Caduques certitudes

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forums A propos … Caduques certitudes

  • Poste
  • PEREZ
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    En écho à une remarque dans le sujet de la dégustation géo sensorielle et même si je reconnais que ça fait un peu tarte à la crème de dire plus j’avance et moins je sais, il m’apparaît que bien des certitudes d’hier n’en sont plus.
    Ce peut être au sujet d’un vin, comme au sujet d’opinions, des vérités d’un moment qui ne tiennent pas l’épreuve du temps ou qui tout simplement ne sont plus dans l’air du temps.

    un exemple au sujet de deux vins que je connais assez bien. J’ai toujours trouvé que San Leonardo 2001 était le plus grand millésime de la Tenuta, avec 1990, devant 1999. J’ai toujours vu dans son cadet de deux ans, le 2003, un vin certes sympathique, mais un peu grossier et sans doute ai-je trop vite pensé à l’aune de ce millésime qui en Trentin comme ailleurs a été torride. Il se trouve que 2001 ne semble pas tenir la distance, s’essouffle alors le 2003 est époustouflant de jeunesse, de vitalité, il rayonne ! Un tout grand vin.
    Bon, je reconnais que ce n’est pas d’une importance capitale et que sans doute cela ne méritait pas l’ouverture d’un sujet sur LPV.

    Sauf que …

    des vérités d’un jour qui n’en sont plus le lendemain, dans le monde du vin il y en a à la pelle !

    Le chardonnay est le plus grand cépage blanc du monde.
    Puis : le riesling est le plus grand cépage blanc du monde.
    Et encore : Le chenin, c’est pas mal non plus
    Bientôt : le furmint est le plus grand cépage blanc du monde.

    les vins chiliens sont lourds
    les syrahs australiennes sont bodybuildées
    Parker n’aimait que les vins puissants et boisés
    Les grands vins sont élevés en barriques
    les vins boisés c’est de la merde
    Bettane est le plus grand dégustateur de la planète
    Bettane est le plus indépendant des journalistes critiques
    La Coulée de Serrant est un très grand vin
    La coulée de Serrant, c’est de la daube
    Bordeaux fait les plus grands vins du monde
    La Bourgogne, c’est le Top
    Vous êtes has been, Barolo et rien d’autre
    Faut être un peu curieux, et chercher dans le Piémont, il n’y a pas que Barolo
    Les meilleurs vins blancs du monde sont allemands
    Le vin sans soufre, c’est du vin nature
    Le vin sans soufre, c’est vivant
    Le vin sans soufre ça pue
    Le plus grand terroir de France, c’est le Beaujolais

    La liste pourrait s’allonger à loisir. Sans doute cette multiplication des vérités, celles d’un jour qui ne sont pas celles du lendemain vient elle que la voix du maître est reléguée au passé, quand la voix du maître était la voie à suivre et que ce monde nouveau à la fois d’horizons nouveaux et d’horizons lointains changent passablement la donne.
    Réjouissant finalement ou fatiguant ?

Affichage de 20 réponses de 1 à 20 (sur un total de 145)
  • Replies
    Gérard ?
    Participant

    « Une certitude n’a jamais été une preuve. Une preuve n’a jamais été ni ne sera une vérité »
    A.Einstein

    Antoine Vié
    Participant

    J’ai l’impression que la plupart des gens que j’ai pu rencontrer avec ce types de discours n’étaient pas les plus intéressants. On peut avoir ses propres goûts mais les réels amateurs et passionnés de vin ne cataloguent pas aussi facilement àmha.

    Quand on parle de vin, c’est un peu comme les nouvelles technologies, on est toujours à la ramasse avec un temps de retard à un moment ou un autre.

    J’ai l’impression que je ne cesserai jamais d’en apprendre et d’en découvrir sur le vin tout au long de ma vie.

    jean-luc JAVAUX
    Participant

    J’ai l’impression que je ne cesserai jamais d’en apprendre et d’en découvrir sur le vin tout au long de ma vie.

