condorcet

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    CR: Soutard 1989

      Dès l’ouverture, j’ai su ce que ce vin (de très bonne présentation : niveau très légèrement bas, capsule impeccable) allait me (et nous) donner : l’archétype du Saint-Émilion à maturité, vigoureux et dense. Le bouchon extrait au sommelier puis à la main est imbibé aux trois quarts, le premier verre présente une tonalité un peu acidulée mais homogène, le nez de cassis, de cuir et de tabac est très prononcé. Les notes fumées et la fraîcheur se retrouvent en une bouche tonique, des tannins amples et enveloppants, une finale caressante. Les bienfaits de l’aération lente (et de la conservation entre-deux à température de cave) confèrent au jus une intensité et un équilibre supérieurs au fil d’une dégustation étirée sur trois jours. Un grand classique à parfaite maturité.

    condorcet
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    J’ouvrirais de préférence la bouteille au meilleur niveau et millésime (1953 ici) et éviterais de carafer le vin. Et si le vin est dilué à l’ouverture, je ne m’inquiéterais pas outre-mesure (une aération lente peut lui être bénéfique). Avec de telles bouteilles, la surprise peut jouer dans les deux sens.

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    Cela n’a étrangement pas affecté la dégustation.

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    CR: Domaine Huet, Vouvray demi-sec, Le Mont 1952.

       J’ai eu les yeux de Chimène pour ce flacon autant que le sentiment de prendre un risque mesuré. Mesuré vraiment ? Le dernier compte-rendu lu date de… 2000 et au premier effleurement du sommelier, le bouchon file droit au fond de la bouteille. Se tromper est une chose, persister une autre. La décantation minutieuse requiert un calme que je ne possède pas. Par esprit taquin et goût de la contradiction, celle-ci se fait dans le 1947 du domaine dégusté il y a quelques années. Si le nez magnifique exhale la délicatesse d’un chenin âgé dominé par le litchi et la mangue, la bouche plus mutique voire acidulée frôle le refus. Au fil de l’aération, la suavité et la profondeur du nez s’estompent au profit de la bouche qui reprend vie, tout en demi-corps, arc-boûtée sur un équilibre entre une acidité modérée et des sucres en grande partie mangés, distillant ça et là des souvenirs du somptueux 1947 mais restant en-deçà (la violence de l’attaque en bouche notamment fait défaut ici).. Ce flacon demeure un bon compagnon, tout d’abord frêle et évanescent puis délicat et de demi-corps, d’une grande buvabilité, tout en évocations. 
    En illustration, le double sacrilège du bouchon chu puis du verre (je n’étais pas chez moi).

    condorcet
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    CR: Château Filhot, Sauternes 1967

     

        La mise est inconnue (l’étiquette annonce « verre gratuit /lege fles gratis (bouteille vide gratuite) et ne porte pas la mention « mise en bouteille au château »), le niveau bas goulot et le bouchon faiblement enfoncé mais sec. Si le contenant intrigue, le contenu se mérite : le bouchon sec part en charpie sous les assauts du sommelier, faute de bilame Durand. Survient alors la phase de répêchage, l’ultime avant la décantation. Que dit ce Sauternes ? Le nez comme la bouche annoncent un grand classique sauternais âgé : de couleur ambrée, des flagrances suaves de fruits exotiques (ananas, mangue, litchi), une bouche caressante et raffinée construite sur un très bel équilibre entre le sucre et l’acidité, le gras et le rôti, la fraîcheur et le volume. Ce vin évident ne sacrifie pas la complexité sur l’autel de la buvabilité ni cette dernière sur l’autel de la préciosité ou du vieillissement.  Complexe, vigoureux sans écraser, volumineux sans assommer le palais, il a encore de longues années devant lui.

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    CR: Valpolicella classico, Quintarelli, 2016

    Nez de fraise et de tomates, bouche à l’encan, robe carmin : l’air lui confère une autre dimension et une certaine familiarité avec Rayas. D’une grande buvabilité, il a bien accompagné les tagliatelles al ragù et le filet de boeuf au poivre vert.A attendre sereinement ou à glisser innocemment en pirate.  

    condorcet
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    CR:  Château La Conseillante 1990

    Que boire un jour blanc de chaleur ? Un Bandol de bonne facture un peu rafraichi ? Des bulles récréatives ? Et pourquoi pas un Pomerol 1990 ? L’idée est saugrenue, sacrilège, folle. Comment la rendre possible ?  Choisir une bouteille de niveau bas goulot ne garantit pas une traversée sans dommage : en témoigne le bouchon imbibé aux 3/4 arrivé en charpie. Ouvrir 4 heures avant dégustation et épauler permet de se rassurer à peu de frais. Et puis un seau à Champagne rempli de pains de glace sauvera les apparences. On peut aussi rafraîchir les verres. Le filet de tournedos saignant accompagné d’un risotto aux cèpes ne saurait attendre. Reste l’épineuse question de la température de service, en l’occurrence 18 degrés. Le vin se départira jamais de sa robe carmin pâle mais non tuilée. Le nez lui, s’affirme d’emblée vibrant et très complexe,oscillant  entre la truffe, la violette, le tabac et le cuir. Agiter frénétiquement son verre mais surtout y tremper ses lèvres. L’attaque est fougueuse, impérieuse, sans répit, La bouche ample et très longue ne sature jamais le palais. Les tannins fondus et magnifiques évoquent la pureté d’un Rayas tandis que la cerise sublimée un grand pinot.  Les allers et retours continus ponctuent le récital. Hier, j’ai rencontré la perfection faite vin et c’était mon anniversaire. Une bouteille qui, bien conservée, vieillira sereinement. Un plat corsé ne devrait pas l’effrayer.

