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- 12 juin 2019 à 14h29
- in reply to: Armoires à vins – Achat et conseil d’achat
Merci Oliv. (Oui ça fait un bail… je vais essayer de revenir un peu par ici 😉 )
- 12 juin 2019 à 14h22
- in reply to: Armoires à vins – Achat et conseil d’achat
Bonjour à tous (tiens ça fait longtemps que je n’avais pas écrit ici…)
Je m’apprête à acheter une cave ARTEVINO d’occasion et j’hésite entre deux offres.
Je vais aller vers la référence la plus récente afin de ne pas avoir une cave dont le compresseur est top âgé.
Les deux propriétaires ne savent pas exactement de quand date leur cave. L’un propose une ARTEVINO AM1 30 (avec poignée ronde) n° de série 21223 et l’autre une AM130NPO n° de série 267534 avec poignée verticale fine noire. Les deux sont en bois clair sur la porte.
Si vous aviez des infos sur la plage de fabrication ce serait sympa. Merci !
- 15 septembre 2015 à 0h48
- in reply to: Vins nature(ls)
C’est aujourd’hui que sort le Manifeste du vin naturel… si vous êtes, ou que vous passez chez votre libraire, je serais curieux de vos avis.
- 15 septembre 2015 à 0h48
- in reply to: Vins nature(ls)
C’est aujourd’hui que sort le Manifeste du vin naturel… si vous êtes, ou que vous passez chez votre libraire, je serais curieux de vos avis.
- 15 septembre 2015 à 0h48
- in reply to: Vins nature(ls)
C’est aujourd’hui que sort le Manifeste du vin naturel… si vous êtes, ou que vous passez chez votre libraire, je serais curieux de vos avis.
- 9 septembre 2015 à 1h26
- in reply to: Vins nature(ls)
Après avoir rencontré Antonin et avoir lu son petit bouquin, voici une interview d’un des ardents défenseurs de la cause naturiste…
Rouge par nature. La version imagée sur le blog : https://abistodenas.blogspot.fr/2015/09/rouge-par-nature.html(Interview d’Antonin Iommi-Amunategui, auteur du MANIFESTE POUR LE VIN NATUREL)C’était un beau samedi de la fin mai, la place du Capitole fourmillait de gosiers secs, les terrasses pleines offraient un peu plus que de l’ombre aux nombreux toulousains en quête de fraîcheur. Ce jour là, je passais une bonne partie de mon temps avec Antonin Iommi-Amunategui, animateur du blog No Wine Is Innocent, et auteur, entre autres, de ce petit bouquin bientôt en rayon : MANIFESTE POUR LE VIN NATUREL. Nous avons déconné, mangé et surtout un peu picolé, en se promettant de remettre à plus tard toute discussion sérieuse à propos du vin naturel. Mais à la veille de sa sortie en librairie (le 14 septembre prochain), j’ai voulu en savoir un peu plus sur ce qui pourrait bien être la première brique liquide du vin naturel de demain.
Bref, sans pouvoir profiter d’un comptoir en zinc pour affuter papilles et argumentaires, c’est par claviers interposés que l’on se retrouve enfin, moi, entrain de jouer les apprentis Elkabbach du pif, et Antonin, que je m’imagine un drapeau verre de rouge à la main, quelque part entre Nation et Bastille…
Compte-rendu d’une discussion intéressante, où l’on apprend que notre blogueur parisien pourrait bien se muer en G.O. de cette troupe grandissante, et ainsi tenter d’organiser un peu cette autre vision de la viticulture qui se conjugue au naturel.
_______________________________________________________Salut à toi révolutionnaire de la glouglousphère. Tout d’abord, on est dimanche après-midi, comment se passe ta rébellion ? Plus simplement, qu’est-ce que tu fais en ce moment même ?
Salut blogueur sudiste, le nord transmet le message depuis son canapé ! Donc là, ça glande pas mal dur.
Plus sérieusement, tu viens d’écrire un « MANIFESTE pour le vin naturel ». Quand je regarde dans mon dictionnaire, plusieurs définitions se cachent derrière ce gros mot. Quelle serait la tienne ?
Manifeste. Many fiestas. Toutes les fêtes que je dois au vin naturel. Manifeste. On lâche ses écrans, on sort battre le pavé pour, collectivement, manifester. Manifeste, plus simplement, comme une affirmation et un parti pris pro-vin naturel. Étant entendu que mon argumentaire est, je crois, étayé de sources solides, variées. Je ne suis pas en roue libre dans ma bouteille bizarre ; j’ai manifestement (!) beaucoup réfléchi à tout ça avant d’écrire ce petit machin rouge.
Voilà une réponse qui égayerait mon Larousse… Bon, si je résume un peu la vingtaine de pages (sans coloriage) de ton bouquin, tu souhaites : définir un cadre législatif au vin naturel, ouvrir une réflexion sur la dimension transversale que ce genre d’allant peut avoir sur la société, tout en condamnant l’opacité des pratiques actuelles. J’ai bon ?
Tu as tout bon, en bref. Une fois ces problématiques posées, la difficulté est surtout de parvenir à un consensus : que les vignerons naturels, en premier lieu, s’accordent sur des prises de position communes et des actions collectives, donc légitimes. Sinon, si rien ne bouge, si le statu-quo perdure, d’ici un an ou deux, ils vont se faire décuver le fondement et ce sera bien tannique. Je veux dire que le vin naturel va se faire sévèrement récupérer par l’industrie pinardière, celle-là même qu’il dénonce à longueur de bouteilles. Cette récupération est déjà en cours, largement entamée : allez jeter un œil dans le rayon vin d’un supermarché, on ne compte plus les cuvées Natur-quelque-chose, les gros macarons SANS SOUFRE, etc. J’ai même lu « vin naturel » sur une étiquette d’un de ces vins-Frankenstein, alors même qu’à ce jour cette terminologie n’est pas réglementaire. Donc oui, en bref, le vin naturel a besoin d’un cadre, audacieux et légitime.
Pour cela, tu entames ton bouquin par pas mal de théorie, un brin de philo et un zeste d’utopie. Tu invoques « Jajathoustra », Nietzsche, Hakim Bey ou encore Steven Jezo-Vannier. Et la ménagère de moins de 50 ans dans tout ça ?
Elle (ou il) est directement concernée en tant que consommateur : derrière mes sorties un peu intello, l’une des questions centrales c’est quelle société de consommation voulons-nous ? On n’échappera pas à la consommation, mais il est encore temps de prendre la tangente, une voie plus humaine, qui englobe dans un destin commun plutôt cool : l’artisan-vigneron, l’artisan-caviste et l’artisan-consommateur. Et c’est évidemment un modèle exportable en-dehors du vin. D’ailleurs, j’ai bien cru voir que les « espaces culturels » d’une enseigne de GD bien connue allaient proposer le Manifeste… On est pas loin de ce que décrit Jezo-Vannier dans son pavé sur la contre-culture, quand il parle de créer l’alternative et d’en démontrer la viabilité depuis l’intérieur du système pour, in fine, le modifier sans violence.
On se croirait dans un version pacifiste des Infiltrés… Mais revenons à notre vin naturel. Pour toi un vin naturel ce doit être un vin issu de raisins propres, vendangés à la main, et vinifiés sans aucun intrant. Cela semble simple comme cadre, l’Association des Vins Naturels semble même s’atteler à pousser le bouchon un peu plus loin que sa charte, en titillant les pouvoirs publics. Tu as des news ?
Pas de news à ce jour. S’ils sèchent sur l’argumentaire qu’ils vont dégainer face aux pouvoirs publics, il y a peut-être deux-trois bullets à choper dans le Manifeste… Je pense notamment au fait de retenir le terme « naturel », très polémique mais essentiel. Ce terme est valide en l’occurrence, même associé au vin, même dans un contexte réglementaire. Pour moi ça ne fait pas de doute, et je le démontre dans le bouquin.
