Thomas Mauss

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  • Thomas Mauss
    Participant

    La sélection est de haut niveau et est tout de même pas mal orientée « nouvelle vague ». C’est logique car cette nouvelle vague a vraiment hissé haut les couleurs sud africaines et elle a finalement assez vite marginalisé la production de Stellenbosch auprès des amateurs avant-gardistes, à la recherche des nouveaux lieux de production qualitative. 

    Vos conclusions confirment que l’Afrique du Sud est un des pays les plus intéressants du monde en ce moment pour chiner du vin. Comment avez-vous situé cette dégustation vs Australie, USA, NZ?

    J’appuie le coup de coeur sur Thief in the Night et si tu as aimé le 2022, essaie de trouver le 2021, clairement un cran au-dessus.

     

    Thomas Mauss
    Participant

    Sur les rouges du domaine, à mon sens, il faut vraiment les attendre…mais je n’arrive pas à tirer de règles générales pour le moment.

    Les Columella sont des vins très denses, serrés, et il y a une abondance de tannins fins, mais une abondance quand même. 12 ans me semble être un minimum, mais le 2019 était déjà bien approchable…J’ai un super souvenir du 2018 il y a 3 ans, mais le 2017 est cadenassé…

    J’ai ouvert un Pofadder 2020 il y a 2 ans qui n’avait rien à dire, fermé de chez fermé. En Janvier cette année, ce même vin était magnifique et semblait totalement ouvert.
    Le Treinspoor est un coureur de fond…cela dépend beaucoup du millésime.
    Le Soldaat que j’ai croisé 2 fois est extrêmement réducteur à l’ouverture…je me suis dit que je n’ouvrirai aucune bouteille avant 7 ans de vieillissement…

    Sur les blancs, avec mon expérience toute relative, j’ai l’impression que les mono cépages sont approchables rapidement. Palladius et Skoerpion demandent du temps…jamais gouté les Kokerboom, Mev Kirsten et Voet’pad.

    Thomas Mauss
    Participant

    Eben Sadie était de passage à Paris il y a quelques semaines, et son importateur pour la France en a profité pour organiser une masterclass. 
    Rendez-vous fut donné à l’hôtel de Crillon pour une dégustation verticale de Columella et Palladius, respectivement les assemblages iconiques en rouge et blanc du vigneron.

    Contrairement aux autres vins d’Eben issus de parcellaires précis, ces deux cuvées ont pour objectif d’incarner « le vin Sud-Africain » en proposant des assemblages uniques qui s’appuient sur des cépages certes européens, mais installés depuis des décennies, voire es siècles, en Afrique du Sud. Raisins qui proviennent pour ces cuvées de différents terroirs de la région du Swartland. 

    L’occasion était trop belle de faire connaissance avec le domaine de la meilleure des manières qu’il soit. Une telle dégustation, en compagnie du vigneron, permet de comprendre le chemin choisi et parcouru par le domaine, permet même de partager les doutes et questionnements d’il y a 20 ans. C’est un voyage dans l’espace et dans le temps.

     

    Verticale de Columella : 2004/2009/2014/2019/2022 

    Premier millésime de cette cuvée en l’an 2000. De 2000 à 2010, en conformité avec les standards de l’époque, le vin connaissait un élevage de 24 mois en bois neuf pour 40% du volume et les raisins étaient égrappés à 100%. Depuis 2010, une partie est intégrée en vendanges entières, l’élevage boisé ne dure que 12 mois et concerne 10% du volume. 

    Finalement c’est la même direction pris par une grande partie des vins rouges sur le globe : moins de bois, moins d’extraction, plus de finesse et plus de vibration.
    Mais le chemin pris fut réfléchi à plus d’un titre…Eben Sadie décida d’appliquer le même itinéraire de vinification pendant 10 ans et pas une année de moins, de 2000 à 2009.

    L’idée derrière est qu’il n’est pas possible de juger de la pertinence d’un itinéraire après 1, 2 ou 3 millésimes…10 ans semblait le minimum pour Eben, afin de connaître toute une diversité de millésime : frais, chaud, humide, sec, précoce, tardif…En 2010, le domaine pris le temps d’organiser une première verticale pour prendre du recul et mieux aborder le futur. Des décisions assez drastiques furent prises :
    [list]
    [*]Pas plus de 14% d’alcool dans la bouteille,
    [*]Passage à 30%/40% de grappes entières,
    [*]Moins de pigeage,
    [*]Baisse du pourcentage de bois neuf dans l’élevage avec 10% contre 40% avant,
    [*]Baisse de la durée de l’élevage : 12 mois au lieu de 24 puis passage en grands foudres.
    [/list]
     
    Columella 2004 (80% Syrah / 20% Mourvèdre)
    Le nez est très marqué syrah mais la grande surprise, c’est la jeunesse de ce nez ! Pas de tertiaire en vue sur un vin rouge Sud-Africain de 20 ans, qui l’eut dit.Le fruit noir est expressif sur la mûre, complété par des notes assez classiques d’olive noire en tapenade. Après agitation, des notes de garrigue et de fleurs bien séchées.En dégustation pure (et pour un premier vin de la matinée), le jus se révèle un peu anguleux, carré, avec des tannins encore bien présents et qui assèchent légèrement la bouche ; sans doute un excès de bois à l’époque. Pour autant, il y a encore une matière pleine dotée d’une immense fraîcheur. 

