métamorphose languedocienne

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forums Languedoc-Roussillon métamorphose languedocienne

  • Poste
  • PEREZ
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    Après quelques années d’infidélité, je reviens dans le sud, comme on rentre à la maison après avoir découché, en me rendant compte que celles que l’on a pu croiser pendant cette absence n’avaient sans doute pas toujours le charme de celle qu’on avait laissée, voire délaissée : mais c’est aussi une impression d’un grand changement pendant l’absence, comme si on avait changé les meubles de place, que la belle avait un nouveau parfum ou qu’un autre peut-être le lui avait offert : bref, un peu déboussolé en même temps que charmé par ce goût qui nous revient en même temps qu’il prend les atours de la nouveauté. Le sentiment de trouver finalement sur place ce qu’on était parti chercher ailleurs.

    Je me rappelle fort bien la lassitude qui fut la mienne de cette vie de couple trop fusionnelle et d’un coup, ce que j’avais loué m’est apparu grossier : le fruit à outrance, la matière dense, la noirceur sans doute devenue trop impénétrable, fatigué de tant de puissance qu’il fallait dompter, de tant de fougue, quand finalement avec les ans j’avais besoin de calme, de douceur, de sensibilité plus que d’amour violent : alors j’ai laissé mes premières amours ; adieu Copa Santa, Aigulière, Mas Bruguière, Clos du Gravillas et Terre Inconnue. Et Mas Jullien. J’avais grandi tout près de là avec Romain Pauc et Villerembert Julien : l’année 1998 avait eu raison de mes dernières poussées d’acné et j’atteignis les certitudes d’un jeune homme buté et sûr de lui avec 2001.

    Tous les domaines ambitieux avaient leur cuvée démonstrative, dans l’exhibition d’une certaine plastique avantageuse. Puis est arrivée la pression des cavistes et la demande pour des vins plus simples ; il fallait des vins de copain ou rien ; du fruit sans prise de tête comme un baiser sans lendemain. C’est sans doute ce même mouvement qui a conduit aux excès des déviances actuelles où l’éducation des vins, de certains en tout cas est passé du laisser-faire au laisser-aller. Ces filles mal élevées n’étaient pas pour moi et je m’en suis retourné vers davantage de classicisme et moins d’exotisme : de la fraîcheur avant tout comme si tout se soleil m’avait buriné la peau, tanné la libido.

    On avait beau jeu de se moquer de ce changement de style que certains pionniers avaient déjà opéré : en ce sens Montcalmes fut un défricheur en cherchant à donner des accents moins lourds comme on déshabille une maîtresse un peu trop vêtue, comme si les étoffes étaient trop épaisses, le maquillage trop vulgaire. On a bien critiqué, parfois moqué, sentant trompé comme si on voulait teindre en blonde cette belle brune à la peau mate. Mais bien entendu, la locomotive, le modèle, c’est bien Grange des Pères, qui donne la direction, le canon, le mannequin haute couture.

    Et comme je rentre à la maison, confus d’avoir quitté trop tôt juste parce que je ne pardonnais pas les excès de la jeunesse, je retrouve une compagne éduquée, polie mais qui possède quand même la belle conversation solaire que je lui aimais. La robe est plus légère et laisse entrevoir le galbe de ses formes qui ont su rester généreuses. Mais le regard se porte quand même plus à l’est et plus au nord, alors qu’on dit qu’il fait plus chaud aujourd’hui : elle a dû apprendre à se protéger de trop de soleil avec cette constante dans chacun de ses sourires aux accents nouveaux, sans doute un peu plus piquants.

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  • Replies
    Christof
    Participant

    Jérome, une bien jolie aude aux vins du Languedoc, aux vins tout court.

    Je resens à ma façon, avec mon expérience bien plus corte que la tienne, les mêmes sensations. Et c’est effectivement Mas Jullien, Montcalmes, entre autres, qui ont su scuplter ce sud et lui rendre grâce, du moins à mes yeux.
    J’aime l’idée que ce désir tu le compares, tu le magnifies en lui donnant les traits d’une amante délaissée, et que plus loin tu t’attaches à observer ce qui à l’intérieur comme à l’exterieur a évolué.

    En se promenant aux alentours d’Aniane, dans cette garrigue baignée de lumière aux odeurs de thym, on ne peut que remercier ces vignerons talentueux qui nous livre année après année un murmure, un baiser de leur coin de paradis.

    A n’en pas douter, l’avenir est clément. 2013 s’annonce comme un grand millésime et il y a eu récemment beaucoup d’investissements réalisés dans de nombreux domaines (Terasse d’Elise, Vaisse, Saint sylvestre, Montcalmes ….. ). Une promesse pour l’avenir. En espérant que cette jolie fille ne devienne pas une enfant gatée qui nous fasse regretter cette élégance qu’elle a su conjuguer avec sa générosité et sa liberté.