Durant la préparation de ton livre mais aussi dans ton quotidien, tu croises pas mal de vignerons dont les vins pourraient être qualifiés de « naturels ». Que pensent-ils de ton initiative ?
Je ne suis évidemment pas légitime à moi tout seul pour mettre un coup de pied dans la fourmilière, loin de là. Le vin naturel officiel sera collectif ou ne sera pas. J’ai donc tenu à demander leur avis à plusieurs vignerons dans le Manifeste. On peut ainsi y lire les réflexions d’Olivier Cousin, Thierry Puzelat ou encore Richard Leroy, Pierre Overnoy… Et, pour te répondre, ça part un peu dans tous les sens. Certains sont favorables à une initiative qui tendrait à réglementer le vin naturel, d’autres pas du tout. On est loin d’être arrivé à ce consensus que j’appelle de mes vœux, parce qu’il est incontournable pour déplacer la montagne réglementaire. Mais je lâche pas l’affaire.
Se pose aussi la question du prix, car le vin naturel coûte souvent un peu plus cher… Quand on sait que le vin se vend en moyenne autour de 3-4 euros la bouteille, comment faire pour changer le regard du consommateur et lui faire accepter de multiplier sa mise par 2 ou 3 ?
L’une des clés serait de lui faire savoir, au consommateur, ce que contient la bouteille à 3-4 euros qu’il attrape négligemment dans le mur de vins de son Carrouf. Si on lui dit qu’il y 15 ou 16 additifs chimiques et parfois presque autant de résidus de pesticides, il aura peut-être un moment d’hésitation… La clé, c’est la transparence : il y a quoi dans une bouteille de vin, que du raisin ? On en est loin. Et l’existence officielle du vin naturel dénoncerait, en creux, cette mascarade.
L’idée d’étiquettes recensant tous les « ingrédients » présents dans une bouteille de vin semble aussi souvent revenir. Qu’en penses tu ?
Comme je le disais juste avant, c’est la même chose pour moi. Si tu valides le vin naturel – qui ne contient que du raisin et, éventuellement, un soupçon de sulfites – tu révèles, par ricochet, cette totale absence de transparence du vin conventionnel. Rendre visible et officiel le vin naturel, c’est une manière détournée (et un peu plus sexy, donc médiatisable) d’appeler à la transparence.
Ne penses-tu pas qu’une révision de la Loi Evin permettrait de sensibiliser un peu plus les Français à cet autre versant de la viticulture ?
Pour moi, franchement, la loi Evin c’est un marronnier-épouvantail qu’agitent régulièrement les journaleux du vin pour ne pas parler des vrais sujets. On boit près de 50 litres de vin par an et par habitant en France, arrêtez de nous emmerder parce que Mouton-Cadet ne peut pas avoir de spot de pub de 30 secondes sur TF1 ou qu’on ne boit pas de vin dans Top Chef. La belle affaire… La loi Evin c’est peanuts, c’est surtout un sujet bien consensuel et racoleur dans le milieu, une manière de caresser la filière dans le sens du poil. Mais le vin est bien trop important pour qu’on se contente de cette poudre aux yeux. Le vin a une responsabilité, surtout en France, celle d’être exemplaire. Et le vin naturel, en particulier, parce qu’il est en première ligne, parce qu’il est surmédiatisé, a cette opportunité historique – je pèse mes mots – d’allumer la mèche d’un changement profond, viable et durable, qui déborde largement le cadre du vin.
Tu opposes assez froidement vin naturel et vin conventionnel. Ne penses tu pas que la palette soit un peu plus large ?
Si, bien entendu. Mais si on prend 100% des vins, en volume, on doit pouvoir trancher simplement pour expliquer simplement : 90% des vins n’ont aucun intérêt et sont bourrés de saloperies, que ce soit à la vigne ou en en vinif. Quant au vin naturel, il ne représente même pas 1% du vin, mais il explose, il est surexposé, hypervisible. D’où sa responsabilité actuelle, celle de faire bouger les lignes de l’agriculture. Et si on change de modèle agricole, si on change ce qu’on bouffe, ou picole, on change tout. Au minimum, ça méritait un manifeste.
Et sinon, actuellement, quel est ton vin de chevet ?
Je n’ai vraiment pas de vin de chevet, ou alors un harem. Mais j’ai un souvenir assez récent d’un vin de Pierre Rousse (Domaine Le Pelut, Languedoc), je ne sais même plus de quelle cuvée il s’agissait, la bouteille a débaroulé en pleine soirée, elle est passée devant moi juste le temps de m’en servir un demi-verre, il y avait du pinot noir… Peu importe, c’était un vin formidable. (Attention, auto-promo : Pierre sera à Lyon, les 1 et 2 novembre, au deuxième salon Rue89 Lyon des vins.)
Quand on s’est croisé, on a bu pas mal de canons ensemble et tu m’as plusieurs fois répété qu’un vin devait être un peu sale pour te faire vibrer. Explique nous un peu ce que tu entends par là ?
Le mot « sale » peut hérisser le duvet des buveurs de vins lisses, mais c’est une boutade. En fait c’est amusant parce que je lis Kermit Lynch et ses aventures sur les routes du vin en ce moment. Et il y a un long passage sur la question de la filtration : lui ne kiffe rien plus que les vins non filtrés, mais les vignerons à qui il cause – qui ne sont pas des hippies – s’ils admettent que la filtration a tendance à castrer les vins, ont parfois du mal à ne pas s’y résoudre, pour des motifs commerciaux : le dépôt, les traces visibles sur la bouteille couchée, c’est pas vendeur. Au-delà, dans un vin naturel, il peut y avoir à boire et à manger, il peut y avoir du gaz, voire une séquence déviante. Mais je ne bois pas du vin pour me retrouver toujours avec le même liquide lisse. En vin naturel, on est surpris, chaque bouteille est – et doit être – inattendue. Parfois c’est une mauvaise surprise, le vin goûte mal, il est tordu ; mais souvent c’est une épiphanie, une révélation. On s’éclate alors, sans chichis, et on ne pourra jamais s’amuser autant avec un vin BCBG ou standardisé. Alors oui, vive les vins « sales ».
Dernière question : Antonin et Hubert de Boüard sont sur un bateau. De quoi parlent-ils et qui tombe à l’eau ?
Haha. Je lui parle de sa performance dans le film d’Isabelle Saporta, tiré de son bouquin Vino Business : c’est quoi cette idée de mettre des bottes crottées et un smoking, Hub ? Ensuite, je vais me baigner.
_______________________________________________________Et moi ? Ai-je le vin naturel dans la peau ? Je dois dire que quand j’ai acheté le petit livre rouge d’Antonin, c’était plus par curiosité que par conviction viscérale. Malgré tout, après sa lecture, je dois bien admettre que ne pas vouer une certaine forme de sympathie pour les initiatives valorisant cette viticulture à échelle humaine, responsable et éprouvée serait pure hypocrisie personnelle, car la grande majorité de ma cave se compose de ces vins. Alors, de ma simple place de consom’acteur de ce système, j’imagine cette initiative louable et même si elle n’arrivait pas dans l’immédiat à retourner une économie où les profits s’entêtent un peu trop souvent à éclipser le pan culturel d’une viticulture enivrante en tous points, elle aura au moins ouvert une parenthèse un brin utopiste dans laquelle il ne fait aucun mal à s’épanouir.