    Columella 2009 (75% Syrah / 23% Mourvèdre/ 2% Grenache)
    Nez un peu médicinal, herbacé, on devine de la sucrosité également. Après agitation, de la garrigue et une fraicheur végétale semblant souligner une vendange al dente.Ensemble bien plus jeune que le 2004, plus frais. La jeunesse de ce jus de 15 ans est sidérante. La matière est suave, douce, il y a de la classe dans ce jus qui finit en queue de paon sur une très belle finale. C’est frais, long, avec une vraie personnalité. Mais selon Eben, ce n’est pas la personnalité du Swartland. 

    Columella 2014 (Syrah, Mourvèdre, Grenache, Carignan, Cinsault)
    Année froide. Pas de pigeage, moins de bois neuf et de la grappe entière. Beaucoup plus identitaire pour le vigneron.Le nez est marqué par une note camphrée/mentholée. Le fruit est plus frais, moins solaire et chatoyant, plus de fruits rouges. Les qualités tactiles ont fait un bond en avant avec un jus velouté et beaucoup moins d’accroche. Un ensemble délicieux. 

    Columella 2019 (Syrah, Mourvèdre, Grenache, Carignan, Cinsault, Tinta Barocca)
    Nez beaucoup plus méditerranéen, on s’éloigne du focus syrah pour sentir beaucoup plus de garrigue, de fruits rouges chatoyés par le soleil.
    Le toucher de bouche devient presque celui du pinot avec une grande élégance tactile. Une note discrète de caramel au lait apporte de la gourmandise et une douceur magnifique. On sent l’apport du Grenache et du Cinsault dans cette finesse fruitée.Un vin de grand charme, beaucoup d’allure, même si encore jeune aromatiquement.Equilibre sublime, grand vin en devenir. Si on veut pinailler, la finale manque un peu de résonnance aujourd’hui. Mon préféré de la série. 

    Columella 2022 (Syrah, Mourvèdre, Grenache, Carignan, Cinsault, Tinta Barocca, seulement 5% de bois neuf)
    Nez qui évoque de la barrique François Frères avec des notes caractéristiques de pain grillé. Petite touche vanillée également, mais à l’agitation, le fruit reprend le dessus sur des notes de garrigue tout en charme. Fruits rouges, notes florales et végétales nobles.
    En comparaison du 2019, je trouve que la finale manque un peu de tenue, une impression un peu filante qui me laisserait penser qu’il y a eu quelques pluies avant la récolte. Là aussi, on est sur du chipotage car l’ensemble est de très belle qualité. 

    Même si ce fut mon vin le moins apprécié de la série, je pense que l’enseignement majeur de cette dégustation est la jeunesse du 2004. Qui à l’aveugle aurait pu dire « 2004, Afrique du Sud » ? Pas grand monde à en croire la salle.

    L’autre enseignement est la découverte des résultats des changements en vinification : les vins sont plus suaves, bien plus élégants et aboutis aujourd’hui.  

    Verticale de Palladius : 2003/2009/2014/2019/2022 

    Le premier millésime de cet assemblage blanc est le 2002.
    Eben explique apprécier particulièrement la texture des vins blancs plus qu’une aromatique expressive : selon lui, c’est la texture qui prime pour les accords mets et vins.

    Le temps filant, nous avons eu droit à moins d’explication sur la vinif des vins blancs. Cette recherche de texture me fait penser que certains cépages font leur malo (des gouts beurrés globalement discrets vont dans ce sens). Et j’imagine que d’autres cépages ne la font pas pour garder de la tension…à préciser.
    Au niveau technique, le domaine est passé des barriques aux demi-muids assez rapidement. Puis arrêt du bois neuf avec le 2016. 

    Palladius 2003 (45% de viognier, 20% Chenin, Chardonnay, 15% Grenache Blanc, barriques de 228l)
    Nez avec quelques notes oxydatives, un côté décadent avec des fleurs blanches et un environnement mellifère sec. A l’agitation, des notes évoquent le brandy avec un côté toffee. Un tout petit peu de beurre dans le paysage aussi. L’acidité est modérée en bouche, c’est de la luxure, on se vautre dans ce jus rondouillard aux notes de fruits un peu confits, fleurs blanches, fruits secs avec une touche de noisette. 