    Là, t’as pas bon car c’est une certitude qui n’est pas caduque pour un sou…

    jlj

    Antoine Vié
    Participant

    J’ai utilisé le mot  » impression », et non pas  » je suis certain »

    Patrick Essa
    Participant

    Très intéressantes remarques Jerome. Les vérités d’un jour sont bien loin d’être celles du lendemain et il est évident qu’il ne faut jamais ériger ces affirmations en dogmes.
    Combien le conformisme est à l’origine de nombre de « modes » qui gangrènent le milieu culturel du vin en instillant des sentences toujours plus définitives sur ce qu’il « devrait être ».
    Bio, nature,vivant,classé, premier, grand, premier grand, étoilé…
    Pendant ce temps on continue de servir des Crus blancs trop glacés et des Crus rouges chambrés à 20 degrés en des lieux où l’on postule que la zone de production les type si fortement que le moindre grain de sable peut en transformer le goût… sans jamais isoler le dégustateur qui pourtant est sans aucun doute celui qui connaît les plus grandes variations de son potentiel perceptif!
    Bref, lucidement, on apprend tous les jours que l’on ne sait pas vraiment pourquoi un vin nous séduit.
    Et c’est bien ainsi.

    hannibal
    Participant

    A cela je répondrai ceci : le passionné est excessif par nature.
    Du genre à dire, le jour où il tombe sur un muscadet exceptionnel (ou simplement parce que c’est jour pas fait comme un autre) : le melon est le plus grand cépage blanc du monde !

    Fénice Stéphane
    Participant

    [i]Le plus grand terroir de France, c’est le Beaujolais
    [/i]
    Moi qui croyait que le plus grand terroir de France était la Belgique , j’en apprend tous les soirs B)

    Jérôme PEREZ
    Participant

    Patrick,
    je te rejoins totalement sur le fait que le dégustateur est la plus grande variable d’une dégustation. C’est la raison pour laquelle quand je lisais Gibet qui notait à 0,25 près, je lui demandais combien il s’attribuait ce jour là en tant que dégustateur …

    Tiens une autre certitude caduque du monde du vin : Patrick Essa est un type insupportable ? -))

    oliveira serge
    Participant

    [quote= »Jérôme Pérez » post=1015792

    Tiens une autre certitude caduque du monde du vin : Patrick Essa est un type insupportable ? -))[/quote]

    Là on serait plutôt sur une idée reçue, non !? 😀
    ::out::

    « Une certitude est une idée dont on n’a pas eu le temps de se défaire. »
    Philippe Bouvard

    Jérôme PEREZ
    Participant

    les idées reçues sont parfois des idées qu’on a envoyées … -)

    Patrick Essa
    Participant

    Parmi les vérités incontournables du monde du vin je crois pouvoir affirmer que je vis dans une région où les mythes sont portés à leur paroxysme et en plus de cela je vinifie quelques unes des appellations représentant l’epitomée de ce dernier. Tu imagines Jerome combien il serait simple de prendre toutes les sentences définitives qui les accompagnent pour argent comptant sans essayer de comprendre les choses en profondeur.
    Je m’y refuse avec obstination pourtant car j’ai une sainte horreur des discours que l’on te demande de benoîtement approuver en une sorte de dévotion faisant de toi un vassal intellectuel.
    Si les vins par leur emplacement peuvent être à la hauteur de tes attentes, ils n’ont en rien une dette absolue à ce lieu qui leur permet de s’épanouir. Ces fadaises vont d’ailleurs à l’encontre de toute l’historicité De cette région qui s’est fondée sur le labeur et l’observation de règles aussi simples que compréhensibles. La magie n’ayant ici aucune part, le mythe étant une arnaque commerciale bien huilée qui perdure et s’amplifie Depuis seulement 70 ans. Pas plus.
    Auparavant les sols étaient perçus comme naturellement porteur de nuances à relier à l’équilibre – un vin n’est rien sans lui – des fruits qu’ils portaient. Ces équilibres typant en douceur les vins en leur conférant une réelle origine. De nuances « climatiques » nous sommes passés à des caractères que d’aucun aimerait graver dans le marbre « des climats » (percevez la nuance)pour mieux en tirer les dividendes qui vont avec. En ultra-personnalisant sans raison ces veinules de terrain, on a artificiellement créé des demandes outrancières associées à des pseudos-qualités de référence. Une hérésie que nous n’allons pas tarder à payer. J’en ai peur.
    Certains, toujours plus extrémistes, imaginent même que la sensorialité des parcelles peut transparaître au point de nous faire croire que comme l’eau, le vin pourrait avoir une mémoire.
    Arrêtons ce cirque…et décrétons ces vérités absurdes, caduques!

    Jérôme PEREZ
    Participant

    voilà bien un discours que j’apprécie !
    Si je peux me permettre, il est tout de même en décalage avec ce que tu as écrit par ailleurs. Mais bon, à caduque, caduque et demi.
    je retourne tailler mon lieu chargé d’histoire et de pratiques intelligentes.

