Richebourg

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forums Bourgogne et Beaujolais Richebourg

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  • Patrick
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    Bonjour à tout le monde.

    S’il est une appellation qui plus que les autres m’a longtemps fait rêver, c’est bien Vosne-Romanée, avec son ondoyant paysage et ses crus légendaires. Quel plaisir de descendre dans les caves moussues pour y tâter des trésors en barrique. J’ai souvenir ancien mais radieux, de belles réceptions comme ailleurs en Côte de Nuits et Côte de Beaune. Les vignerons continuent-ils de proposer de mêmes périples ?
    Ce samedi, voyage en Bourgogne avec l’ouverture du Richebourg 1988 enfanté par Jean Grivot. Ce cru m’attire depuis longtemps et a été préféré à Yquem 80 réservé à d’autres honneurs. J’imagine un cru haut en couleurs, avec une robe d’un rouge profond, en pimpante forme, jovial et noble bien sûr. C’est le cliché de frère Jean dans Robin des Bois qui me vient à l’esprit. Alors, vais-je ranger ce cru dans mon panthéon des grands vins de référence ? Pour cette expérience, un pigeon en cocotte avec de toutes jeunes pommes-grenailles a été élu et je m’en frotte les mains de contentement.

    L’ouverture :
    Comme à l’habitude, j’ôte le plus gros de la poussière du flacon et place celui-ci debout dès le matin afin de faire tomber les éléments solides. Le niveau est impeccable. Le screwpull fait son office et sort vainqueur à nouveau de son duel avec le bouchon. Tel un sommelier j’hume celui-ci, évidemment ce geste ne m’apporte aucune indication probante, ni plaisir. Entre nous, je ne vois dans cette attitude que du folklore rien de plus, voire un manque de classe au restaurant sinon une tartuferie. Parce que quand même ces senteurs de liège…
    Premier nez :
    Un coup de chiffon sur le buvant de la bouteille et hop, le nez est de suite approché. Les effluves de pinot noir sont immédiates et je me crois revenu au dessus d’une bonde. Je distingue aussi quelques bonnes senteurs de terre fraîche printanière. Satisfaction.
    Service :
    Servi une première fois à l’apéritif, le breuvage délicatement versé confirme les premières impressions. Le niveau a baissé et permet une meilleure oxygénation du vin, mais je m’interroge. Dois-je laisser la bouteille poursuivre tel quel son processus de dégradation heureuse des arômes, ou au contraire vaut-il mieux les emprisonner sous bouchon inerte. Je joue classique en imaginant un développement exponentiel des qualités. Je donne son verre à Madame qui doctement, les lèvres pincées fait tourner avec douceur le liquide. Comme le règlement l’exige, elle porte ensuite son nez au-dessus du verre, analyse quelques secondes et enfin goûte. « Extra, parfums de sherry, de cerises » est son verdict, je souffle, sauvé. J’accorde le plus grand crédit à son avis spontané et sans influence. A mon tour d’en profiter.
    Davantage que le Musigny De Vogüé goûté il y a quelques temps la robe du Richebourg est sombre et paraît conforme aux canons que je me fais de la Côte de Nuits. Parfaitement moirée celle-ci flatte l’œil indiscutablement. Des teintes pourpres soutenues en son centre et un cuivré inévitable en bordure. De beaux habits donc, très gais, que certains assimileront à de la haute couture pour mi-saison.
    Deuxième nez :
    Le verre secoué à nouveau permet un langage plus clair des senteurs. Celles-ci sont directes encore, mais toutefois pas exubérantes. En tous cas bien complexes et suggérant des notes de clou de girofle, de bon cuir, de rose, de gras, de sauce au vin, et je n’ai pu me défaire de cette impression : de crème de cassis. Un nez à la fois net et très gourmand, délicat aussi. Mais surtout constant à défaut de se montrer volubile. Du plaisir.
    Bouche :
    La dégustation en bouche tient ses promesses et même si la longueur n’est pas le point fort de ce cru, le vin ne fuit pas. C’est un sentiment de constance qui prédomine encore. Le Richebourg s’ingénie à rester en bouche, attendant un partenaire pour communion. Le pigeon s’est prêté de bonne grâce à ce jeu là ce qui nous valu de beaux instants de gourmandise. La trame souple et le goût du vin ont bien résisté aux chairs donnant une alliance réussie malgré l’absence de sophistication. Goûté sans accompagnement le vin est plus discernable et apparaît davantage naturel et frais. Les parfums perçus au premier abord ressortent mieux ici. Aucun déséquilibre alcoolique malgré les 14%, mais au contraire un raffinement complet de tous les composants tanins, acidité, fruits compotés. Absence de salinité, tant mieux. Et puis j’ose l’écrire, très bien apprécié aussi avec le munster idéalement affiné. Un modèle de grand cru qui mérite son titre. La classe.