    Palladius 2009 (Chenin blanc, Grenache Blanc, Clairette Blanche, Viognier, Chardonnay, Roussanne, Sémillon, Palomino, Demi-Muids de 600L)
    Net recul du viognier au bénéfice de l’amateur de bon goût
    Ce fut mon vin préféré de la matinée, et je pense que je n’ai pas été le seul sur ce créneau…du coup la prise de note est minime car l’émotion était grande, on n’était pas loin de la standing ovation là-dessus.
    Le nez est marqué par un profil sublime de Chenin Blanc Sud-Africain : fruits jaunes, agrumes, notes végétales sèches (foin…), le tout est aussi kaléidoscopique que précis. L’assemblage apporte plus de largeur et de prestance que le chenin seul.
    L’équilibre est magistral, entre volume important, fine acidité qui emmène juste ce qu’il faut de tension, et un côté multicouches qui ne s’arrête pas.
    Un vin sublime ! 

    Palladius 2014 (Chenin Blanc, Grenache Blanc, Clairette Blanche, Viognier, Verdelho, Roussanne, Marsanne, Sémillon Gris, Sémillon Blanc and Palomino, Colombard)
    Le millésime nous a été présenté comme frais, mais je trouve au contraire le vin moins frais que le 2009. L’acidité est plus basse, l’équilibre plus rond.
    On sent le chenin sur une impression de champagne sans bulle, avec cette légère notre animale, puis la pomme au four et les fruits jaunes bien mûrs, presque confits.La bouche est assez vivante malgré tout, mais l’acidité ne tranche pas, elle est là, quelque part dans le fond à jouer son rôle.Riche et généreux, avec également des notes de miel sec, de pollen, de fleurs blanches et un peu de torréfaction.Ce 2014 fait moins jeune que le 2009. 

    Palladius 2019 (Chenin Blanc, Grenache Blanc, Clairette Blanche, Viognier, Verdelho, Roussanne, Marsanne, Sémillon Gris, Sémillon Blanc & Palomino, Colombard)
    Comme une fugace impression de volatile au nez, sans que cela soit vraiment dérangeant. Le nez est acéré, évoque la rhubarbe et on perçoit déjà le côté acide de ce jus.Bouche très fine, plutôt de demi-volume en comparaison des autres millésimes, vivante, fine acidité juste suggérée. Le jus est marqué aromatiquement par le Chenin avec ses fruits jaunes et ses herbes séchées. Gourmand et complet.Un côté haut perché, plus septentrional que sur les autres millésimes.Plus moderne, plus abouti, plus précis. Le côté droit est bien complété par une texture tout de même ronde. 

    Palladius 2022 (Chenin Blanc, Grenache Blanc, Clairette Blanche, Viognier, Verdelho, Roussanne, Marsanne, Semillon Gris, Semillon Blanc & Palomino, Colombard)
    Nez ici encore acéré, qui évoque tantôt le riesling, tantôt le sauvignon sur de la groseille à maquereaux…après agitation, la richesse du Cap apparaît. De légères notes beurrées, matière pleine, plus large que le 2019.Matière langoureuse, pleine et dense, sans manquer de vie en bouche.
    Vin magnifiquement bien né. 

    Un grand moment de dégustation dans une salle magnifique dominant la Place de la Concorde : Eben Sadie quitta Paris avec quelques étoiles en tête, j’en suis sûr. Moi aussi.

    Thomas Mauss
    Participant

    Merci pour ce long et détaillé partage!

    Thomas Mauss
    Participant

    [quote= »mgtusi post=1240263 userid=2205″]Pour moi il est clair que le Maltesergarten Pinot Noir GC de Martin Wassmer est au niveau d’un Gevrey premier cru voir plus ; je les avais payé tout de même 42 € il y a déjà quelques années.[/quote]
    Les tarifs ici n’ont quasiment pas bougé 

    Thomas Mauss
    Participant

    Le haut de la pyramide allemande des Pinot Noir a beaucoup augmenté niveau tarif. Ce n’est pas anormal vu la hype mondiale sur le pinot noir, et ces dernières années, les Spätburgunders font beaucoup parler d’eux, notamment aux US.

    En visant dans les 30€, tu ne seras pas déçu de ce que tu trouves chez Huber, Martin ou Fritz Wassmer, Fritz Keller, Klaus Peter Keller (cuvée S), Adenauer, Chat Sauvage, Jean Stodden…mais, aujourd’hui, certains Bourgognes rouge ou Marsannay par ex. de producteurs choisis font quand même tout aussi bien le taf. Je pense à Charles Audoin par exemple, dont le simple Bourgogne rouge 2022 est une petite merveille (qui grenache un peu ceci-dit).