Reste à s’organiser, c’est vrai, mais la dimension libertaire de cette mouvance naturiste dénote sacrément avec l’appareil quasi militaire dirigeant une machinerie industrielle qui phagocyte notre société avec une désarmante aisance. La solution ne pourra donc uniquement venir de cette simple bande de vignerons bourrés de convictions estimables, le client aura sa part, immense, dans cette histoire.
Et dans le vaste nuancier d’une viticulture aux multiples visages, voici donc peut-être venu le temps d’officialiser la venue d’un vin naturel aux atouts bien complémentaires du reste d’une production à laquelle on évitera de l’opposer de façon systématique. Les itinéraires et les histoires que le vin sait raconter sont bien trop nombreux pour que l’on puisse éteindre une telle richesse de teintes. Reste que le temps d’un manifeste, il est tout de même intéressant de se pencher avec intérêt sur les prémices de cette révolution, rouge par nature…
- 9 septembre 2015 à 1h26
- in reply to: Vins nature(ls)
Après avoir rencontré Antonin et avoir lu son petit bouquin, voici une interview d’un des ardents défenseurs de la cause naturiste…
Rouge par nature. La version imagée sur le blog : https://abistodenas.blogspot.fr/2015/09/rouge-par-nature.html(Interview d’Antonin Iommi-Amunategui, auteur du MANIFESTE POUR LE VIN NATUREL)C’était un beau samedi de la fin mai, la place du Capitole fourmillait de gosiers secs, les terrasses pleines offraient un peu plus que de l’ombre aux nombreux toulousains en quête de fraîcheur. Ce jour là, je passais une bonne partie de mon temps avec Antonin Iommi-Amunategui, animateur du blog No Wine Is Innocent, et auteur, entre autres, de ce petit bouquin bientôt en rayon : MANIFESTE POUR LE VIN NATUREL. Nous avons déconné, mangé et surtout un peu picolé, en se promettant de remettre à plus tard toute discussion sérieuse à propos du vin naturel. Mais à la veille de sa sortie en librairie (le 14 septembre prochain), j’ai voulu en savoir un peu plus sur ce qui pourrait bien être la première brique liquide du vin naturel de demain.
Bref, sans pouvoir profiter d’un comptoir en zinc pour affuter papilles et argumentaires, c’est par claviers interposés que l’on se retrouve enfin, moi, entrain de jouer les apprentis Elkabbach du pif, et Antonin, que je m’imagine un drapeau verre de rouge à la main, quelque part entre Nation et Bastille…
Compte-rendu d’une discussion intéressante, où l’on apprend que notre blogueur parisien pourrait bien se muer en G.O. de cette troupe grandissante, et ainsi tenter d’organiser un peu cette autre vision de la viticulture qui se conjugue au naturel.
_______________________________________________________Salut à toi révolutionnaire de la glouglousphère. Tout d’abord, on est dimanche après-midi, comment se passe ta rébellion ? Plus simplement, qu’est-ce que tu fais en ce moment même ?
Salut blogueur sudiste, le nord transmet le message depuis son canapé ! Donc là, ça glande pas mal dur.
Plus sérieusement, tu viens d’écrire un « MANIFESTE pour le vin naturel ». Quand je regarde dans mon dictionnaire, plusieurs définitions se cachent derrière ce gros mot. Quelle serait la tienne ?
Manifeste. Many fiestas. Toutes les fêtes que je dois au vin naturel. Manifeste. On lâche ses écrans, on sort battre le pavé pour, collectivement, manifester. Manifeste, plus simplement, comme une affirmation et un parti pris pro-vin naturel. Étant entendu que mon argumentaire est, je crois, étayé de sources solides, variées. Je ne suis pas en roue libre dans ma bouteille bizarre ; j’ai manifestement (!) beaucoup réfléchi à tout ça avant d’écrire ce petit machin rouge.
Voilà une réponse qui égayerait mon Larousse… Bon, si je résume un peu la vingtaine de pages (sans coloriage) de ton bouquin, tu souhaites : définir un cadre législatif au vin naturel, ouvrir une réflexion sur la dimension transversale que ce genre d’allant peut avoir sur la société, tout en condamnant l’opacité des pratiques actuelles. J’ai bon ?
Tu as tout bon, en bref. Une fois ces problématiques posées, la difficulté est surtout de parvenir à un consensus : que les vignerons naturels, en premier lieu, s’accordent sur des prises de position communes et des actions collectives, donc légitimes. Sinon, si rien ne bouge, si le statu-quo perdure, d’ici un an ou deux, ils vont se faire décuver le fondement et ce sera bien tannique. Je veux dire que le vin naturel va se faire sévèrement récupérer par l’industrie pinardière, celle-là même qu’il dénonce à longueur de bouteilles. Cette récupération est déjà en cours, largement entamée : allez jeter un œil dans le rayon vin d’un supermarché, on ne compte plus les cuvées Natur-quelque-chose, les gros macarons SANS SOUFRE, etc. J’ai même lu « vin naturel » sur une étiquette d’un de ces vins-Frankenstein, alors même qu’à ce jour cette terminologie n’est pas réglementaire. Donc oui, en bref, le vin naturel a besoin d’un cadre, audacieux et légitime.
Pour cela, tu entames ton bouquin par pas mal de théorie, un brin de philo et un zeste d’utopie. Tu invoques « Jajathoustra », Nietzsche, Hakim Bey ou encore Steven Jezo-Vannier. Et la ménagère de moins de 50 ans dans tout ça ?
Elle (ou il) est directement concernée en tant que consommateur : derrière mes sorties un peu intello, l’une des questions centrales c’est quelle société de consommation voulons-nous ? On n’échappera pas à la consommation, mais il est encore temps de prendre la tangente, une voie plus humaine, qui englobe dans un destin commun plutôt cool : l’artisan-vigneron, l’artisan-caviste et l’artisan-consommateur. Et c’est évidemment un modèle exportable en-dehors du vin. D’ailleurs, j’ai bien cru voir que les « espaces culturels » d’une enseigne de GD bien connue allaient proposer le Manifeste… On est pas loin de ce que décrit Jezo-Vannier dans son pavé sur la contre-culture, quand il parle de créer l’alternative et d’en démontrer la viabilité depuis l’intérieur du système pour, in fine, le modifier sans violence.
On se croirait dans un version pacifiste des Infiltrés… Mais revenons à notre vin naturel. Pour toi un vin naturel ce doit être un vin issu de raisins propres, vendangés à la main, et vinifiés sans aucun intrant. Cela semble simple comme cadre, l’Association des Vins Naturels semble même s’atteler à pousser le bouchon un peu plus loin que sa charte, en titillant les pouvoirs publics. Tu as des news ?
Pas de news à ce jour. S’ils sèchent sur l’argumentaire qu’ils vont dégainer face aux pouvoirs publics, il y a peut-être deux-trois bullets à choper dans le Manifeste… Je pense notamment au fait de retenir le terme « naturel », très polémique mais essentiel. Ce terme est valide en l’occurrence, même associé au vin, même dans un contexte réglementaire. Pour moi ça ne fait pas de doute, et je le démontre dans le bouquin.
Durant la préparation de ton livre mais aussi dans ton quotidien, tu croises pas mal de vignerons dont les vins pourraient être qualifiés de « naturels ». Que pensent-ils de ton initiative ?
Je ne suis évidemment pas légitime à moi tout seul pour mettre un coup de pied dans la fourmilière, loin de là. Le vin naturel officiel sera collectif ou ne sera pas. J’ai donc tenu à demander leur avis à plusieurs vignerons dans le Manifeste. On peut ainsi y lire les réflexions d’Olivier Cousin, Thierry Puzelat ou encore Richard Leroy, Pierre Overnoy… Et, pour te répondre, ça part un peu dans tous les sens. Certains sont favorables à une initiative qui tendrait à réglementer le vin naturel, d’autres pas du tout. On est loin d’être arrivé à ce consensus que j’appelle de mes vœux, parce qu’il est incontournable pour déplacer la montagne réglementaire. Mais je lâche pas l’affaire.
