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- 31 janvier 2025 à 17h29
- in reply to: Le millésime 2023 en Bourgogne
Sinon j’ajoute pour les détracteurs du millésime 23 que j’ai gouté Chicotot (soutirés) et Amiot-Servelle (sur fûts), et que c’est le millésime le plus immédiat / évident / séducteur qui m’ait été donné de goûter sur les 5 derniers millésimes Bourguignons.
C’est bien le problème, car « immédiat / évident / séducteur » est bien tout le contraire de ce qui a fait la réputation du Bourgogne.
Les temps ont changé, les amateurs aussi, c’est dans l’ordre des choses- 24 janvier 2025 à 0h08
- in reply to: Aloxe-Corton
Il reste fort heureusement la charcuterie Moron à Pommard qui fait le meilleur jambon persillé de la Voie Lactée.
J’y foncerai comme un seul homme à la première occasion, le persillé ayant toujours été pour moi un phare dans la nuit glacée de l’obscurantisme alimentaire et la gastronomie punitive
- 23 janvier 2025 à 0h40
- in reply to: Aloxe-Corton
Souvenir ému d’un aloxe village bu au goulot lors d’un pique-nique à la Vierge (*) de Pernand.
Putain, c’est hallucinant, j’ai exactement le même, à quelques virgules près, avec un pote ricain qui est aujourd’hui mon frère (il fait du pif en Oregon, pinot et chardonnay, Lonesome Rock, quantités limitées, pas dispo en France, il a fait ses classes en Bourgogne et bouffé ses premières cailles à ma table, ça crée des liens)
A l’époque, on s’envoyait du sauciflard et de la terrine de lapin de la boucherie de Beaune (sur la place) sui a aujourd’hui disparu, preuve que le monde se barre en couille
On s’est ratés de peu, Michou
J’y retourne aussi régulièrement que possible (au pied de la Vierge), siffler des quilles de vieux Bourgogne dans des gobelets en pastoc- 23 janvier 2025 à 0h30
- in reply to: Domaine Orenga de Gaffory, Patrimonio
Si j’ai un conseil à vous donner, c’est goûtez-moi donc un CR: Domaine Orenga de Gaffory, L’Altezana, Patrimonio, 2019, avec un petit onglet de veau et quelques patates sautées (confites) à l’ail.
Je vous suggère d’ailleurs d’enchaîner sur un fromage corse bien suintant aux herbes du maquis, au lait cru bien sûr, qu’il soit entendu que je ne parlerai jamais d’autre chose ici ou ailleurs.
Le truc, dans le genre simple et rustique, aimable et franc, sans prétentions particulières, hormis un prix un peu élevé à mon goût (le vin l’est aussi, plutôt bien), fait parfaitement le job.
A ouvrir quand même une bonne heure avant
- 22 janvier 2025 à 23h44
- in reply to: Aloxe-Corton
Je tiens l’Aloxe Corton pour un des meilleurs crus de Bourgogne
C’est effectivement un vin qui (en principe) déçoit rarement
Souvenir (très très) ému d’un 72 de chez Chevalier, à la fin des années 90- 16 janvier 2025 à 19h15
- in reply to: A eternita cigare corse
Je passe régulièrement chez ma « Civette » lyonnaise préférée ou j’achète un assortiment de cigares non cubains de toutes origines . Pour voir comme on dit au poker car il s’agit bien de poker rarement gagnant .
C’est bien, Raymond, il faut rester curieux.
Reste l’aromatique dont j’aurais aimé dire du bien mais malheureusement affligeant de banalité du début à la fin .
Merci, ça m’évitera de le goûter.
Ils vendent ça combien, soit dit en passant ?Et oui, ras le bol de ces opérations marketing
- 9 décembre 2024 à 18h13
- in reply to: Château Margaux
Ouvrir trois heures à l’avance
- 29 novembre 2024 à 17h39
- in reply to: BALTIERI ANDREA VERONA
J’ai noté, au fil des bouteilles, quelques unes présentant de légères traces oxydatives, rendant le vin de moindre intérêt même si toujours parfaitement buvable.