    J’ai beaucoup défendu les rapports qualité prix des pinots allemands, pendant des années, l’avantage comparatif me semble moins évident aujourd’hui. Cela reste ceci dit probablement la meilleure alternative à la Bourgogne dans le monde, pour les amateurs de pinot de climat frais (what else?).

    Thomas Mauss
    Participant

    [quote= »hyllos post=1240225 userid=2869″]
    [quote= »jean-luc javaux post= »]
    [quote= »Adrien39 post= »]
    [quote= »hyllos post= »]
    Alors le style de Coche, au contraire, ça se trouve ailleurs. J’en avais goûté un en 2019 sur Prowein, impossible à l’aveugle je pense que faire la différence.

     [/quote]
    Alors moi je veux bien savoir ce qui goutte comme du Coche, mais n’en est pas ! [/quote]

    Et, tant qu’à faire, qui coûte 10 ou 20 fois moins cher si on n’est pas allocataire… 

    jlj[/quote]
    C’était des quilles qui sortaient à 45€ il me semble.

    Alors pour le coup c’est facile à trouver, tu vises un terroir septentrional sur Chardonnay. En Allemagne je pense que tu peux en trouver plusieurs dans cet esprit. Va à Prowein et fais le tour des petits domaines. Mais c’est plus dur maintenant car la mode a changé et je pense que je suis loin d’être le seul à ne plus accepter ce type de caricature.

    En outre comme je le disais, ça passe car c’est Coche mais un autre aura du mal à défendre ce choix de vinif.

    Vous savez quoi 🙂 je pense que ça va être l’objet de mes recherches cette année ? [/quote]

    Mathieu parle ici du Weingut Aldinger et de son Chardonnay Gips, que le vigneron n’avait pas hésité à présenter comme un « German Coche Dury »

    Thomas Mauss
    Participant

    Je ne sais pas si ça existe, mais citer un fromage Luxembourgeois aurait été une immense prouesse!

    Thomas Mauss
    Participant

    Cela permet quand même d’ouvrir le débat sur les box et abonnements. Dans l’absolu, je trouve que c’est un excellent concept, notamment pour les néophytes qui n’ont pas de personnes pour les guider dans leur cercle d’amis.
    Quand il y a en plus du contenu pédagogique sérieux derrière, on s’offre une petite masterclass à domicile tous les mois.

    Je ne me suis jamais abonné à une box, je dépense bien trop tout seul 

    Mais il me semble que le (grand) succès est un problème inhérent à ces modèles: quand tu dois envoyer 20 000 colis tous les mois, comment peut-on imaginer trouver une « vraie » pépite?
    Pour avoir voulu essayer de vendre du vin au Petit Ballon, le process chez eux élimine, je pense, une grande majorité des vignerons artisans à succès. Entre le moment où on remplit le formulaire pour proposer son vin et le moment où le Petit Ballon informe le fournisseur de sa décision, il se passait à l’époque 9 mois…

    Pas facile pour tout le monde de mettre de côté pendant 9 mois 20k cols, en attendant la décision du Petit Ballon qui peut-être dira oui, mais peut-être non. 
    Dans ce modèle, plus on a de succès, moins on peut « chiner » tranquillement la pépite qualitative.

    Si certains ont eu des abonnements et en ont été contents, ce serait intéressant de savoir où et pourquoi. 

    Thomas Mauss
    Participant

    Un superbe domaine! Pas facile à trouver, ne passez pas à côté lorsque l’occasion se présente.

    J’ai dû ouvrir une petite dizaine de bouteilles et les vins se présentent toujours bien et n’ont pas forcément besoin de carafe pour chanter.

    Thomas Mauss
    Participant

    [quote= »bibi64 post=1230741 userid=7688″]Merci Thomas pour cette revue très claire et (me semble-t-il) honnête.
    Bibi[/quote]
    Merci de le préciser, si toutefois il y avait un doute? 
    Pas d’autres volontés que de partager ici, je n’ai aucun lien pro avec tous ces vignerons.

    Ces vins méritent d’être goutés 

    Thomas Mauss
    Participant

    J’ai pu participer il y a 10 jours au Cape Cru Festival à Amsterdam, ou une bonne quarantaine des meilleurs vignerons Sud-Africains viennent tous les 2 ans présenter leurs vins. 

    Ce fut un grand moment pour le dégustateur curieux, il est toujours très instructif de pouvoir goûter nombre de domaines dans un même lieu, afin d’identifier les différentes « écoles » en présence et leurs membres, et de comparer les qualités.
    Salon ouvert aux particuliers, donc pas mal de monde, sans que cela soit la cohue.