Se pose aussi la question du prix, car le vin naturel coûte souvent un peu plus cher… Quand on sait que le vin se vend en moyenne autour de 3-4 euros la bouteille, comment faire pour changer le regard du consommateur et lui faire accepter de multiplier sa mise par 2 ou 3 ?
L’une des clés serait de lui faire savoir, au consommateur, ce que contient la bouteille à 3-4 euros qu’il attrape négligemment dans le mur de vins de son Carrouf. Si on lui dit qu’il y 15 ou 16 additifs chimiques et parfois presque autant de résidus de pesticides, il aura peut-être un moment d’hésitation… La clé, c’est la transparence : il y a quoi dans une bouteille de vin, que du raisin ? On en est loin. Et l’existence officielle du vin naturel dénoncerait, en creux, cette mascarade.
L’idée d’étiquettes recensant tous les « ingrédients » présents dans une bouteille de vin semble aussi souvent revenir. Qu’en penses tu ?
Comme je le disais juste avant, c’est la même chose pour moi. Si tu valides le vin naturel – qui ne contient que du raisin et, éventuellement, un soupçon de sulfites – tu révèles, par ricochet, cette totale absence de transparence du vin conventionnel. Rendre visible et officiel le vin naturel, c’est une manière détournée (et un peu plus sexy, donc médiatisable) d’appeler à la transparence.
Ne penses-tu pas qu’une révision de la Loi Evin permettrait de sensibiliser un peu plus les Français à cet autre versant de la viticulture ?
Pour moi, franchement, la loi Evin c’est un marronnier-épouvantail qu’agitent régulièrement les journaleux du vin pour ne pas parler des vrais sujets. On boit près de 50 litres de vin par an et par habitant en France, arrêtez de nous emmerder parce que Mouton-Cadet ne peut pas avoir de spot de pub de 30 secondes sur TF1 ou qu’on ne boit pas de vin dans Top Chef. La belle affaire… La loi Evin c’est peanuts, c’est surtout un sujet bien consensuel et racoleur dans le milieu, une manière de caresser la filière dans le sens du poil. Mais le vin est bien trop important pour qu’on se contente de cette poudre aux yeux. Le vin a une responsabilité, surtout en France, celle d’être exemplaire. Et le vin naturel, en particulier, parce qu’il est en première ligne, parce qu’il est surmédiatisé, a cette opportunité historique – je pèse mes mots – d’allumer la mèche d’un changement profond, viable et durable, qui déborde largement le cadre du vin.
Tu opposes assez froidement vin naturel et vin conventionnel. Ne penses tu pas que la palette soit un peu plus large ?
Si, bien entendu. Mais si on prend 100% des vins, en volume, on doit pouvoir trancher simplement pour expliquer simplement : 90% des vins n’ont aucun intérêt et sont bourrés de saloperies, que ce soit à la vigne ou en en vinif. Quant au vin naturel, il ne représente même pas 1% du vin, mais il explose, il est surexposé, hypervisible. D’où sa responsabilité actuelle, celle de faire bouger les lignes de l’agriculture. Et si on change de modèle agricole, si on change ce qu’on bouffe, ou picole, on change tout. Au minimum, ça méritait un manifeste.
Et sinon, actuellement, quel est ton vin de chevet ?
Je n’ai vraiment pas de vin de chevet, ou alors un harem. Mais j’ai un souvenir assez récent d’un vin de Pierre Rousse (Domaine Le Pelut, Languedoc), je ne sais même plus de quelle cuvée il s’agissait, la bouteille a débaroulé en pleine soirée, elle est passée devant moi juste le temps de m’en servir un demi-verre, il y avait du pinot noir… Peu importe, c’était un vin formidable. (Attention, auto-promo : Pierre sera à Lyon, les 1 et 2 novembre, au deuxième salon Rue89 Lyon des vins.)
Quand on s’est croisé, on a bu pas mal de canons ensemble et tu m’as plusieurs fois répété qu’un vin devait être un peu sale pour te faire vibrer. Explique nous un peu ce que tu entends par là ?
Le mot « sale » peut hérisser le duvet des buveurs de vins lisses, mais c’est une boutade. En fait c’est amusant parce que je lis Kermit Lynch et ses aventures sur les routes du vin en ce moment. Et il y a un long passage sur la question de la filtration : lui ne kiffe rien plus que les vins non filtrés, mais les vignerons à qui il cause – qui ne sont pas des hippies – s’ils admettent que la filtration a tendance à castrer les vins, ont parfois du mal à ne pas s’y résoudre, pour des motifs commerciaux : le dépôt, les traces visibles sur la bouteille couchée, c’est pas vendeur. Au-delà, dans un vin naturel, il peut y avoir à boire et à manger, il peut y avoir du gaz, voire une séquence déviante. Mais je ne bois pas du vin pour me retrouver toujours avec le même liquide lisse. En vin naturel, on est surpris, chaque bouteille est – et doit être – inattendue. Parfois c’est une mauvaise surprise, le vin goûte mal, il est tordu ; mais souvent c’est une épiphanie, une révélation. On s’éclate alors, sans chichis, et on ne pourra jamais s’amuser autant avec un vin BCBG ou standardisé. Alors oui, vive les vins « sales ».
Dernière question : Antonin et Hubert de Boüard sont sur un bateau. De quoi parlent-ils et qui tombe à l’eau ?
Haha. Je lui parle de sa performance dans le film d’Isabelle Saporta, tiré de son bouquin Vino Business : c’est quoi cette idée de mettre des bottes crottées et un smoking, Hub ? Ensuite, je vais me baigner.
_______________________________________________________Et moi ? Ai-je le vin naturel dans la peau ? Je dois dire que quand j’ai acheté le petit livre rouge d’Antonin, c’était plus par curiosité que par conviction viscérale. Malgré tout, après sa lecture, je dois bien admettre que ne pas vouer une certaine forme de sympathie pour les initiatives valorisant cette viticulture à échelle humaine, responsable et éprouvée serait pure hypocrisie personnelle, car la grande majorité de ma cave se compose de ces vins. Alors, de ma simple place de consom’acteur de ce système, j’imagine cette initiative louable et même si elle n’arrivait pas dans l’immédiat à retourner une économie où les profits s’entêtent un peu trop souvent à éclipser le pan culturel d’une viticulture enivrante en tous points, elle aura au moins ouvert une parenthèse un brin utopiste dans laquelle il ne fait aucun mal à s’épanouir.
Reste à s’organiser, c’est vrai, mais la dimension libertaire de cette mouvance naturiste dénote sacrément avec l’appareil quasi militaire dirigeant une machinerie industrielle qui phagocyte notre société avec une désarmante aisance. La solution ne pourra donc uniquement venir de cette simple bande de vignerons bourrés de convictions estimables, le client aura sa part, immense, dans cette histoire.