D’où la réflexion suivante, que je vous livre à chaud :
Un grand vin doit avoir un grand nez, une grande bouche et un gros cul (persistance aromatique).
Un grand nez doit être envoûtant, c’est à dire doté d’une profondeur, richesse et suavité telles que vous pouvez passer des heures à le renifler, et plonger toujours plus avant dans ses abysses sans jamais en voir le fond.
Une grande bouche doit prolonger le nez et le magnifier, ouvrir des perspectives olfactives d’une extrême complexité incitant au ravissement et à l’introspection.
Quant au gros cul, je vous laisse en faire ce que bon vous semble.
Le grand vin, en définitive, et je crois que c’est ce qui fait l’essentiel de son mystère, est en toujours comme qui dirait en équilibre instable, sur la corde raide, d’autant plus sublime qu’il donne à tout instant, sans jamais le faire, l’impression de pouvoir basculer dans le néant.- 22 novembre 2024 à 17h47
- in reply to: BALTIERI ANDREA VERONA
Il arrive qu’un vin que vous ne connaissez pas (le producteur, pas l’appellation), dont n’attendez à priori pas des mille et des cents, se révèle exceptionnel, au point que vous en achetiez des caisses et le déclariez officiellement vin (rouge) de table de l’année.
Le Valpolicella superiore, c’est minimum 12 mois de fût et 12 degrés d’alcool. C’est le secteur où l’on produit aussi, à partir de cépages locaux tels que Corvina, Corvinone et Rondinella (et aussi, dans une moindre mesure, Cruina, Forselina et Oseleta), le Ripasso et l’Amarone, vins rouges puissants volontiers sirupeux au degré alcoolique élevé.Après seulement huit années de bouteille, le petit chéri, fort de ses 14 degrés d’alcool, se balade dans une robe limpide et tuilée que ne renierait pas un Bordeaux de 15 ou 20 ans d’âge.
Il présente ce que j’appelle volontiers le « nez de forêt noire » (kirch, chocolat et une légère sucrosité), auquel s’ajoute ici un bouquet de fleurs séchées, ensemble qui n’est pas sans rappeler étrangement certains pinots noirs dans la force de l’âge, suivi d’une bouche parfaitement sapide et onctueuse, complexe, riche et fruitée (raisin sec, rien d’étonnant à ça fleure bon la grappe à maturité), avec une touche de bois précieux type cèdre ou boîte à cigares due à une éducation (je préfère parler d’éducation que d’élevage, ça fait moins bétail) de qualité. La touche de sucrosité est toujours, mais plaisante et pas envahissante pour un sou.C’est le CR: BALTIERI Valpolicella superiore 2016
Et c’est long, c’est bon, c’est très très bon, pour ne pas dire addictif (en clair il faut prendre sur soi pour en laisser un peu dans le fond de la bouteille).
- 22 novembre 2024 à 17h44
- in reply to: BALTIERI ANDREA VERONA
- 22 novembre 2024 à 17h30
- in reply to: BALTIERI ANDREA VERONA

- 21 novembre 2024 à 18h05
- in reply to: Vin et Cinéma
Oui, j’adore SIDEWAYS d’Alexander Payne (avec un Thomas Haden Church assez énorme dans ce qui reste sans doute le rôle de sa vie), auquel j’ajouterai TU SERAS MON FILS du peu connu Gilles Legrand
- 14 novembre 2024 à 18h16
- in reply to: Alcool & cigares : notes et considérations
Petite mise au point rapide en passant : je vantais il y a peu, à juste titre, les mérites de la marque de cigares nicaraguayens CAO.