    La prise de notes fut plutôt minimaliste, présent du début (11h) jusqu’à la fin (17h), je n’ai pas pu goûter tout ce que j’avais prévu…
    Certaines Masterclasses étaient prévues, pour un tarif très amical (10€). J’ai loupé les communications sur les verticales de Palladius et Treinspoor par Eben Sadie…déçu, mais j’ai pu m’assurer une place pour la verticale de Cartology par Chris Alheit.

    D’un point de vue global, ces vignerons Sudaf ont un côté californien très chaleureux et accessible, ils ne sont pas avares d’explications et j’ai plutôt dû les presser pour pouvoir enchainer, que batailler pour tirer quelques infos. C’est très agréable. 

    Quelques commentaires sur les domaines : 

    Sadie Family Wines
    Eben Sadie ne présente que 2 vins…fichtre, ce n’est pas aujourd’hui que je gouterai le Voetpad ou le Mev Kirsten. Il avait emmené l’ensemble de ses vins il y a deux ans, et ce fut un peu trop le chaos à son goût…Du coup Palladius et Columella 2021, les deux superbement nés mais il est urgent d’attendre : le Columella doit se mettre en place et s’harmoniser, et 10 ans semblent être un minimum. Le Palladius est plutôt approchable et appréciable par sa texture, mais au niveau aromatique, on sent qu’il n’en est qu’à 15% de son potentiel. Ces 2 vins s’affichent néanmoins comme de très grands canons. 

    Chris Alheit
    Chris Alheit est venu avec l’ensemble de sa gamme 2022. Des vins blancs de superbe qualité, une vraie signature dans cette couleur. 2022 semble assez riche ici, avec des acidités modérées et une richesse de matière. Cela change notamment pas mal le profil du Here After et du Hemelrand : plus en largeur, en richesse, et moins acide/droit que les millésimes précédents. Mention spéciale au Huilkraans 2022, un chenin blanc d’une densité et longueur impressionnantes. Le sémillon Monument impressionne aussi, un équilibre entre acide et gras magnifique et une aromatique sur l’abricot, l’amande et les fleurs blanches des plus sympathiques. On fait de très grands sémillons en Afrique du Sud… 

    Storm
    Producteur de Pinot Noir et Chardonnay du côté d’Hermanus. Lors de mon voyage et depuis mon retour, j’ai pu gouté quelques domaines de ce coin, et Storm m’est apparu comme le plus convaincant, et de manière plutôt à l’aise. Aucun besoin d’aller chercher les vins, ils chantent à haute voix, aussi expressifs que charmeurs. Si le Chardonnay Ridge 2023 inquiète un peu au nez avec des notes oxydatives, la bouche est superbe, multi couches, vivante, titillante. Pas de bémols sur les 3 pinot noir 2022 issus des 3 appellations différentes du coin. Les 3 sont superbes, charmeurs à souhait, complexes, profonds et indéniablement racés, même si je lutte toujours à lui trouver une spécificité Sud Africaine : facile d’aller en Côtes de Nuits à l’aveugle. Bien au-dessus de la grande majorité des vins de niveau village de Marsannay à Nuits. 

    Lismore
    Première rencontre avec ce domaine défendu avec enthousiasme par Neal Martin sur Vinous. Samantha O’Keefe est une californienne, qui s’est installée dans un coin reculé où personne n’avait planté de la vigne. Les anciens ricanaient…aujourd’hui, ils ont crée une appellation pour elle, tellement ses vins sont distingués. 100% de blanc autour du Chenin, Chardonnay, mais également Roussanne, Sauvignon et Viognier. Comme Alheit, dès la première gorgée on sent qu’on joue en Ligue des Champions. Intensité et précision des saveurs et arômes, cohérence de la structure de l’attaque à la finale, longueur du jus…c’est du haut niveau ! Le sauvignon fermenté en barrique ne m’a pas trop plu, mais tout le reste est vraiment digne d’intérêt, notamment la cuvée Age of Grace à base de viognier, la Cuvée Blanc avec 90% de Roussanne, superbe expression de ce cépage et le Chardonnay Réserve à la profondeur d’un Grand Cru bourguignon. 

    Mullineux
    Gamme de 2021 principalement : les entrées de gammes sont de beaux vins, facile à lire et comprendre, mais qui n’ont pas la moelle de certains voisins. Dans les cuvées haut de gamme, la Syrah Schistes est présentée et convainc grandement par son côté profond, nuancé et précieux. « Mon » vin de la journée sera tout de même leur vin de paille 2021 à base de chenin, qui est tout simplement grandiose…waouh effect. 