Et dans le vaste nuancier d’une viticulture aux multiples visages, voici donc peut-être venu le temps d’officialiser la venue d’un vin naturel aux atouts bien complémentaires du reste d’une production à laquelle on évitera de l’opposer de façon systématique. Les itinéraires et les histoires que le vin sait raconter sont bien trop nombreux pour que l’on puisse éteindre une telle richesse de teintes. Reste que le temps d’un manifeste, il est tout de même intéressant de se pencher avec intérêt sur les prémices de cette révolution, rouge par nature…
- 9 septembre 2015 à 1h26
- in reply to: Vins nature(ls)
Après avoir rencontré Antonin et avoir lu son petit bouquin, voici une interview d’un des ardents défenseurs de la cause naturiste…
Rouge par nature. La version imagée sur le blog : https://abistodenas.blogspot.fr/2015/09/rouge-par-nature.html(Interview d’Antonin Iommi-Amunategui, auteur du MANIFESTE POUR LE VIN NATUREL)C’était un beau samedi de la fin mai, la place du Capitole fourmillait de gosiers secs, les terrasses pleines offraient un peu plus que de l’ombre aux nombreux toulousains en quête de fraîcheur. Ce jour là, je passais une bonne partie de mon temps avec Antonin Iommi-Amunategui, animateur du blog No Wine Is Innocent, et auteur, entre autres, de ce petit bouquin bientôt en rayon : MANIFESTE POUR LE VIN NATUREL. Nous avons déconné, mangé et surtout un peu picolé, en se promettant de remettre à plus tard toute discussion sérieuse à propos du vin naturel. Mais à la veille de sa sortie en librairie (le 14 septembre prochain), j’ai voulu en savoir un peu plus sur ce qui pourrait bien être la première brique liquide du vin naturel de demain.
Bref, sans pouvoir profiter d’un comptoir en zinc pour affuter papilles et argumentaires, c’est par claviers interposés que l’on se retrouve enfin, moi, entrain de jouer les apprentis Elkabbach du pif, et Antonin, que je m’imagine un drapeau verre de rouge à la main, quelque part entre Nation et Bastille…
Compte-rendu d’une discussion intéressante, où l’on apprend que notre blogueur parisien pourrait bien se muer en G.O. de cette troupe grandissante, et ainsi tenter d’organiser un peu cette autre vision de la viticulture qui se conjugue au naturel.
_______________________________________________________Salut à toi révolutionnaire de la glouglousphère. Tout d’abord, on est dimanche après-midi, comment se passe ta rébellion ? Plus simplement, qu’est-ce que tu fais en ce moment même ?
Salut blogueur sudiste, le nord transmet le message depuis son canapé ! Donc là, ça glande pas mal dur.
Plus sérieusement, tu viens d’écrire un « MANIFESTE pour le vin naturel ». Quand je regarde dans mon dictionnaire, plusieurs définitions se cachent derrière ce gros mot. Quelle serait la tienne ?
Manifeste. Many fiestas. Toutes les fêtes que je dois au vin naturel. Manifeste. On lâche ses écrans, on sort battre le pavé pour, collectivement, manifester. Manifeste, plus simplement, comme une affirmation et un parti pris pro-vin naturel. Étant entendu que mon argumentaire est, je crois, étayé de sources solides, variées. Je ne suis pas en roue libre dans ma bouteille bizarre ; j’ai manifestement (!) beaucoup réfléchi à tout ça avant d’écrire ce petit machin rouge.
Voilà une réponse qui égayerait mon Larousse… Bon, si je résume un peu la vingtaine de pages (sans coloriage) de ton bouquin, tu souhaites : définir un cadre législatif au vin naturel, ouvrir une réflexion sur la dimension transversale que ce genre d’allant peut avoir sur la société, tout en condamnant l’opacité des pratiques actuelles. J’ai bon ?
Tu as tout bon, en bref. Une fois ces problématiques posées, la difficulté est surtout de parvenir à un consensus : que les vignerons naturels, en premier lieu, s’accordent sur des prises de position communes et des actions collectives, donc légitimes. Sinon, si rien ne bouge, si le statu-quo perdure, d’ici un an ou deux, ils vont se faire décuver le fondement et ce sera bien tannique. Je veux dire que le vin naturel va se faire sévèrement récupérer par l’industrie pinardière, celle-là même qu’il dénonce à longueur de bouteilles. Cette récupération est déjà en cours, largement entamée : allez jeter un œil dans le rayon vin d’un supermarché, on ne compte plus les cuvées Natur-quelque-chose, les gros macarons SANS SOUFRE, etc. J’ai même lu « vin naturel » sur une étiquette d’un de ces vins-Frankenstein, alors même qu’à ce jour cette terminologie n’est pas réglementaire. Donc oui, en bref, le vin naturel a besoin d’un cadre, audacieux et légitime.
Pour cela, tu entames ton bouquin par pas mal de théorie, un brin de philo et un zeste d’utopie. Tu invoques « Jajathoustra », Nietzsche, Hakim Bey ou encore Steven Jezo-Vannier. Et la ménagère de moins de 50 ans dans tout ça ?
Elle (ou il) est directement concernée en tant que consommateur : derrière mes sorties un peu intello, l’une des questions centrales c’est quelle société de consommation voulons-nous ? On n’échappera pas à la consommation, mais il est encore temps de prendre la tangente, une voie plus humaine, qui englobe dans un destin commun plutôt cool : l’artisan-vigneron, l’artisan-caviste et l’artisan-consommateur. Et c’est évidemment un modèle exportable en-dehors du vin. D’ailleurs, j’ai bien cru voir que les « espaces culturels » d’une enseigne de GD bien connue allaient proposer le Manifeste… On est pas loin de ce que décrit Jezo-Vannier dans son pavé sur la contre-culture, quand il parle de créer l’alternative et d’en démontrer la viabilité depuis l’intérieur du système pour, in fine, le modifier sans violence.
On se croirait dans un version pacifiste des Infiltrés… Mais revenons à notre vin naturel. Pour toi un vin naturel ce doit être un vin issu de raisins propres, vendangés à la main, et vinifiés sans aucun intrant. Cela semble simple comme cadre, l’Association des Vins Naturels semble même s’atteler à pousser le bouchon un peu plus loin que sa charte, en titillant les pouvoirs publics. Tu as des news ?
Pas de news à ce jour. S’ils sèchent sur l’argumentaire qu’ils vont dégainer face aux pouvoirs publics, il y a peut-être deux-trois bullets à choper dans le Manifeste… Je pense notamment au fait de retenir le terme « naturel », très polémique mais essentiel. Ce terme est valide en l’occurrence, même associé au vin, même dans un contexte réglementaire. Pour moi ça ne fait pas de doute, et je le démontre dans le bouquin.
Durant la préparation de ton livre mais aussi dans ton quotidien, tu croises pas mal de vignerons dont les vins pourraient être qualifiés de « naturels ». Que pensent-ils de ton initiative ?
Je ne suis évidemment pas légitime à moi tout seul pour mettre un coup de pied dans la fourmilière, loin de là. Le vin naturel officiel sera collectif ou ne sera pas. J’ai donc tenu à demander leur avis à plusieurs vignerons dans le Manifeste. On peut ainsi y lire les réflexions d’Olivier Cousin, Thierry Puzelat ou encore Richard Leroy, Pierre Overnoy… Et, pour te répondre, ça part un peu dans tous les sens. Certains sont favorables à une initiative qui tendrait à réglementer le vin naturel, d’autres pas du tout. On est loin d’être arrivé à ce consensus que j’appelle de mes vœux, parce qu’il est incontournable pour déplacer la montagne réglementaire. Mais je lâche pas l’affaire.
Se pose aussi la question du prix, car le vin naturel coûte souvent un peu plus cher… Quand on sait que le vin se vend en moyenne autour de 3-4 euros la bouteille, comment faire pour changer le regard du consommateur et lui faire accepter de multiplier sa mise par 2 ou 3 ?
L’une des clés serait de lui faire savoir, au consommateur, ce que contient la bouteille à 3-4 euros qu’il attrape négligemment dans le mur de vins de son Carrouf. Si on lui dit qu’il y 15 ou 16 additifs chimiques et parfois presque autant de résidus de pesticides, il aura peut-être un moment d’hésitation… La clé, c’est la transparence : il y a quoi dans une bouteille de vin, que du raisin ? On en est loin. Et l’existence officielle du vin naturel dénoncerait, en creux, cette mascarade.