Je me dois néanmoins de vous alerter sur le Arcana Firewalker, cigare de belle mine, attirant, voire sexy, mais malheureusement assez décevant sur le plan organoleptique, en dépit de ses feuilles affinées dans le sous-sol volcanique du Nicaragua, pays, je le rappelle, limitrophe du Honduras et du Costa Rica. C’est en définitive un cigare assez neutre, terne, d’une facture très moyenne, en tout cas très en-dessous du Mortal Coil, dont le prix (dans les 15) ne se justifie à mon sens absolument pas.
Par contre, à un tarif défiant toute concurrence (7 euros et quelques), je ne saurais que trop vous conseiller le OLIVA Série G Aged Cameroon double robusto (merveilleux format, idéal en toute circonstance), goûtu, présent, intense et franc du collier, d’une qualité tout simplement renversante (et je ne dis pas ça parce que sa cape vient du Cameroun, mais parce que si un cigare justifie pleinement son tarif alors c’est bien celui-ci).
A noter aussi le tout nouveau MACANUDO Emissary, recouvert pour la première fois d’une cape d’origine espagnole, chose qui ne manquera pas de nous renvoyer aux riches heures de la colonisation, quand nos lointains ancêtres découvraient avec émerveillement cette plante qui n’allait pas tarder à faire des ravages sur le continent (je suppose qu’elle en faisait déjà chez les indiens mais à l’époque on avait d’autres chattes à fouetter). Un bon cigare hélas une nouvelle fois bien trop cher.
Je rappelle, à toutes fins utiles, que Melanio Oliva a commencé sa carrière à Pinar del Rio (Cuba) en 1886. Après la guerre d’indépendance, la république sous tutelle américaine, le règne de Batista et l’arrivée de Castro au pouvoir, son petit-fils Gilberto part en Amérique du Sud avec ses graines sous le bras et finit par trouver la terre promise au Nicaragua. Si la série V est celle qui rencontre aujourd’hui le plus de succès, les séries G, Master Blend et plus récemment Gilberto Oliva (cape Sumatra) ne sont pas en reste.
A noter que le série G Maduro est doté d’une cape d’origine mexicaine.- 23 octobre 2024 à 17h33
- in reply to: Vos conseils autour des champignons

Chanterelles jaunes
Dans une purée bien beurrée avec un petit Saumur Les Bonnettes de Gennes 2018 du domaine du Bourg Neuf (juteux, mûre et violette, tenue parfaite), on n’est plutôt pas mal.- 30 septembre 2024 à 16h49
- in reply to: Les mots du vin : le lexique du parfait amateur
Ca ne me choque pas, mais j’ai tendance à penser que pour l’amateur, le vin est synonyme de partage. Une belle bouteille n’a de sens que si d’autres peuvent vivre avec vous ce moment de découverte et d’émotion.
Le partage est une chose, le vin en est une autre.
C’est le partage qui est agréable en soi, et valorisant, et réconfortant et tout ce qu’on veut. A ce titre, le partage est synonyme de bien des choses, mais la réciproque n’est pas vraie.
La question est : pourquoi veut-on que d’autres vivent avec soi ce « moment de découverte et d’émotion » ? Quel intérêt cela a-t-il par rapport au produit concerné ? S’agit-il de faire plaisir à ses amis ou maximiser le sien ? N’y a-t-il pas, finalement, autant d’égoïsme dans le partage que la solitude ? Pourquoi faut-il que son propre plaisir soit engagé pour envisager de faire celui de (ou des) l’autre ?
D’ailleurs, pour ma part, quand je dis « vin » je ne pense pas nécessairement « belle bouteille de vin ». Le partage ne dépend pas de la qualité du vin, raison pour laquelle des tas de gens éclusent entre eux des quantités de piquette qui suffisent à leur bonheur (quel bonheur, me direz-vous ?)