    Conclusion :
    Le flacon est complètement bu et apprécié et ne présente aucun dépôt comme je l’avais pensé initialement. Contrairement à l’image de frère Jean que j’évoquais, c’est plutôt à un aristocrate que ce vin fait songer en fin de compte : droit, bien mis et mettant en avant sa culture sans ostentation. Un peu hautain et pincé. L’avenir de ce vin me paraît garanti pour quelques années supplémentaires, mais il est délicieux aujourd’hui. Cette bouteille a montré beaucoup de charmes. Celles restantes iront rejoindre le lot des crus réservés aux dîners en tête à tête avec chandelles.

    Loup.

Affichage de 18 réponses de 1 à 18 (sur un total de 18)
  • Replies
    Chevalier
    Participant

    Quel beau voyage que voici …
    Et cette fois, tout le mode s’est trouvé autour de ce vin.
    J’attends toujours avec impatience vos posts qui me font voyager.
    C’est un type de vin que je n’ai pas encore gouté mais j’ai du temps pour cela.
    Chevalier

    Stephane Revel
    Participant

    Merci pour ce beau compte-rendu, Loup. Ca donne très envie d’ouvrir à son tour une vénérable bouteille!

    . .
    Participant

    J’apprécie d’autant plus que certains Richebourg du domaine Gros frères et soeur que j’ai bus parmi les millésimes entre 1973 et 1988 restent ,pour moi, les plus grands Bourgogne !

    « Et puis j’ose l’écrire, très bien apprécié aussi avec le munster idéalement affiné. »

    J’apprécie également cette phrase tant il y a actuellement un « politiquement correct » qui interdit de boire un grand rouge avec les fromages 🙂

    charlesv
    Participant

    Raymond ,

    Le Richebourg entre 1973 et 1988 est-il celui du domaine Jean Gros ?
    Le Munster avec un Richebourg je n’aurais pas osé … et je n’oserai pas ! Avec un Cîteaux sans problème .

    Bertrand Le Guern
    Participant

    Le Munster avec un Richebourg je n’aurais pas osé … et je n’oserai pas !

    Le coup (médiatique) précédent de Loup/Audouze, c’était Yquem et Epoisses …

    François Audouze
    Participant

    Je voudrais bien savoir ce que le fait de dire que j’aie été bluffé par l’association d’Yquem 1989 avec une époisses très avancée a de médiatique ?
    C’est une découverte incroyable pour moi, car j’aurais refusé si un restaurant me l’avait proposé.

    De plus, personne n’ayant commenté mon propos, en quoi Loup y serait-il associé?

    Et quand à trouver ce témoignage politiquement correct, là, il faut être fort, car jamais je n’aurais défendu ce qui me parait comme une aberration.

    J’ai spontanément parlé de cet accord car ce forum a astucieusement mis des rubriques où l’on peut parler de gastronomie, ce qui est agréable. Il faudrait, surtout sur ce message spontané, ne pas chercher malice là où il n’y en a pas.

    François Audouze
    Participant

    Je trouve la prose de Loup absolument merveilleuse.
    C’est comme cela qu’il faut parler du vin : capter tous les plaisirs.
    Loup, bravo.

    Bertrand Le Guern
    Participant

    en quoi Loup y serait-il associé?

    Loup=Audouze!

    Tipof
    Participant

    Bertrand,

    Je crois qu’il faut lâcher Monsieur Audouze, comme il vous l’a déjà demandé à maintes reprises.

    Meilleures salutations,
    Christophe

    Bertrand Le Guern
    Participant

    Je crois qu’il faut lâcher Monsieur Audouze, comme il vous l’a déjà demandé à maintes reprises.