L’idée d’étiquettes recensant tous les « ingrédients » présents dans une bouteille de vin semble aussi souvent revenir. Qu’en penses tu ?
Comme je le disais juste avant, c’est la même chose pour moi. Si tu valides le vin naturel – qui ne contient que du raisin et, éventuellement, un soupçon de sulfites – tu révèles, par ricochet, cette totale absence de transparence du vin conventionnel. Rendre visible et officiel le vin naturel, c’est une manière détournée (et un peu plus sexy, donc médiatisable) d’appeler à la transparence.
Ne penses-tu pas qu’une révision de la Loi Evin permettrait de sensibiliser un peu plus les Français à cet autre versant de la viticulture ?
Pour moi, franchement, la loi Evin c’est un marronnier-épouvantail qu’agitent régulièrement les journaleux du vin pour ne pas parler des vrais sujets. On boit près de 50 litres de vin par an et par habitant en France, arrêtez de nous emmerder parce que Mouton-Cadet ne peut pas avoir de spot de pub de 30 secondes sur TF1 ou qu’on ne boit pas de vin dans Top Chef. La belle affaire… La loi Evin c’est peanuts, c’est surtout un sujet bien consensuel et racoleur dans le milieu, une manière de caresser la filière dans le sens du poil. Mais le vin est bien trop important pour qu’on se contente de cette poudre aux yeux. Le vin a une responsabilité, surtout en France, celle d’être exemplaire. Et le vin naturel, en particulier, parce qu’il est en première ligne, parce qu’il est surmédiatisé, a cette opportunité historique – je pèse mes mots – d’allumer la mèche d’un changement profond, viable et durable, qui déborde largement le cadre du vin.
Tu opposes assez froidement vin naturel et vin conventionnel. Ne penses tu pas que la palette soit un peu plus large ?
Si, bien entendu. Mais si on prend 100% des vins, en volume, on doit pouvoir trancher simplement pour expliquer simplement : 90% des vins n’ont aucun intérêt et sont bourrés de saloperies, que ce soit à la vigne ou en en vinif. Quant au vin naturel, il ne représente même pas 1% du vin, mais il explose, il est surexposé, hypervisible. D’où sa responsabilité actuelle, celle de faire bouger les lignes de l’agriculture. Et si on change de modèle agricole, si on change ce qu’on bouffe, ou picole, on change tout. Au minimum, ça méritait un manifeste.
Et sinon, actuellement, quel est ton vin de chevet ?
Je n’ai vraiment pas de vin de chevet, ou alors un harem. Mais j’ai un souvenir assez récent d’un vin de Pierre Rousse (Domaine Le Pelut, Languedoc), je ne sais même plus de quelle cuvée il s’agissait, la bouteille a débaroulé en pleine soirée, elle est passée devant moi juste le temps de m’en servir un demi-verre, il y avait du pinot noir… Peu importe, c’était un vin formidable. (Attention, auto-promo : Pierre sera à Lyon, les 1 et 2 novembre, au deuxième salon Rue89 Lyon des vins.)
Quand on s’est croisé, on a bu pas mal de canons ensemble et tu m’as plusieurs fois répété qu’un vin devait être un peu sale pour te faire vibrer. Explique nous un peu ce que tu entends par là ?
Le mot « sale » peut hérisser le duvet des buveurs de vins lisses, mais c’est une boutade. En fait c’est amusant parce que je lis Kermit Lynch et ses aventures sur les routes du vin en ce moment. Et il y a un long passage sur la question de la filtration : lui ne kiffe rien plus que les vins non filtrés, mais les vignerons à qui il cause – qui ne sont pas des hippies – s’ils admettent que la filtration a tendance à castrer les vins, ont parfois du mal à ne pas s’y résoudre, pour des motifs commerciaux : le dépôt, les traces visibles sur la bouteille couchée, c’est pas vendeur. Au-delà, dans un vin naturel, il peut y avoir à boire et à manger, il peut y avoir du gaz, voire une séquence déviante. Mais je ne bois pas du vin pour me retrouver toujours avec le même liquide lisse. En vin naturel, on est surpris, chaque bouteille est – et doit être – inattendue. Parfois c’est une mauvaise surprise, le vin goûte mal, il est tordu ; mais souvent c’est une épiphanie, une révélation. On s’éclate alors, sans chichis, et on ne pourra jamais s’amuser autant avec un vin BCBG ou standardisé. Alors oui, vive les vins « sales ».
Dernière question : Antonin et Hubert de Boüard sont sur un bateau. De quoi parlent-ils et qui tombe à l’eau ?
Haha. Je lui parle de sa performance dans le film d’Isabelle Saporta, tiré de son bouquin Vino Business : c’est quoi cette idée de mettre des bottes crottées et un smoking, Hub ? Ensuite, je vais me baigner.
_______________________________________________________Et moi ? Ai-je le vin naturel dans la peau ? Je dois dire que quand j’ai acheté le petit livre rouge d’Antonin, c’était plus par curiosité que par conviction viscérale. Malgré tout, après sa lecture, je dois bien admettre que ne pas vouer une certaine forme de sympathie pour les initiatives valorisant cette viticulture à échelle humaine, responsable et éprouvée serait pure hypocrisie personnelle, car la grande majorité de ma cave se compose de ces vins. Alors, de ma simple place de consom’acteur de ce système, j’imagine cette initiative louable et même si elle n’arrivait pas dans l’immédiat à retourner une économie où les profits s’entêtent un peu trop souvent à éclipser le pan culturel d’une viticulture enivrante en tous points, elle aura au moins ouvert une parenthèse un brin utopiste dans laquelle il ne fait aucun mal à s’épanouir.
Reste à s’organiser, c’est vrai, mais la dimension libertaire de cette mouvance naturiste dénote sacrément avec l’appareil quasi militaire dirigeant une machinerie industrielle qui phagocyte notre société avec une désarmante aisance. La solution ne pourra donc uniquement venir de cette simple bande de vignerons bourrés de convictions estimables, le client aura sa part, immense, dans cette histoire.
Et dans le vaste nuancier d’une viticulture aux multiples visages, voici donc peut-être venu le temps d’officialiser la venue d’un vin naturel aux atouts bien complémentaires du reste d’une production à laquelle on évitera de l’opposer de façon systématique. Les itinéraires et les histoires que le vin sait raconter sont bien trop nombreux pour que l’on puisse éteindre une telle richesse de teintes. Reste que le temps d’un manifeste, il est tout de même intéressant de se pencher avec intérêt sur les prémices de cette révolution, rouge par nature…
- 18 juin 2015 à 1h56
- in reply to: CR: LPV Toulouse et ses glougloutonneries éclectiques
Comme je le disais, je suis un peu passé à côté du dernier espagnol de Julien. À ce moment, je pense que j’aurais eu besoin d’un verre de gamay, de poulsard ou de tout autre petit glouglou qui lave les papilles.
😉
- 8 juin 2015 à 21h00
- in reply to: Les Vignes d’Olivier – Olivier Cohen – Argelliers
CR: Les Vignes d’Olivier – Cuvée « rond rouge » 2014
CINSAULT(veur) #11 : Le cinsault en Version Originale. (Le billet en images sur le blog : ICI)En quête de nouvelles sources régionales de cinsault, je dois bien avouer que ces derniers jours furent prolifiques. Et cette semaine, c’est à nouveau du côté d’Aniane que nous allons nous rendre. Le cinsault est ici chez lui, dans ce Languedoc prisé des amateurs de beaux jus. Aniane, nouvel eldorado du vin ? Toujours est-il que dans ce coin on trouve aujourd’hui un sacré nombre de pépites liquides…
Bref, faisons simplement un petit pas de côté pour nous retrouver chez Olivier Cohen, à Argelliers dans l’Hérault, où depuis le début de l’année 2014 il a repris les vignes d’un propriétaire aujourd’hui parti profiter de sa retraite… Autant dire que cette aventure sent le neuf.