Je pense que le véritable (le mot n’engage que moi, comme la vérité, qui n’est pas la réalité, n’engage que celui qui la professe) amateur de vin est plus exclusif au sens où il ne recherche pas particulièrement le plaisir ni la convivialité dans sa pratique (ce qui serait excessivement réducteur et ne ferait du vin qu’un support ou vecteur parmi d’autres), mais quelque chose qui se situe davantage au niveau de l’exégèse la spiritualité.
Par exemple (je précise que je ne pratique aucune religion officielle), on peut aller prier collégialement et chanter en choeur dans une église, choses qui encouragent sans doute une certaine forme d’exaltation et de puissance mystique, mais le plein exercice de la foi reste du domaine de l’intime, la solitude et le recueillement.
Mais ce ne sont là que quelques bouteilles (de vin, et du meilleur, j’espère) jetées à la mer parfois houleuse de la passion qui nous occupe.Raison pour laquelle je suis aussi d’accord avec toi, Eric, pour admettre que déguster (plutôt que boire, dirais-je, même si je me reconnais volontiers une certaine tendance à abuser… raisonnablement, il va sans dire) avec des amis (passionnés de préférence) est une chose qui ne manque pas de charme ni d’intérêt.
- 29 septembre 2024 à 17h02
- in reply to: Les mots du vin : le lexique du parfait amateur
La question serait plutôt : qu’est-ce qu’un « vrai » – véritable amateur de vin ?
Pour moi c’est clairement un puriste qui certes peut, à l’occasion, utiliser ses connaissances pour briller en société (c’est de bonne guerre et personne n’est parfait, à part moi, peut-être, et encore pas tous les jours), mais est habité par une quête personnelle qui fait de sa relation avec le vin d’abord une question d’intimité proche de la transe mystique l’introspection religieuse (merde, je voulais développer un peu, mais ma fille vient de débarquer et elle meurt de fin, la pauvrette).
Bref, je pense, et je vais en choquer pas mal ce qui est le cadet de mes soucis, que ce dernier n’est jamais plus heureux que lorsqu’il se retrouve en tête-à-tête avec une bouteille, seul, sans personne pour déblatérer des conneries sur un sujet bien trop sensible pour être exposé sur la place publique.
Bien sûr, il aime aussi boire avec ses amis, mais il à noter dans ce cas de figure que ceux-ci, heureux élus acquis à la cause, sont tous triés sur le volet dans le but de tempérer, nuancer, sans doute, mais surtout s’opposer sans réelle conviction à défaut d’adhérer sans retenue à ses certitudes. Dans le cas contraire, celui d’un environnement peu concerné sinon hostile, il se contente d’affirmer sa supériorité avec la force tranquille de celui qui sait, conscient que le petit peuple n’aura jamais ni la volonté ni la capacité de se hisser à son degré d’experstise.- 17 septembre 2024 à 16h52
- in reply to: Rencontre avec l’umami, la 5ème saveur
Osmazôme en l’occurrence, la zone étant située ailleurs.
Si l’on en croit Wikipedia, c’est le [i]nom donné par le chimiste Louis Jacques Thénard à des extraits de viande dans l’alcool, composés de créatine, créatinine, acide lactique, inosine, etc.
Ce mélange mal défini fut popularisé par le gastronome Brillat-Savarin qui en fit — de façon toute littéraire et pas scientifique — le principe sapide des viandes. L’idée fut diffusée notamment par Justus von Liebig ou encore Alexandre Dumas.