    Duncan Savage
    Installé à Cape Town, Duncan vinifie des raisins provenant de différentes parties du Cape Occidental. Il vinifie syrah, cinsault, grenache, touriga nacional et chenin blanc. Les vins proposés ici sont d’une finesse magistrale. Imaginez que vous vous baladez dans le Rhône Sud et que tous les vins sont frais, avec un fruité et un floral exacerbés et des taux d’alcool à 13.5%. Le grenache Thief in the night (complété par un peu de cinsault et syrah) étaient incroyable en 2021. Il est un ton en-dessous en 2022, mais il reste un canon de choix pour l’amateur offrant un plaisir comparable à un joli Domaine des Tours, la volatile en moins et l’alcool en plus modéré. L’assemblage Syrah/Touriga est splendide et semble avoir 20 ans devant lui pour se bonifier. 

    Thorne & Daughters
    Un domaine qui produit essentiellement des vins blancs avec une très belle réputation. On commence ceci-dit par « un petit pinot de soif ». Et bien ma foi, si ce pinot noir n’est pas d’une grande profondeur ou complexité, il est très noble dans son aromatique et assez irrésistible. L’ensemble des blancs sont d’un très beau niveau, comme chez Lismore, mais peut-être avec un brin de sophistication en moins. Complexité, équilibre et profondeur sont à chaque fois au rendez-vous, que ce soit sur les chenins, semillon blancs ou gris ou bien les assemblages. La cuvée Rocking Horse est sans doute la plus convaincante, mais Paper Kite ou Cats Cadle ne sont pas loin. 

    Damascene
    Jean Smit produit principalement Syrah et Chenin blanc, mais également un peu de Sémillon, Cabernet Franc et Cabernet Sauvignon. Ce domaine offre une expérience « bourguignonne » puisqu’il y a deux Chenin sur des terroirs très différents (Stellenbosch et Swartland) et quatre Syrah (Stellenbosch, Swartland, Cederberg et Ceres plateau).Les chenins sont les plus ligériens dans le style que j’ai croisé provenant de ce pays. Je ne trouve pas qu’ils ont ce côté miel/tabac/légèrement tourbé que l’on croise la plupart du temps sur ces chenins australs. Le boisé est bien présent, un peu à la Guiberteau, mais le jus a de quoi lui répondre. Les syrahs sont superbes, niveau Côte Rôtie ou très beau Saint Joseph, avec des différences très intéressantes selon la location. Toutes de très beau niveau et fines, ma préférence va pour celle issue du Cederberg, très droite, avec une fraicheur majuscule, du fond, de la noblesse et une finale sanguine du plus bel effet. Superbe Sémillon également ! Les Cabernets sont intéressants et de belle facture, mais ce ne sont pas les vins à retenir en priorité chez ce vigneron à mon sens. 

    Ali Badenhorst
    Un vigneron aussi charismatique qu’approchable (et l’on retiendra qu’insulter peut rapprocher : dès qu’il m’a traité de « Bordeaux f*^/$er », on a commencé à rigoler), faisant partie des pionniers du Swartland.Je n’ai pas été charmé par les blancs, à mon goût ils manquent de vie, d’acidité comme colonne vertébrale. Par contre, un très bel aéropage de vins rouges, frais, acidulés, fins et vinifiés avec beaucoup de justesse. Cinsault, Grenache et la plus vieille parcelle de Tinta Barocca du pays, tout cela était délicieux. 

    David & Nadia
    J’ai pu gouter les 4 Chenins Blancs de lieux dits. Les 4 sont d’un très beau niveau, avec une préférence assez nette pour le Rondevlei. Mais je dois aussi dire ici que depuis ma première rencontre avec un Hoe Steen 2017 absolument grandiose, j’enchaine ici des expériences d’un niveau plutôt moyen, et les prix sont parmi les plus salés du pays…

    Parmi les autres producteurs rencontrés, beaucoup de jeunes vignerons motivés : on notera le très beau talent en rouge de Lourens Family, dans un style proche de Savage, avec une cuvée grenache/cinsault/syrah d’une friandise rare et un 100% grenache idéal. Le jeune Paul Angus s’affirme aussi avec des vins de soif soignés et identitaires, notamment un très surprenant pinotage en allonge. Jolis blancs d’altitude chez Patatsfontein, en fraicheur et sveltesse. Impressionnante lignée de vins haut de gamme chez Van Loggerenberg avec son Breton (cab franc) et Geronimo (cinsault). Enfin, la cuvée Isliedh de Cape Point, 70% sauvignon et 30% semillon, est très convaincante : du volume, un bel équilibre gastronomique, peu de variétal, de la longueur : un vin blanc somme toute très complet. 

