose dans la même gamme de qualité.On est dans des Sauternes de très grand style.
Ils titrent 15° d’alcool, sont issus de vignes plantées dans les argiles bleues, les plus prestigieuses terres qui font les plus grands châteaux de la région de Sauternes. : Rieussec, Suduiraut et Yquem.
N’ayant pas bu d’Yquem depuis fort longtemps, je ne pourrai pas faire de comparaison. Pour Rieussec par contre, je puis confirmer qu’on est dans un mouchoir de poche. Pourtant Rieussec propose des bouteilles considérablement plus chères.Quels sont les caractéristiques de ces vins de Sauternes?
Je ne suis pas eunologue, voici donc les considérations d’un amateur :
– Les Sauternes des argiles blueues si prestigieux ont en commun des saveurs TRES INTENSES de fleur, de pollen, de miel et de fruits confis, d’épices, de safran (à la fois épice et pollen). Ces arômes décuplent les effets « sucrés »; sans titrer plus fort en sucre, ces vins sont donc d’un goût plus liquoreux que les autres Sauternes, donnent une sensation plus sucrée. Ce sont assurément les Sauternes les plus intenses en goût. Au delà de cette constatation, ils ne sont pas -dans leur jeunesse- mes préférés, je les trouve trop sucrés pour moi. Agés, au contraire, ils deviennent moins fougueux et sont certainement les plus intéressants avec une explosion d’infinies subtilités, déclinaisons en feu d’artifice de leur jeunesse « trop exubérante ».Du coup j’ai choisit chez Rousset-Peyraguey des Sauternes un peu marginaux. Il faut dire qu’il propose une diversité de cuvées, réserves, Crêmes de Tête, Séléctions, rien que pour une même année, on a des tas de produits dont la vinification a exprimé des choses incroyablement diverses selon l’évolution de la récolte (les grands sauternes récoltent en de nombreuses séances étalées sur plusieurs mois au fur et à mesure du développement de la « pourriture noble »- Alain Dujean les vinifie séparément et classe par constellation)
Ceci promet que chacun pourra trouver un sauternes à son goût auprès de ce domaine. Tous ses Sautrernes ont pour point commun un très haut degrès de maîtrise et une qualité à couper le souffle. Ils sont les seuls que je connaisse à être dans ce cas pour un prix raisonnable. Vous pouvez donc auprès de ce domaine vous faire une idée de ce que sont les plus réputés Sauternes pour une somme comparativement dérisoire.
Ceux que j’ai achetés deviendront sans aucun doute -mais dans plusieurs (dizaines?)années- parmi les meilleurs de ma cave à n’en pas douter.Il faut dire que ce petit génie semble bien plus intéressé à s’occuper de faire un travail le plus traditionnel possible et dans le plus grand respect des équilibres naturels (biodynamie, méthodes de Steiner etc…) que de se lancer dans la danse folle des grandes étiquettes et de leur conquête des gros scores sur le guide parker avec les prix qui s’envolent.
Un vin aussi sérieux pour de tels prix, je trouverais cela limite suspect si je n’avais rencontré le bonhomme et découvert qu’il fait partie de cette frange rare mais bénie de la population qui s’intéresse moins à l’argent qu’à sa passion.
Sinon je confirme ce qui a été dit : effectivement, peu de souffre, et un usage prudent des fûts de chêne, garantissent qu’on est pas dans des vins « poudre aux yeux ».