Premier millésime dans le verre, notons tout de même que Monsieur à bon goût en mettant le cinsault à l’honneur de sa première cuvée de rouge. Un cinsault qui s’est trouvé un bon petit copain en la personne de quelques grappes de grenache bien juteuses venues compléter un pressurage direct vif et rafraichissant de ce mal-aimé cantonné aux simples rosés… Au final, une fermentation qui se déroule sans accroc et une mise en bouteille façon primeur le 15 novembre dernier, sans ajout de quoi que ce soit. Un vin au naturel, un vin en Version Originale. Et l’été approchant, il était légitime que ce genre de bouteille face de l’œil à mes papilles en mal de fraîcheur. Un coup de tire-bouchon plus tard, la découverte fut à la hauteur de mes espérances : pour 10 balles, dans le verre se balade un vrai jus de fruits, plein de vivacité, pur, glissant, mais non dénué de corps. L’éternelle corbeille de fruits rouges se voit ici complétée d’une note de jasmin et de quelques feuilles de menthe qui rendent le canon irrésistible.
Un beau canon, un jeune vigneron : l’envie d’en savoir un peu plus me démangea rapidement le clavier. Un coup de fil plus loin, quelques minutes passées avec Olivier au téléphone, et me voilà de nouveau sur ce terrain que j’affectionne tant : celui du partage et de la simplicité. Olivier me balance un flot d’informations dépeignant ce cheminement qui le mena du métier de caviste à celui de néo-vigneron : son passage chez Thierry Allemand à Cornas, ses amis et plus fidèles conseillers, parmi lesquels Philippe Valette, Antoine Arena, Fred Rivaton ou encore les frères Ledogar… Il est là pour apprendre, essayer et comme il est de bon ton de le rappeler : On a qu’une seule vendange par an pour s’améliorer…
Aujourd’hui à la tête d’un petit domaine de 7 hectares, Olivier semble tout de même savoir où il va. Trois cuvées composent sa gamme, en commençant par ce vin de potes, agréable et sans chichi. Pour les plus sérieux, une cuvée syrah/carignan/merlot viendra nourrir les bonnes tablées, quand le rosé rincera tout ce beau monde à l’heure d’ouvrir les parasols. À la vigne, l’enherbement semble être une évidence pour permettre au sol de conserver une faune et une flore indispensable à ses yeux. D’autant plus qu’il se sent privilégié car il a pu acquérir des terres déjà en conversion biologique, label qu’il pourra apposer dès l’année prochaine, même si la certification n’est pas forcément une finalité pour lui. Mais de ces propres mots, il avoue tout de même préférer bosser et enchainer la paperasse pour Ecocert plutôt que de se noyer dans le cahier des charges et l’administratif de l’appellation, carcan dans lequel il ne se sent pas à l’aise (d’ailleurs ses vins sortent en Vin de France).
Sans paraitre dogmatique, Olivier, dévoué à sa passion, à une idée claire de ce qu’il veut faire. Ayant côtoyé quelques tronches célèbres du vin nature, il se nourrit de leurs expériences, conscient de l’apport non négligeable de ces grands d’hier et d’aujourd’hui, qui, essuyant les plâtres durant des années, peuvent aujourd’hui appuyer une nouvelle génération plus légitime que jamais dans le nuancier de la viticulture locale.
Son premier jet est en tout cas une réussite et j’espère rapidement pouvoir lui rendre visite, car au-delà d’un vin qui interpelle, il y a toujours une ou plusieurs personnes qu’il faut rencontrer, ne serait-ce que pour pérenniser les valeurs d’une boisson faite avant tout pour le partage et l’amitié.
- 28 mai 2015 à 22h59
- in reply to: CR:Conventionnel, Bio, Biodynamie et Nature. Une dégustation sur le thème des modes de culture et de vinification
Personne ne m’a demandé de le faire, j’ai juste fait un copier/coller du mail de Fabrice parce que c’était intéressant… Et que j’étais persuadé qu’on m’avait parlé de carbo, je viens de remettre le nez dans mes notes et effectivement, j’avais noté ce qui est écrit plus haut dans sa réponse, moment d’oubli certainement :S
- 28 mai 2015 à 19h53
- in reply to: CR:Conventionnel, Bio, Biodynamie et Nature. Une dégustation sur le thème des modes de culture et de vinification
Quelques corrections que le domaine via Fabrice Magniez vient de m’envoyer (ainsi qu’à d’autres)
« Nous sommes tombés sur vos réactions dans LPV concernant la dégustation de la cuvée Roboul 2013, et nous aimerions apporter quelques corrections aux commentaires lus :
1. Cette cuvée est composée de Mourvèdre en majorité (environ 60%), complétée par du Grenache noir.
2. Concernant la vinification, il n’y a pas de macération carbonique, mais un travail en vendange entière pour une grande partie (situé sur un sol très calcaire et fortement caillouteux) avec foulage au pied dès l’encuvage et infusion avec mouillage quotidien du chapeau par gravité durant 2 à 3 semaines. Le reste de la vendange situé sur quelques poches d’argile (rafles souvent plus astringentes et moins mûres), est égrappé.
3. Mode de culture : pas de conventionnel.
4. Concernant le domaine, il n’y a pas d’entrée de gamme, de milieu de gamme ni de haut de gamme sur le plan « qualitatif ». Il n’y a pas de premier vin et de second vin. Nous travaillons sur un parcellaire morcelé avec des sols très variés (Schistes, Quartz, Grès roses, Argiles et Calcaires). Chaque terroir ou lieu dit constitue une cuvée. »
- 22 mai 2015 à 15h51
- in reply to: CR:Conventionnel, Bio, Biodynamie et Nature. Une dégustation sur le thème des modes de culture et de vinification
Roboul est dans un registre totalement différent depuis cette année. Ayant discuté avec les frères Danjou de leur gamme, ils étaient d’accords pour reconnaître qu’il manquait un vin fluide et accessible pas trop cher à leur gamme. Ils ont donc passé Roboul en macération carbonique depuis ce millésime 2013, d’où ce côté si accessible et cette aromatique résolument différente des versions plus anciennes plus extraites, denses et chocolatées.
- 18 mai 2015 à 17h02
- in reply to: Domaine La Barroche, Châteauneuf-du-Pape
N’ayant goûté que sur 2009 et 2012, je ne me positionne évidemment pas sur les autres millésimes, mais pour parler de ce qui est à la vente, la gamme des 2012 était franchement d’une rare finesse, avec des trames acide très agréables. Julien Barrot m’a affirmé qu’ils allaient de plus en plus vers ce genre de structures, 2007 devait être dans un style moins fin à l’époque…
Une évolution de toute façon salutaire vu le nombre de châteauneuf bodybuildés que j’ai pu croiser durant ce séjour…- 18 mai 2015 à 1h55
- in reply to: Château des Tours
CR: Domaine des Tours 2003 – Merlot/Syrah
Bouteille récupérée au domaine il y a peu et dégustée sur 1 journée.