    Il y avait également un vigneron français, Philippe Colin de Chassagne Montrachet, qui possède un domaine du côté de Franshhoeck depuis maintenant plusieurs années, Topiary. Il y cultive du Chardonnay, mais également de la Syrah et du Cabernet Sauvignon ! C’est pas tous les jours qu’un bourguignon de père et de mère va à l’autre bout du monde cultiver du Cabernet Sauvignon ! Toujours intéressant de pouvoir échanger sur les différences de culture (humaine ou viticole) entre la Bourgogne et Franshhoeck. Il me confiait ne pas avoir encore trouvé de terroirs lumineux pour le pinot noir dans ce pays. Sa cuvée Innocence, assemblage Syrah/Cabernet Sauvignon, ne manquait pas d’intérêt, mais le style des vins se rapproche pas mal de celui des grands domaines de Stellenbosch et Franshhoeck, à savoir des extractions plus poussés et des vins plus construits qu’infusés, au contraire de ce qu’il se passe dans le Swartland. 

    Verticale de Cartology de Chris Alheit
    Cartology est une cuvée d’environ 94% de chenin et 6% de sémillon. Elle provient de 8 vignobles différents dans toute la province du Cap, avec pour ambition de donner une image « globale » du millésime dans la province. Des vignes uniquement en gobelet, non irrigués, de minimum 35 ans d’âge. 

    Alheit Vineyards, Cartology 2021 CR: : Beau nez riche et complexe, abricot, tabac blond, une note musquée, des fruits jaunes bien mûrs. On devine l’acidité au nez. Bouche à l’attaque plutôt pointue, belle minéralité qui se développe en milieu de bouche, c’est fin, dans l’allonge et ça crépite/titille/électrise les papilles. 92

    Alheit Vineyards, Cartology 2020 CR: : Nez serré, renfrogné, pourtant on devine derrière un profil plus large et solaire que le 2021. La bouche confirme, plus large, plus assise, moins crépitante pour le coup. De la gourmandise en finale entre les notes miellées et légèrement tourbées. 91

    Alheit Vineyards, Cartology 2019 CR: : Beaucoup de fruits jaunes mûrs au nez, un peu de tabac. Notes pâtissières, peau d’orange. Une espèce de synthèse de 2020 et 2021, dans l’allonge tout en étant riche. 91+

    Alheit Vineyards, Cartology 2018 CR: : Notes de beurre (pas fan) et un ensemble plus fondu. Peau d’orange, peau de clémentine, un peu de citron confit, ensemble un peu mou si on chipote, cela manque un peu de nerf en finale. 90

    Alheit Vineyards, Cartology 2017 CR: : Fondu, entre notes mellifères et citron très mûr, un peu de tabac. Moins en richesse que 18 et 19. Un peu de cire d’abeilles…ensemble très frais, avec un côté miel/citron en rétro très classe. 92+

    Alheit Vineyards, Cartology 2016 CR: : De légères notes oxydatives, beaucoup de citron, lemon curd, c’est fondu, harmonieux et de grand charme. L’acidité, plutôt sous-jacente, porte le vin tout le long de la dégustation. Les arômes deviennent un peu moins précis et forment un tout plus qu’une somme des parties. Mon préféré. 93

    Globalement, c’est donc une très belle cuvée qui affiche de la régularité. J’ai trouvé l’effet millésime très nuancé et plutôt limité, jouant un peu sur la texture et l’équilibre, mais pas vraiment sur l’aromatique.

    Thomas Mauss
    Participant

    [quote= »starbuck post=1230355 userid=16787″]Pour relancer le débat second vin VS 1er vin moins huppé, la sortie d’aujourd’hui montre un bel exemple.
    Réserve de Pichon Comtesse à 46,80€ et Branaire Ducru à 45,35€
    J’aurais tendance à préférer Branaire Ducru [/quote]

    Je ne peux citer aucun vin pour respecter la charte, mais il y avait hier une sortie d’un second plutôt rarissime, il est toujours dispo, alors qu’en général il est sold out en 20 minutes et…celui là, pour autour de 45/50€ fera danser bien des « grands vins ».

    Thomas Mauss
    Participant

    Intéressant. Ce n’est pas que la Provence, mais Provence Corse, et le prix moyen des vins corses est élevé.

    Voir le beaujolais là me surprend d’avantage…s’il n’y a pas beaucoup de bouteilles au-dessus de 50€, il faut croire qu’il y en a pas beaucoup plus en dessous de 7/8€. 
    Et entre 1 et 7€, il y a quantités de Bordeaux et sans doute une bonne quantité de Côtes du Rhône.

    Thomas Mauss
    Participant

    [quote= »mgtusi post=1229271 userid=2205″]Bullshit quand tu nous tiens…[/quote]
    Le figaro depuis quelques années…ils donnent l’impression de se lire beaucoup eux mêmes et d’aimer cela.