    Christophe

    Gaëtan QUERARD
    Participant

    Bonjour Jérôme,

    Merci pour ce très beau C.R, tu as un talent de poète, très imagé pour retranscrire tes sentiments

    Cordialement
    Gaëtan

    AGNES CELLAN
    Participant

    … à un moment je me suis demandé si vous ne parliez pas de moi.
    Et quand on arrive à « je retrouve une compagne éduquée, polie mais qui possède quand même la belle conversation solaire que je lui aimais. », je me reprends et reviens à la réalité.

    Existe t’il encore aujourd’hui une dichotomie au sein de cette région, chez les vignerons souvent commentés (« les étiquettes ») tels que H Bizeul, Vignes Oubliées, Ermitage Pic St Loup, Mas Jullien, Champs des Soeurs, …?
    Je veux dire par là, retrouvez vous encore parmi celles qui vous ont séduit, certaines qui n’ont pas changé??
    On ne parle pas de qualité mais bien d’un changement de cap, de conception du vin?

    Agnès

    Pour ma part, je tiens à souligner ceci :

    Je reviens pas mal aussi sur les rouges languedociens et du Rhône sud pour une raison essentielle :

    Je me rends compte quand même que les rouges septentrionaux, il faut souvent se lever tôt pour avoir une chance d’aller les chercher au bon moment et je trouve que les vins du Languedoc, par les progrès qu’ils ont accompli, arrivent à conjuguer de très belle manière : grande qualité, prix correct et accessibilité de leur naissance jusqu’à 10/15 ans. Trois qualités essentielles dans le contexte qui est le miens ( vers la cinquantaine, un pouvoir d’achat stagnant, voire en baisse )
    De plus, la variété est là : que de vins différents !
    Bien sûr cela ne m’empêche pas de tomber subjuguer par un beau bourgogne ou bordeaux mais comme je l’ai dit, il y a une assurance dans les vins languedociens à se régaler qui devient un point clé.

    Jmm

    Jérôme PEREZ
    Participant

    Agnès, je ne parle pas des vins du Roussillon.
    En fait je revisite les vins d’appellation coteaux du Languedoc et dans les domaines phare, il y a quand même des constantes que l’on retrouve très différentes des vins d’il y a 10 ans.
    Moins d’extraction, souvent, des prises de bois bien plus élégantes, presque bourguignonnes, je ne sais pas si c’est moins de maturité, mais en tout cas une perception de la fraîcheur totalement différente avec, et là, je demande l’avis des techniciens, une gestion de la volatile souvent aux limites.

    Gérard ?
    Participant

    Bonsoir,

     » Mais qu’en termes galants ces choses là sont mises »

    Tout ce que vous exprimez dans ce très joli message est aussi juste sur le fond que beau dans la forme. Cela me conforte, en plus, dans l’affirmation de mes goûts relativement récents pour les vins du Languedoc, alors que je suis à un âge, relativement avancé, qui m’a fait connaître les Languedoc d’avant. Mais c’était avant…
    Et comme vous citez mes Languedoc préférés – Grange des Pères, Mas Julien, Montcalmès – je ne peux qu’applaudir à deux mains cette envolée lyrique et languedocienne.
    :)-D
    Bien cordialement.

    Gérard

    Sylvain Dorriere
    Participant

    Jmm

    +1.

    Jérôme

    A mon humble avis, mais pas sur tous les domaines, l’avantage du Languedoc est la gourmandise du fruit non acidulés. Ce plein de gourmandise est souvent accompagné d’une belle fraîcheur.
    Après, certains domaines me semblent supérieurs pour leur blanc que leur rouge ( Mas Bruguière, Ermitage, etc…) car leur rouge ont encore un excès de quelquechose…

    A suivre

    Sylvain

    laurent garlin
    Participant

    Après, certains domaines me semblent supérieurs pour leur blanc que leur rouge ( Mas Bruguière, Ermitage, etc…) car leur rouge ont encore un excès de quelquechose…

    j’pense tout l’inverse 🙂 le niveau des blancs s’il est bon chez certains domaines (je trouve que le roussillon est supérieur en blanc), n’atteint pas les sommets que les rouges peuvent atteindre dans cette région.

    Gérard ?
    Participant

    « j’pense tout l’inverse le niveau des blancs s’il est bon chez certaions domaines (je trouve que le roussillon est supérieur en blanc), n’atteint pas les sommets que les rouges peuvent atteindre dans cette région. »

    Avis partagé !

    Mais il faut reconnaitre que GDP blanc est un régal depuis quelques années. Pas d’excès de quoi que ce soit… Ce n’est que mon avis, mais je le partage quand même.

    Gérard

    Matthieu Guinard
    Participant

    Je suis d’accord avec Enzo, experience sans doute moins longue mais similaire.

    espelette
    Participant

    Clairement les blancs du Languedoc sont rarement grands et ce même chez la Grange des Pères (à mon humble avis) dont l’élevage est quand même un peu trop lourd à mon goût.