    Quand il n’utilisera plus divers pseudos …

    François Audouze
    Participant

    Bertrand, ne rêvez pas.

    Voici quelques Richebourg que j’ai bus (pas tous, je ne note que depuis 6 ans) :

    Richebourg Noëllat – 1928
    Richebourg Charles Noëllat – 1929
    Richebourg provenance inconnue – 1929
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1929
    Richebourg Charles Noëllat – 1934
    Richebourg Drouhin « Caves de la Tour d’Argent » – 1934
    Richebourg Charles Noëllat – 1937
    Richebourg « vieux ceps » H. Jaboulet Vercherre – 1937
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1942
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1943
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1952
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1953
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1956
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1956
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1956
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1956
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1957
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1961
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1964
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1965
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1972
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1973
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1981
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1981
    Richebourg Gros Frère & Sœur – 1987
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1988
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 1988
    Richebourg Anne Gros – 1995
    Richebourg Anne Gros – 1996
    Richebourg A. F. Gros – 2001
    Richebourg Domaine de la Romanée Conti – 2002
    Richebourg A. F. Gros – 2002

    Il ya beaucoup de DRC, je n’y peux rien, c’est parce que j’en ai beaucoup.

    Je ne pense pas que j’aurais fait un discours aussi long sur un Grivot 1988.
    Ensuite : je n’utilise pas de screwpull et je sens les bouchons, en aimant recueillir cette information complémentaire, comme, depuis peu je me mets à sentir le haut de la bouteille, bouchon encore enfoncé mais capsule enlevée. j’y puise de nouvelles indications.

    N’importe quel lecteur averti aurait vu depuis longtemps que Loup et moi, aucun rapport (sauf si, tel un somnambule, j’arrivais à envoyer des messages dans mon sommeil, mais à 21h13, je ne dors pas).

    Bertrand, il va falloir vous décontracter un peu. Si je raconte une histoire d’époisses, c’est parce que je trouve ça tellement incroyable que j’ai voulu en parler à quelques LPViens qui me semblent avoir un solide jugement sur les accords subtils mets et vins. Si vous y voyez autre chose qu’un témoignage, alors, il va falloir respirer un grand coup et revenir sur terre.

    Note pour Loup : on pourrait s’échanger les messages qu’on a envie d’envoyer, histoire de créer un peu de confusion.
    Mais pour moi, il n’y a pas de doute, je n’aurais jamais écrit les messages de Loup. Il a sa sensibilité (immense), j’ai la mienne.

    François Audouze
    Participant

    Bertrand,
    Je relis votre message que je prends au pied de la lettre :
    comme je n’utilise aucun pseudo, vous allez me lâcher la grappe.

    Dont acte.
    Merci.

    Ouf !

    . .
    Participant

    charlesv a écrit:
    ——————————————————-
    > Raymond ,
    >
    > Le Richebourg entre 1973 et 1988 est-il celui du
    > domaine Jean Gros ?
    > Le Munster avec un Richebourg je n’aurais pas osé
    > … et je n’oserai pas ! Avec un Cîteaux sans
    > problème .

    Charlesv

    Le domaine Gros frère et soeur appartenait à Gustave (frère de Jean) + une soeur dont je ne connais pas le prénom. Gustave est décédé mais sa soeur est toujours présente:). Actuellement c’est un neveu (Bernard) qui s’occupe du domaine. Mais ses vins sont beaucoup moins charmeurs que ceux de Gustave. Je n’en ai plus racheté depuis 1993. Peut être sont ils redevenus très bons ?

    Je n’ouvrirais certainement pas un Richebourg pour accompagner un Munster mais si la bt est ouverte , comme Loup, je n’hésiterais pas une seconde à la finir sur le fromage !

    laportep
    Participant

    Je suis un petit nouveau sur LPV, je ne comprend donc pas l’acharnement de certains envers M. AUDOUZE … qui semble être, au vu de ses témoignages, un vrai hedoniste. Certes, sur l’epoisse je prefère un GC de bourgogne blanc voire un 1°C type Saint Aubin Murgers des dents de chien de quelques années…

    Amateur de vosne, je ne trouve rien d’anormal de consommer un RICHEBOURG sur un pigeon, bien que mon origine du sud ouest prefererais la palombe ou la becasse …

    Je vois M. AUDOUZE, que nous partageons quelques RICHEBOURG, à savoir ceux du domaine AF-GROS en 2001 et 2002 (mais pas de DRC que je n’apprécie pas — manque de culture oenologique empéchant certainement la comprehension du travail pointu de ce domaine– ). N’ayant pas encore osé les ouvrir, de peur de commettre un infanticide, pouvez vous m’indiquer vos appréciations sur ces vins ?