Nez encore vif, marqué par la syrah. La trame Reynaud est aussi présente et un bouquet de fraises semble rapidement s’échapper du verre. La bouche est ample fraîche et solaire à la fois. C’est fin mais présente un trame tannique au grain bien présent. En bouche le fumé de la syrah se love dans la fraise, le laurier et la datte séchée, l’ensemble se porte à merveille. Un vin encore très jeune qui n’aura fait que s’améliorer sur la journée…
Très Bien- 18 mai 2015 à 1h47
- in reply to: Domaine La Barroche, Châteauneuf-du-Pape
Pure… (le billet illustré sur le blog)Connaissez-vous l’histoire du marchand de sable ? Légende de nos premières années, celui qui devait venir pourrir notre pieux avec un peu de la plage voisine (sans les mégots) pour nous voir enfin dormir, n’a pas toujours réussi son coup. Pensez donc, foutre du sable sur la tronche de quelqu’un pour qu’il rejoigne les bras de Morphée. Une vaste fumisterie… Le sable, tout au plus, c’est ce parasite qui te reste au fond du maillot quand tu décides de quitter la plage, point.
Et pourtant, si toi aussi tu crois que le sable ne fait plus forcément rêver passé un certain âge, j’ai aujourd’hui de quoi te faire changer d’avis. Du moins, je le crois, surtout si tu aimes le bon vin.
De passage en terres castelpapales à l’occasion des Printemps de Châteauneuf, j’allais en effet rencontrer un de ces faiseurs de vin dont on aime à se rappeler, une fois ses canons vidés. Il est 22 heures ce samedi soir, alors que le marchand de sable a bien dû réussir à pieuter quelques marmots, au cœur de la cité des Papes, dans les murs de chez Ogier, la fête bat son plein. Du monde à voir, du monde voulant se faire voir, pas mal de pickpockets affamés autour du buffet, et surtout quelques vignerons qu’il est toujours agréable de rencontrer. En marge de cette cohue, dans la douceur printanière de cette soirée, c’est Julien Barrot, vigneron du Domaine La Barroche, qui s’avance vers nous, tout surpris que ses vins ne soient pas encore venus rejoindre la tablée centrale où s’entassaient, comme un bus de retraités approchant des toilettes à l’heure de la pause pipi, les bouteilles de ses camarades. Une tablée aux allures de mausolée, qui voyait se vider les flacons les uns après les autres, avec pour étalon de rigueur, le magnum ou le jéroboam, histoire de satisfaire une assemblée soudainement assoiffée (et peut-être un peu aussi pour se faire remarquer).
Bref, ni une ni deux, notre Robert Redford local, tel Sundance Kid (la moustache en moins), s’en va piller les cuisines en quête de quelques flacons de sa propre production. Quelques instants plus tard, le voilà de retour, un Jéroboam à la main et le sourire aux lèvres, content de pouvoir partager avec nous le fruit d’un travail qui s’avèrera exceptionnel. Outre le contenant imposant et agréable à regarder de part le design épuré de son étiquette, le vin que nous présentait ici Julien fut tout simplement une révélation. Je me savais déjà une préférence pour les vins de Châteauneuf issus des terroirs sableux de la région. Château Rayas ou même Pignan, dont le style Reynaud a définitivement charmé mes papilles un après-midi de septembre, en sont les parfaits ambassadeurs, mais quoi de plus agréable que de découvrir de nouveaux prétendants et de s’éclater encore et toujours dans cette diversité foisonnante que reste le vin.
Me voilà donc, un verre à la main, un verre de PURE 2009, grenache presque exclusif issu d’une parcelle unique de vignes centenaires au sol sablonneux quelque part à l’intersection des quartiers « Grand Pierre », « Rayas » et « Pointu ». La quintessence de mon goût pour le Châteauneuf en quelque sorte. Mais là où il y a de beaux raisins, il n’y a malheureusement pas toujours de grands vins. Il semblerait même que le vigneron ait un rôle dans cette histoire…
Ce soir là, on discute, et on boit plus qu’on ne déguste. Il y aura le salon, le lendemain, pour les questions précises et un poil plus techniques. Mais déjà, je me plais à boire, simplement. Le vin est bien évidemment encore un peu jeune, un peu serré et dense en première approche, surtout que le contenant de trois litres a préservé la jeunesse éclatante du nectar. Mais au fil des mots qui tissent la discussion, le vin prend de l’ampleur, de la finesse, de l’élégance. Le jus est pur, oui, comme l’indique en relief sur une étiquette au blanc immaculé du plus bel effet cette inscription à valeur de sobriquet. Pur et profond, mais surtout, préservant la fraîcheur d’un fruit encore croquant des rayons d’un soleil pouvant cuire une grappe aussi rapidement qu’un hollandais sur la plage. Le vin se trouve ainsi doté d’une buvabilité à en faire pâlir une bouteille de poulsard, et surtout, arbore une palette aromatique où notes florales et minéralité peuvent pleinement s’exprimer.
Le lendemain, de passage sur le stand, j’ai pu évidemment transformer l’essai en goûtant au reste de la gamme. Toujours cette fraîcheur, cette vivacité, évident dénominateur commun de la production du domaine qui confère à ces vins une digestibilité toujours agréable quand on a le souhait de boire parfois un peu plus d’un verre d’un même vin. Intéressant aussi de juger du dernier millésime de PURE, pour se dire qu’indéniablement il s’agit d’un grand vin, et que les impatients seraient vraiment mal inspirés de venir troubler un repos à l’évidence salutaire. Il y a tellement de bonnes choses à découvrir à boire ailleurs en attendant ! Agréablement surpris aussi par cette Fiancée dont le mordant de la syrah vous embarque immédiatement vers des latitudes plus septentrionales.
Et finalement, attablés autour de quelques huîtres, cochonnailles et autres fromages parfois agrémentés, prenant le temps de parler encore un peu alors que le soleil de midi nous intime une pause, nous profitons. Et de cette posture de jouisseur impénitent dont j’essaie de savourer chaque instant, je me dis que certains plaisirs méritent parfois que le marchand de sable prenne un peu de retard…
- 18 mai 2015 à 1h41
- in reply to: Domaine Comte Abbatucci
Regouté le lendemain midi, c’était très bon et le côté caramel avait totalement disparu. Pas d’acidité finale notable, ni impression de « vin cuit »… Mais inévitablement, reste le souvenir de ce 2011 très à son aise… En goûtant ce vin, j’ai eu un peu la même impression qu’en goûtant des Pradel de Braujou trop jeune, l’impression d’un vin encore un peu dissocié, pas totalement en place et pourtant qui pourrait bien se livrer pleinement dans un an ou deux… Peut-être est-ce aussi le cas ici ?
- 18 mai 2015 à 1h18
- in reply to: Mas Coutelou
CR: Mas Coutelou – Classe 2013
2 heures de carafe avant service.
Nez sur la framboise et (une impression de banane cuite ?!?). En bouche c’est mordant et vif. Un vin digeste et encore bien jeune. Agréable, simple et glissant.
Bien- 18 mai 2015 à 1h14
- in reply to: Domaine Gros Frère & Soeur, Vosne-Romanée
CR: Domaine Gros Frère & Soeur – Vosne Romanée 2005
Nez fumée, lardé, un peu monolithique. Derrière cette trame un peu lourde, un soupçon de groseille. C’est un peu trop marqué par l’élevage et manque de fraîcheur. Un beau pinot, encore jeune et sans réelle magie.
Bien –- 18 mai 2015 à 1h09
- in reply to: Domaine Comte Abbatucci
CR: Domaine Comte Abbatucci – Faustine rouge 2012
Nez très ouvert et complexe sur la fraise, le pruneau, le poivre, le cuir, le laurier… La bouche est bien plus en retrait malgré une trame tannique très élégante. Impression passagère de caramel. Avec de l’ouverture le vin gagne en profondeur et l’aromatique devient moins discrète : orange, cerise et grenadine vienne ajouter du fond à cette belle bouteille. Malgré tout, le 2011 bu il y a quelques semaines m’a bien plus emballé.
Bien +/Très bien