    Par contre on trouve de sublimes blancs en Roussillon, mais le terroir y est différent et des cépages tels que le Macabeu permettent d’avoir beaucoup de minéralité et de fraîcheur.

    laurent garlin
    Participant

    même avis sur GDP, le 12 bu récemment ne me fera pas changer d’avis.
    sinon tu remplaces minéralité par acidité et effectivement le roussillon me semble avoir des cépages mieux adaptés en blanc pour trouver des équilibres plus interessants, sans compenser forcément le déficit d’acidité par des amers trop prononcés, ce qui est souvent le cas des blancs languedociens.

    espelette
    Participant

    Fraîcheur était synonyme d’acidité dans mon esprit. En languedoc, j’aime bien quand même les domaines qui utilisent le petit manseng, car cela apporte cette petite touche d’acidité.

    Gérard ?
    Participant

    « Clairement les blancs du Languedoc sont rarement grands et ce même chez la Grange des Pères (à mon humble avis) dont l’élevage est quand même un peu trop lourd à mon goût. »

    C’est vrai souvent, mais, justement, pour avoir goûté GDP sur fûts au domaine chaque année depuis trois ans, je trouve vraiment que l’élevage n’est pas prégnant. Ca se goûtait fort bien, avant assemblage. Aucune lourdeur. Impression confirmée par une bouteille de 2010 bue il y a juste un an, qui nous a laissés fort disponibles pour la suite en rouges.

    Cordialement.
    Gérard

    Luc Javaux
    Maître des clés

    Vos raisonnements sur l’élevage de Grange des Pères devraient être revus à l’aune de la dégustation de blancs de dix ans d’âge. On en reparlera après. Comme si on reprochait le boisé des grands Bourgogne 2012…
    Pour le reste, je vous suggère de goûter également la Bégou de Maxime Magnon, et vous constaterez qu’on peut également produire de grands blancs sur la fraîcheur dans le Languedoc.

    Luc

    laurent garlin
    Participant

    Comme si on reprochait le boisé des grands Bourgogne 2012…

    ah mais rassure toi Luc, je le leur reproche aussi, à certains du moins.
    2000 bu en 2010, idem, trop de bois aromatiquement comme tactilement car je ne parle pas que de l’aromatique mais aussi du fard qu’il représente en bouche, très bourguignon dans le style en effet.
    y a que 07 que j’ai trouvé superbe, pourtant bu jeune, comme quoi c’est possible.

    la begou ne m’a jamais ébloui non plus mais bu 2/3 fois pas plus, mais c’etait bon.

    espelette
    Participant

    Luc Javaux écrivait:
    ——————————————————-
    > Vos raisonnements sur l’élevage de Grange des
    > Pères devraient être revus à l’aune de la
    > dégustation de blancs de dix ans d’âge. On en
    > reparlera après. Comme si on reprochait le boisé
    > des grands Bourgogne 2012…
    > Pour le reste, je vous suggère de goûter également
    > la Bégou de Maxime Magnon, et vous constaterez
    > qu’on peut également produire de grands blancs sur
    > la fraîcheur dans le Languedoc.
    >
    >
    > Luc

    On adapte l’élevage au jus qu’on a dans les fûts et je confirme que je suis largement moins gêné par un élevage murisaltien de 2012 (surtout si on est sur des notes grillées) que par celui de Grange des Pères, y compris sur un 2004 et un 2005 bu récemment. Mais ce n’est qu’une question de goût, je ne détiens pas la vérité.

    Luc Javaux
    Maître des clés

    Question de goût effectivement. Pour ma part, pas de boisé prégnant sur le 2004 bu en 2014, ni sur le 2001 bu en 2011, alors qu’il était encore bien présent sur le 2005 bu en 2009.
    Quant aux notes grillées murisaltiennes, elles relèvent sans doute davantage de la réduction que du bois.

    Luc

    Sylvain Dorriere
    Participant

    Bonjour

    Je suis d’accord que les Roussillons en blanc sont extras.
    Sur le languedoc, je trouve que certains blancs autour des 12-20 euros sont vraiment sympas en terme de qualité prix.
    Par exemple, je préfère les blancs de Mas Bruguieres que leurs rouges, les blancs de Ermitage pic saint loup que leurs rouges, le blanc de Mas Jullien est extra, etc dans la gamme de prix de 12-20 euros même si le blanc de Mas Jullien est un poil plus élevé.
    ce ne sont que quelques exemples pris à la volée mais il y en a d’autres.

    Les blancs du Roussillon qui sont un poil plus chers sont aussi un poil plus fin et subtil.

    Cordialement

    Sylvain

    PS : ceci n’engage que moi sur ma courte expérience mais depuis 2 ans, l’été les blancs du languedoc bien frais me donnent du plaisir immédiat contrairement aux rouges.
    PS 2 : les rhones sud blancs me semblent beaucoup plus dans le gras et la grosse artillerie que les Languedoc blancs. Les roussillon blancs deviennent des valeurs sûrs

    laurent garlin
    Participant

    si tu parles de vins d’été, ok il y en a beaucoup de sympa, mais les vins rouges sont plus que des vins d’été.

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