En réalité, le goût des viandes résulte de la présence de nombreux composés, sapides, odorants, à action trigéminale, et ne découle certainement pas d’un principe unique caractéristique des bouillons de viande, idée fausse dont l’avatar actuel est la saveur umami. [/i]- 5 septembre 2024 à 18h53
- in reply to: Tenuta Tre Gemme
Tenuta Tre Gemme – Pecorino d’Abbruzzo 2022
Chers amis
Vous connaissez ma passion pour vin blanc, j’en ai fait état à plusieurs reprises, français (pas forcément dans les appellations stars, les déceptions étant par trop fréquentes et onéreuses), bien sûr, mais aussi voire surtout portugais et italiens. Ils ont cette rondeur, cette profondeur et cette minéralité propre qui n’appartiennent qu’à eux. Ils ont aussi, avec le temps, cette merveilleuse capacité (fruit, n’en doutons pas, de réactions chimiques d’une triste banalité, mais le goût à ses raisons que la raison ignore), à évoluer vers ces saveurs d’encaustique auxquelles je voue une sorte de passion maniaque à la limite de l’horizon psychiatrique. Ça me fascine, ça me bouleverse, ça me tourneboule le ciboulot. Quel grand enfant je fais !Bref, me voici de retour pour vous entretenir non pas financièrement, je n’en ai pas les moyens, mais plus simplement de la crise goutte (il faut que j’arrête les rognons au petit déjeuner, les tartines d’anchois au goûter et les bulots-mayo à trois heures du mat, sans parler du gigot de sept heures… du mat, aussi) qui me tourmente aujourd’hui douloureusement le gros orteil. J’ai pensé que vos âmes compatissantes trouveraient les mots justes pour apaiser mes souffrances. Non, rassurez-vous, je plaisante (pas sur vos aptitudes à l’empathie mais les raisons de ma présence ici).
Je suis venu vous dire que je m’en vais… me resservir de toute urgence un verre de ce fabuleux Pecorino en provenance des Abruzzes, issu de vignes de 10 ans d’âge (je sais, c’est pas très vieux), d’un sol caillouteux (calcaire) situé à 450 mètres au-dessus du niveau de la mer (Civitaquana) et d’une vinification en cuve inox pour un maximum d’extraction et de pureté, le tout en zone DOC Montepulciano d’Abruzzo, fort bel endroit s’il en est.
Qu’est-ce qui se passe alors, pour le 2022 ? Eh bien c’est assez simple et délicieux : nez fumé, façon Pouilly (c’est pas le bois), un peu rocailleux (c’est une image), fleurs blanches et plantes aromatiques, ça sent le soleil, touche de pêche et de melon.
Quand on le travaille en bouche, longuement, amoureusement, on en sort des saveurs salines et juteuses assez caractéristiques de ces petits cépages sans prétention qui poussent à l’ombre des collines. Plutôt au soleil, du reste, mais « ombre des collines » ça fait plus romanesque. C’est d’ailleurs un petit vin que je vous conseille de déguster en galante compagnie, sur un petite plage de l’Adriatique au coucher du soleil, avec quelques tranches de jambon cru. Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas d’un vin de 50 kilomètres de long, les paons peuvent aller ranger leurs queues et surtout arrêter de nous les briser en braillant comme des veaux les pieds dans la merde.Pour ce qui est pecorino lui-même, à ne pas confondre avec le fromage du même nom, il serait originaire des vignes sauvages des monts Sibyllins. Il paraît que les moutons du secteur en étaient friands, d’où son nom. Les Romains l’appréciaient beaucoup également, sous une forme plus fermentée, et ont fait en sorte de développer sa production. Très résistant, il mûrit vite et produit peu. On le rencontre principalement dans les Marches, les Abruzzes, la Toscane, le Latium et l’Ombrie. Très célèbre en Italie, il est connu sous pas loin d’une cinquantaine de noms différents, dont celui de Verdicchio Bastardo bianco.
PS : Merci pour l’en-tête, je tâcherai d’y penser la prochaine fois
Edit : le vin est plus onctueux après une nuit au réfrigérateur- 29 août 2024 à 16h55
- in reply to: Alcool & cigares : notes et considérations

En 2008, trois individus qui ne savent pas trop quoi faire de leurs trente doigts décident de se lancer dans le business du cigare. Ces trois singuliers personnages se nomment Fabien Gil, Christophe Leroy et Sylvain Toaldo.