    Et merci à loup pour ce fil …

    charlesv
    Participant

    Raymond ,

    Merci pour ces précisions . Le Richebourg de Jean Gros était une pure merveille sur la même période .

    Je n’ouvrirais certainement pas un Richebourg pour accompagner un Munster mais si la bt est ouverte , comme Loup, je n’hésiterais pas une seconde à la finir sur le fromage !

    Parfaitement d’accord : le fromage oui mais … pas un Munster . 🙂

    LEGOFFE
    Participant

    Loup
    quel beau commentaire qui me conforte dans mes achats GRIVOT même si le RICHEBOURG
    commence à être vraiment coûteux mais quel vin!quelle classe comme vous le dites si bien.
    Néanmoins,j’ai noté dans votre texte une petite coquille(vous me le confirmerez) quand vous évoquez les aromes de ce vin;vous employez le terme de sherry alors que je pense qu’il fallait plutôt écrire »cherry » pour cerise;les aromes oxydatifs du sherry(jerez) ne se distinguent pas vraiment dans le RICHEBOURG alors que la cerise nettement oui.
    amitiés
    bertrand

    REMONDIERE Patrick
    Participant

    Bonsoir à Tous.

    Brièvement :

    Monsieur Le Guern, vous vous trompez en pensant à une quelconque duplicité. Je peux essayer de vous en convaincre par messagerie privée si la chose vous semble utile

    S’agissant de Vosne je n’ai pas voulu relater un souvenir de mon premier voyage ici. Comme je constate que le vin de Monsieur Gros a été apprécié, je me dois de faire remarquer que sa personne aussi était de grande classe. Je l’ai dérangé en 1982 en pleine surveillance de ses crus, évidemment sans avertir de ma venue. Vraiment béotien et intimidé, j’ai écouté sa passion, son amour devrais-je dire pour ses crus. J’ai appris. Bien jeunot à l’époque et après l’avoir remercié de sa patience, je repartais sans rien lorsqu’il me demanda de patienter à mon tour quelques instants. Et puis je le vois revenir avec une bouteille dans chaque main et me les tendre comme cadeaux. Rien à ajouter.

    En ce qui concerne le Richebourg Jean Grivot et le munster, il serait exagéré de ma part de dire qu’il y a eu harmonie idéale des sens. Mais je persiste, le plaisir était bien là, et les deux partenaires ne se sont pas observés en chiens de faïence. Chacun a joué sa partition sans rien renier de son caractère, en offrant ses qualités, en phase. Un peu comme si deux leaders syndicalistes aux conceptions antagonistes se retrouvaient défilant côte à côte pour une noble cause commune. Je conviens que cette expérience ait pu ici ou là faire douter. Si nous avions été plus nombreux à déguster ce soir là, c’est certainement un autre acteur qui serait entré en scène. Je crois que les fromages méritent aussi d’être bien escortés et non pas accompagnés de ces vins roturiers ou de laissés pour compte. Ils méritent mieux, beaucoup mieux.

    Les saveurs du sud-ouest me sont chères, mais trouver une bécasse, une palombe en ce samedi était mission impossible. Le pigeon était des Landes. Il me faut vous dire aussi que le dessert nous a permis de conclure ce délicieux repas en apothéose. Vous me comprendrez si vous avez déjà dégusté… un gâteau à l’Armagnac.

    Bertrand : Bien vu. Il n’y avait d’oxydatif dans ce vin, ça m’aurait déçu. Cela m’apprendra de répéter l’accent de mon épouse…

    Je vous souhaite une bonne nuit, de beaux et doux rêves.

    Loup

    Anthony Corbaz
    Participant

    14% pour un Richebourg de 1988 … et bien, je vois que le rechauffement de la planete avait deja commence tot en Bourgogne !

    Superbe CR ! Merci !

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