    condorcet
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    J’étais au restaurant à l’étranger et n’ai pas pensé à photographier la coiffe. Le restaurateur m’a dit qu’il avait acheté la bouteille il y a quelques années.

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    CR: Bollinger, Spécial Cuvée

    Que voici une excellente présentation de ce BSA que je n’avais jamais dégusté à ce niveau. Le nez vibrant et profond exhale des notes d’amande et de noisettes. La bulle est fine, la robe or suggère quelques années depuis le dégorgement, la bouche ample, de notes pâtissières tapisse le palais, la finale est tout à fait fait à la hauteur de l’ensemble.
    Alors que dire : encore, encore !
    Evidemment, s’il y avait plus de complexité, le BSA de Krug pourrait être suggéré mais il faudrait une bouche plus kaléidoscopique et plus raffinée. Pour un BSA de Bollinger, je suis très surpris (en bien). 

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    CR: Château La Mission Haut-Brion 2001.

       Vu les conditions climatiques du moment (y compris à Venise), déguster cette bouteille dans des conditions acceptables de température et d’aération a constitué un défi. Achetée à l’enoteca Millevini à Venise et conservée dans le compartiment à légumes du réfrigérateur, elle a été ouverte vers 20 h, un verre prélevé pour avis (fermée à double tour, nez mutique, matière mince et dissociée, bouchon sain, niveau et capsule impeccables) puis regoûtée à intervalles réguliers (22 h 30, 1 h, 8 h 30, 19 h) dans une pièce fraîche. L’aération lui a été bénéfique, quoique sans gommer totalement l’imposante trame tannique de la finale. La robe grenat et brillante ne comporte aucun trace de tuilé, le nez de cerise, de cassis, de graphite et de fumé reste discret, la bouche gourmande, séveuse, pleine de menthol, de rondeur, d’harmonie emporte l’adhésion avant que la finale aux tannins quelques peu accrocheurs en début d’aération et de moins en moins au fil de l’aération n’apporte un petit bémol à l’impression d’ensemble. On l’aura compris à la lecture de ce CR, cette bouteille, si elle ne reflète pas un vin d’anthologie, représente une très solide prestation, à qui il a manqué un je-ne-sais-quoi en finale pour être sublime.
     

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    CR: Domaine d’Orfeuilles – Vouvray – Réserve d’automne – moelleux 1989

    Présentant une robe ambrée (mais plus pâle que le Haut-Lieu 1990) et un nez sensiblement moins riche quoiqu’agréable de mangue, de litchi et de fruits exotiques, ce Vouvray propose une équilibre entre sucre et acidité qui convient bien à une fin de repas. Cependant, face à une nouvelle bûche, je ressens un léger manque de sucrosité qui rend l’accompagnement plus incertain. Dégusté seul, il m’amène à réviser à la hausse mon appréciation du Haut-Lieu 1990 de Huet et à ne pas trop en demander à ce vin agréable qui a bien su remplir son office.

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    CR: Champagne Larmandier Bernier “Vieille Vigne du Levant”  extra-brut 2010

    La robe claire et un très joli nez d’amande, de noisette, de pain grillé donnent une irrésistible envie d’y plonger ses lèvres : la bulle fine, une entrée en bouche tonique rafraîchissent agréablement le palais en apéritif et accompagnent les plats de poisson avec délicatesse et à propos, l’équilibre d’ensemble n’étant pas desservi par un caractère légèrement oxydatif. J’ai beaucoup aimé ce Champagne d’une grande buvabilité.

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    C’est le genre de bouteille où la dégustation doit savoir déceler ce qu’il y a de grand et séparer le parasitage induit par les notes liégeuses du vin lui-même. Par instants, le vin était délicieux et puis à d’autres beaucoup moins.

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    CR: Domaine Huet, Vouvray moelleux, Le Haut Lieu, 1990
    La robe ambrée, le parfum charmeur de fruits exotiques, litchi, coing, l’entrée en bouche de miel et de mangue mêlée promettaient beaucoup. Il fallait cependant faire abstraction de notes liégeuses qui essaimaient ça et là et ternissaient la finale.