Après un bref passage par le Costa Rica, qui produit des tabacs de qualité, ils prennent rapidement le chemin du Nicaragua, nouvel Eldorado de cette merveilleuse plante néotropicale, dicotylédone annuelle de la noble famille des solanacées, qui répond au doux nom latin de Nicotiana tabacum.Pour info, je rappelle au passage que la zone néotropicale est l’une des huit écozones de la nomenclature établie par ce cher vieil Alfred Russel Wallace, géographe, naturaliste, explorateur et anthropologue britannique aujourd’hui tombé dans l’oubli. L’homme nourrissait d’autre part un réel intérêt pour le mesmérisme et le spiritisme, autant de disciplines assez peu en odeur de sainteté dans la communauté scientifique. Si cette curiosité constitue la preuve d’une ouverture d’esprit hors du commun, elle n’était sans doute pas la meilleure voie d’accès à la reconnaissance qu’il était en droit de revendiquer.
Wallace, par exemple, est le père de l’effet qui porte son nom, l’effet Wallace, donc, qui stipule que la sélection naturelle constituerait une barrière de choix contre l’hybridation, un hybride étant par hypothèse moins bien adapté à tel ou tel environnement que l’un ou l’autre de ses parents spécifiques. Wallace a également été le premier à noter l’existence d’une fracture biogéographique, connue sous le nom de « ligne Wallace », au cœur même des îles de la Sonde, en Asie du Sud-Est. Enfin, peu de gens le savent et il y a gros à parier que tout le monde s’en moque, mais Wallace a bien failli coiffer Darwin au poteau de la sélection naturelle, rédigeant avant lui un exposé assez convaincant de la théorie transformiste (aucun rapport avec les travelos du bois de Boulogne ou les artistes de music-hall). Il a eu la naïveté d’adresser l’exposé en question à Charles Darwin, dont il admirait les travaux, lequel Darwin, voyant que la paternité du titre risquait de lui filer sous le nez, s’est empressé de publier ses résultats. A noter d’ailleurs que depuis Lamarck, Geoffroy Saint-Hilaire et Robert Grant, le concept était dans les tuyaux depuis un certain temps. Même Erasmus Darwin, le propre grand-père de Charles, toubib de son état mais aussi poète, botaniste et inventeur à ses moments perdus de divers engins technologiques dont une assez curieuse machine parlante, militait activement contre le créationnisme.
Au-delà de ses activités purement scientifiques, Wallace était aussi un humaniste de valeur, qui s’est exprimé sans langue de bois en faveur du droit de vote des femmes, de la justice sociale, affichant un certain antimilitarisme et ne cessant d’alerter sur les effets délétères de l’activité humaine sur l’environnement.
Il est incontestablement, au même titre qu’un Darwin bien sûr (il ne s’agit en rien de diminuer la portée de ses recherches ni l’étendue de son œuvre), un Thomas Huxley, un Richard Owen, un Charles Lyell, un Dalton Hooker ou un Herbert Spencer (père du « darwinisme social »), un des plus brillants esprits britanniques de son temps.
Sa vieille carcasse rongée par les vers repose toujours dans le cimetière municipal de Broadstone, modeste commune de la banlieue de Poole, dans le Dorset, où il avait une maison de campagne dans laquelle il s’est éteint en novembre 1913.Nicotiana Tabacum pourrait assez joliment constituer l’appellation de telle ou telle héroïne de film ou de roman, du genre femme fatale, par exemple, espionne de haut vol ou encore tueuse à gage pour le compte de quelque mystérieuse organisation criminelle regroupant en son sein quelques uns des plus brillants cerveaux de la planète, hélas entièrement dévolus à l’exercice du vice, du mal et de la destruction en leur sens le plus absolu.