    Thomas Mauss
    Participant

    [quote= »herve2 post=1228174 userid=1195″]

     

    Le plus simple (et juste) ne serait-il pas de comparer un GCC et un second, à tarif égal ? Par exemple : un GCC à 30 € ou 60 € et un second au même tarif ? Pas certain que bcp de seconds ne résistent à la comparaison. 

    Cordialement,

    Hervé[/quote]

    Je parle bien de ce genre de comparaison Hervé, à prix similaire. Et il y a bien une vingtaine de seconds vins qui pourrait faire mal.

    Thomas Mauss
    Participant

    [quote= »starbuck post=1228169 userid=16787″]

     

    J’ai goûté beaucoup moins de Bordeaux que toi mais jusqu’à présent j’ai l’impression qu’à prix égal, mieux vaut le 1er vin d’un château que le second ou le troisième d’un plus prestigieux.[/quote]

    J’ai longtemps été d’accord avec ce principe, mais je crois qu’il est de moins en moins valable. Sur 2023 par exemple, qui a demandé beaucoup de moyens financiers et humains, les Châteaux les plus aisés ont à mon avis un peu plus creusé l’écart avec le reste, et il m’est arrivé pendant ces primeurs de goûter des seconds vins de très beau niveau, et je ne parle pas des seconds des premiers GCC.

    Tous les critiques, les généreux ou les plus difficiles, mettent de très belles notes à certains seconds, meilleures que pour certains GCC. Je crois qu’ils n’ont pas tort.

    Pour être sur de ce que tu dis Sylvain, il faudrait tout de même faire une petite horizontale à l’aveugle.
    Ce n’est pas non plus une vérité absolue, je te le concède: pour aller dans mon sens, il convient de prendre des GCC parmi les moins performants et de choisir de très beaux seconds.

    Thomas Mauss
    Participant

    Le propos du message ici, et tu l’as bien compris Michel, c’est que c’est toujours la même rengaine:

    On fait 40 vins sur 25 ha en Bourgogne et c’est génial
    On fait 3 vins sur 35 ha en Côtes du Rhône et il n’y a pas de problème
    On fait 2 vins sur 80 ha à Bordeaux et tu parles de poubelles.

    Ce n’est pas fair play, au bas mot.

    Par ailleurs, Pichon Comtesse a produit du second vin des les années 18xx.

    Parlons terroir: Montrose a décidé cette année de ne réserver que ses raisins issus des terrasses 4 pour le Grand vin. On parle de moins de 15ha sur les 95ha de vignes que compte le château.
    Les 12 ha (de mémoire, à vérifier) de terrasses 3 vont produire cette année un nouveau vin, qui n’a pour le moment pas de nom.
    Le meilleur du reste va dans la Dame de Montrose (à mon avis, pour le même prix, il est un peu plus facile de trouver moins bon que meilleur), et le reste du reste est vendu en vrac.

    Rappelons que la plupart des GCC vendent du vrac.

    Thomas Mauss
    Participant

    [quote= »francois999 post=1228132 userid=1965″]Je lis les posts d’agitateur et de mauss.th
    2023 du niveau d’un 2011 ou 2004,
    J’aime bien les 2004 et encore plus le fait que personne n’en veut
    2011 j’ai fait l’impasse sauf sur les sauternes
    Mais cela reste pas tres vendeur et 2004 et 2011 sont très décriés 
    Apres je rejoins agitateur sur le fait que pour 90€ tu n’as plus grand chose de connu en cote de nuit
    Alors que tu as un pontet canet 2023[/quote]
    Au niveau d’un 2004 ou 2011, mais en 2023. Il s’en est passé des choses depuis 12 ou 19 ans à Bordeaux…des évolutions au vignoble, des évolutions dans les chais, des évolutions dans les mentalités. C’est évidement plus abouti en 2023, sans être un casseur de records au niveau analytique.

    Thomas Mauss
    Participant

    C’est dommage cette non appétence pour les merlots, car si la rive droite a mis plus de temps que la rive gauche pour faire sa mue et quitter l’ère Parker, les vins qui y sont produits aujourd’hui sont, pour les meilleurs cas, d’une qualité époustouflante, avec une finesse qui n’existait que trop peu de 2000 à 2010.

    Avec l’arrivée de de W. Kelley chez Parker, je ne suis pas sur que persiste une « appétence pour des vins opulents et mois frais ».

    Le parallèle avec 2011 évoque bien ce côté millésime intermédiaire de belle qualité; la limite pour moi de cette comparaison, c’est que les 2011 ont fait la gueule pendant 10 ans, tout était là mais personne ne chantait. Ils commencent tout juste à s’ouvrir et se révèlent délicieux: je pense que 2023 sera accessible plus jeune.

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