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    CR: Domaine Les Roches (Lenoir) – Chinon 1989

    J’ai longtemps attendu avant d’acheter puis d’ouvrir cette bouteille. Parce que le Véron revêt une double acception à mes yeux : celle, la plus forte, de mon enfance, et celle, ici, d’un terroir. Quand le poids des souvenirs s’est estompé, la possibilité d’une dégustation a grandi. La présentation parfaite de ce Chinon a posé un cadre qui ne s’est pas démenti : un bouchon imbibé au quart extrait sans difficulté, un nez vibrant de fruits rouges, de sous-bois, de cuir et de tabac, une belle robe vermillon vive encore suggèrent plutôt qu’ils n’en imposent aux dégustateurs. La bouche ronde et gourmande en demi-corps s’étire langoureusement, les tannins parfaitement assouplis, la note acide en finale la prolongeant sans rompre l’élégance et le raffinement de l’ensemble. Ce vin distille une telle évidence seul ou en accompagnement (Chapon farci puis gigot d’agneau le lendemain) qu’il fit l’unanimité en sa faveur.

    condorcet
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    CR: Domaine du Clos Naudin (Foreau) – Vouvray demi-sec 1989

    Cette bouteille s’est révélée solide en dégustation pure comme en accompagnements (pâté de poisson, volaille blanche) et ce, du réveillon à ce midi. Le bouchon imbibé au tiers et un niveau base goulot indiquent une très bonne conservation. Si la couleur or et le nez très riche de fruits exotiques, litchi, mangue laissent présager une sucrosité qui déplairait aux amateurs de demi-sec minéraux et tranchants, la bouche ample sait marier une attaque sucrée avec une acidité qui l’étire sans que la complexité soit sacrifiée au plaisir immédiat et à la digestibilité de l’ensemble. Bravo et merci !

    condorcet
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    Mon top 5 :

    – Champagne Dom Pérignon 2009,
    – Champagne Krug Grande Cuvée 163e édition,
    – Barolo Giacomo Borgogno e figli 1971,
    – Bourgueil, Domaine de la Chevalerie, Chevalerie 2008,
    – Saint-Julien, Léoville Las Cases 1979.

    Mes déceptions :
    – Saint-Émilion, Tertre Roteboeuf, 2010.
    – Saumur, Château de Villeneuve, 2016.

    condorcet
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    CR: Dom Pérignon 2009

    Ouverte au restaurant à Venise par un néophyte de la maison décrite de manière si contrastée par les LPViens que je remercie de leurs notes précises, cette bouteille a su procurer un bel agrément, accompagner au plus juste les plats, révéler une belle harmonie.
    Le nez beurré et toasté précède une bouche minérale qui trouve à l’aération son acmé, rebondissant dans le palais, égrenant des arômes d’amande avec une bulle fine. Le tout suggère la grâce volubile de l’âge et les facettes multiples de ce Champagne. Une assiette de charcuterie italienne et dès condiments attise sa fougue puis les spaghettis aux palourdes aux accents iodés soulignent sa mineralité, un assortiment de fromages italiens redoublant son onctuosité.
    Qu’en conclure ? Sur une note personnelle, ce Champagne n’accompagnait pas une occasion particulière de la vie mais l’envie de passer outre la morosité du temps sans céder à l’ivresse. Le couple assis à côté de moi dont c’était l’anniversaire a apprécié le verre proposé. J’espérais une très belle incursion et ce fut le cas. Ce n’est pas le Champagne de ma vie mais telle n’était pas mon attente.  

    condorcet
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    CR: Château Léoville Las Cases 1979

      Commandé la veille et reçu à midi, ce flacon a été ouvert sine die avec un limonadier et laissé reposer dans un pichet d’eau froide. Ce traitement expéditif n’a pas nui à un vin qui a offert un visage kaléidoscopique : arborant le masque d’un vin ancien fatigué à l’ouverture (des effluves d’arômes tertiaires jaillissant alors et une robe d’un pâle rubis, tuilée et orangée sur ses franges) puis une fougue olfactive et gustative une heure après ouverture avant de revêtir les ors plus discrets du déclin six heures plus tard. Présentant bien (long  bouchon légèrement surélevé mais capsule intacte, niveau haute épaule +, couleur brillante avant ouverture), mis à température (18°), il inspire confiance. Un puissant nez de cuir, de tabac, de sous-bois, de menthol désormais jaillit du verre, la bouche très dense part à l’assaut du palais, le tapisse, le relance par une trame acide avant qu’une fraîcheur tempère le tout, ne le quitte pas (la finale est très longue). L’impression d’ensemble est excellente, supérieure à la réputation du millésime, virile, la rondeur parvenant à envelopper la charge originelle. Ce vin dénote alors une grande cohérence entre la puissance du nez, l’intensité de la bouche bien contrôlée par la scansion ampleur – acidité – fraîcheur, la finale qui s’étire. Le spectre du déclin survient pourtant le soir lorsque la suavité du nez a disparu, la bouche s’est recroquevillée, la finale considérablement amincie.

    L’archétype du Bordeaux bien vieilli et fougueux, le raffinement en plus. 
    A maturité.

     

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