Plus raisonnablement, son nom fait référence d’une part à Jean Nicot, ambassadeur de France à Lisbonne à qui l’on doit l’intoduction du tabac à la cour de France (il s’agissait alors de soulager François, le fils de Catherine de Médicis, qui souffrait de maux de tête abominables), et d’autre part au mot amérindien qui désignait les rouleaux de feuilles séchées que les indigènes de Cuba fumaient déjà quand Christophe Colomb a débarqué dans la baie de Bariay avec les frères Pinzon, Luis de la Torre et Rodrigo de Jerez, tous persuadés d’avoir atterri au Japon. C’était la première fois que des Européens se retrouvaient nez-à-nez avec un cigare, étrange rouleau de feuilles fumantes dont ils ne tardèrent pas à apprécier les bienfaits. Il leur restait encore, dans un registre nettement moins agréable, à faire connaissance avec les cannibales de la baie de Samana, en République dominicaine, avant de rentrer en Espagne se faire cajoler par les autorités et goûter aux joies d’une reconnaissance bien méritée.Comme vous n’êtes pas sans le savoir, tout cela se passait fin octobre 1492, peu de temps avant la chute d’une météorite de plus de cent kilos sur la commune d’Ensisheim, entre Mulhouse et Colmar (ce qui n’a aucun rapport direct, je vous le concède, mais méritait quand même d’être signalé, ne serait-ce qu’au titre de la culture générale, espèce en voie de disparition qu’il convient de protéger quand faire se peut). C’est donc quelques années plus tard, en 2008 pour être précis, que deux fils de bonnes familles, Christophe Leroy et Fabien Gil, respectivement agent des télécoms et importateur de produits laitiers, se rencontrent sur un green de San José, au Costa Rica. Les deux amateurs de cigares, en proie à une bouffée délirante de luxe et art de vivre sans doute provoquée par un excès de rhum et de volutes, décident de changer radicalement d’orientation pour se lancer dans le business du barreau de chaise haut de gamme, fait main avec doigté à partir des meilleures feuilles du secteur. Un troisième larron, Sylvain Toaldo, ancien lui aussi de Janson-de-Sailly, se charge de promouvoir et distribuer la marque depuis Genève.
Après un démarrage timide mais plutôt qualitatif, la marque emploie aujourd’hui une bonne trentaine de personnes à Esteli, mecque du cigare nicaraguayen. Depuis Genève, elle distribue les cigares Horacio (mais aussi OX, Final 8, Minotaur et Toaldo) en France, Allemagne, Benelux, pays de l’Est, Afrique et et pays du Golf (Toaldo, sans doute pour coller au plus près du marché, réside à présent à Dubaï). Pour plus d’efficacité, François Soyez, directeur de la société de distribution Cigares du Monde, a intégré la marque à son catalogue, somme toute assez peu fourni jusqu’ici (Vega de Santiago, D8).Aujourd’hui, en plus des éditions spéciales XXL, Colosso, Bolosos, Sled et Jacques Chancel, des Classic Series (bague marron), Horacio propose également les séries Maduro (bague noire), Héritage (de quoi on ne sait pas trop, bague bleue néanmoins), French Connection (bague bleue aussi, ne me demandez pas pourquoi), Pasion (formats divers et bagues de couleur blanche, bleue, jaune, orange et rouge), et enfin Bulier Gran Reserva (toujours pas de bague verte, mais bague de couleur violette assez élégante sur fond cuivré de cape équatorienne). C’est précisément de cette dernière que je voulais vous parler, en particulier du Bulier H 56, un double robusto bien construit, au tirage plus aisé que certains autres modèles de la marque, d’une saveur plutôt équilibrée offrant confort et satisfaction à tous les étages. Existe aussi en format Belicoso et Gordito, que je n’ai pas essayé. C’est assez cher, on ne va pas se mentir (18 euros, le prix d’une bonne bouteille de vin), mais je vous conseille quand même de le goûter à l’occasion.
- 26 août 2024 à 18h37
- in reply to: Alcool & cigares : notes et considérations
Chose promite chose duse : le pitch CAO.
Né le 19 janvier 1937 (de parents arméniens) et mort en 2018 (ce sont des choses qui arrivent), Cano Aret Ozgener a grandi à Istanbul.
Après des études pleines de charme et de rigueur chez nos bons frères Jésuites, il met le pied (et le reste dans la foulée) au Roberts College d’Istanbul (américain) et en ressort quelques années plus tard avec une licence en génie mécanique.
Lorsqu’il était étudiant en Turquie, Ozgener aimait, sans doute pour se donner un genre, outre une réelle appétence pour le tabac, se balader la pipe au bec, en écume de mer (silicate de magnésium) de préférence. ‘est quand même plus classe qu’une Gitane maïs collée à la lèvre inférieure.
En 1961, il arrive aux États-Unis pour étudier le génie mécanique et découvre le cigare, qu’il se fait un plaisir de griller sans retenue avec ses potes dans les cinémas de New York, à l’époque bénie où l’on pouvait encore intoxiquer son prochain dans la joie et la bonne humeur (à noter que dans les cinés de l’époque, la fumée était telle qu’il était pratiquement impossible de distinguer quoi que ce soit sur l’écran, d’où le fait que certains réalisateurs sulfureux, sinon fumeux, se sont fait une réputation sans que personne n’ait jamais vu leurs films). Il s’agissait bien sûr de cigares cubains pré-embargo (roulés avant le 3 février 1962, donc), aujourd’hui recherchés comme le saint Graal par les amateurs fortunés, spéculateurs et autres snobinards de la discipline qui aiment en foutre plein la vue à leurs invités. Certaines boîtes (Punch, Larranaga, Troya, Cifuentes, Jose Gener, Flor de Farach, Hoyo, Flor de Cuba, Henry Clay, Dunhill, etc) sont encore en vente à des prix affichant une très nette surcharge pondérale (pour des résultats plus ou moins douteux suivant le niveau de conservation).Diplômé de Columbia en 64, notre ami se pointe à Kinston (Caroline du Nord) à l’usine DuPont (rachetée en 2022 par le chinois Huafon), pionnier du plastoc, Téflon, Mylar, Dacron, Lycra, Kevlar et autres saloperies de la même veine. Il occupe un poste à la mesure de ses compétences mais n’en abandonne pas pour autant la pratique assidue de la pipe, en tout bien tout honneur. Les pipes turques en écume de mer, notamment, retiennent sa plus vive attention, principalement pour des défauts de fabrication qui l’irritent au plus haut point et qu’il s’emploie corps et âme à corriger.
Tant et si bien qu’en 77, à force de bricoler ses pipes dans le secret de son laboratoire clandestin, il plaque DuPont et claque toutes ses économies pour s’installer comme fabricant de pipes à plein temps.
En 93, après la pipe, il passe au cigare (on reste dans les produits de bouche à forte teneur en nicotine). En 95, avec les immenses Nestor Plasencia et Carlos Torano, le premier CAO (made in Honduras) voit le jour.
En 2007, après la retraite de Cano et compte tenu du peu d’intérêt de son fils pour la profession (plus intéressé par l’art, semble-t-il, passion partagée par son père), l’entreprise échoit dans le giron d’Henri Wintermans, division de la Scandinavian Tobacco Group.
Aujourd’hui, CAO produit des cigares de grande qualité, parfois exceptionnels. La série ARCANA, par exemple, mérite de citer au rang de ses plus belles réussites. Le Mortal Coil d’abord, élaborée à partir de tabac « andullo », enroulé et fermenté dans des feuilles de palmier, puis le Firewalker, tabac « chincagre » enterré dans le sous-sol volcanique du Nicaragua (tripe Masatape, liant Habano et cape Corojo hondurien), sont à même de séduire, sinon envoûter, les amateurs les plus intransigeants.