    Patrick Essa
    Participant

    J’ai une passion pour les terroirs et essaie de les comprendre en les vinifiant et en les décrivant avec rigueur.
    Cela a généré un cheminement intellectuel forcément évolutif qui ne se cache pas derrière des contre-vérités très – trop!- souvent mercantiles.
    Évoluer ici c’est peut être dans mon cas tenter de « moins me tromper » en refusant les évidences que l’on t’impose implicitement, tout en soulignant que ces « conclusions » ne sont que les miennes.

    Matthieu Guinard
    Participant

    L’histoire du boisé est emblématique.
    Un même dégustateur il y a 10 ans, trouvait un vin boisé somptueux alors que maintenant, même un joli contour boisé va le pousser à dire qu’il y a trop de bois, que le diable est dans le vin alors qu’il s’agit d’un arôme qui reste agréable.
    Et parfois, en même temps, ce même dégustateur va porter haut un vin nature qui n’est pas vin. Pour peut-être s’en écarter dans quelques années.
    Et c’est ainsi que l’on peut être amené à prononcer des vérités pour les renier par la suite.
    Personnellement, je ne trouve pas cela problématique mais je trouve quand même très intéressant d’aller chercher les ressorts de ces changements pour essayer de faire la distinction entre les causes internes et externes à soi.
    Car je pense qu’il peut y avoir une distorsion entre l’appropriation de ces phrases et son propre ressenti, verre face à soi, ressenti personnel étanche de toute influence. Et par effet d’entrainement, ces phrases finissent par faire évoluer son propre goût, sa vision.
    Les ressorts, j’en vois deux principaux mais ce ne sont pas les seuls loin de là :
    – L’influence du cercle de dégustateur avec qui on déguste :
    Faire corps autour de vérités communes du moment.
    A l’inverse, chercher à s’élever au-dessus de la mêlé pour paraître plus connaisseur que son voisin, celui qui sait se mettre à la pointe du bon raffinement ou de la nouveauté. Par conséquent, dire des vérités nouvelles et les répandre.
    – Mais, et je ne l’oublie pas, il y a :
    L’évolution naturelle de son propre goût dû la lassitude d’un style redondant, à la soif de découverte d’autres styles. Le cercle aide à faire des découvertes qui ouvrent des horizons sur son goût.

    Bien cerner pourquoi notre vision change, nos goûts évoluent reste pour ma part fondamental pour mieux déguster, accepter qu’un vin qu’on n’aime pas peut être quand même grand et surtout pour éviter de prononcer des phrases au caractère définitif.

    Gérard ?
    Participant

    Quand je lis un vigneron, je bois ses paroles.

    Benjamin Huneau
    Participant

    Moi j’ai une seule certitude, c’est que les gens qui émettent des avis définitifs sur le vin (et même sur une seule bouteille) m’agacent ou me fatiguent (selon que le jour est pair ou impair).

    Jérôme PEREZ
    Participant

    Hyllos,
    c’est bien parce que le goût est tout sauf personnel que cela change ainsi : nous ne pouvons échapper à des tas de facteurs environnementaux et surtout sociétaux.
    Mais tu as raison, c’est très intéressant, voire passionnant.

    Patrick Essa
    Participant

    Le plus difficile étant sans doute d’évaluer Un vin sans le juger tout en étant capable de faire abstraction de ses affects.
    Personne ne détient le palais omniscient qui ferait de lui le mètre – maître! – étalon du goût juste. A partir de cela il est assez simple de se forger son opinion en toute indépendance d’esprit et sans avoir le besoin constant de convaincre autrui de sa « justesse ».
    En somme déguster c’est éprouver des sensations liées à son propre potentiel gustatif…Rien de plus.

    florian demigneux
    Participant

    C’est du Kant dans le texte !

     » Pour ce qui est de l’agréable, chacun reconnaît que le jugement par lequel il déclare qu’une chose lui plaît, étant fondé sur un sentiment particulier, n’a de valeur que pour sa personne. C’est pourquoi, quand je dis que le vin des Canaries est agréable, je souffre volontiers qu’on me reprenne et qu’on me rappelle que je dois dire seulement qu’il m’est agréable ; et cela ne s’applique pas seulement au goût de la langue, du palais et du gosier, mais aussi à ce qui peut être agréable aux yeux et aux oreilles de chacun. Pour celui-ci la couleur violette est douce et aimable, pour celui-là elle est terne et morte. Tel aime le son des instruments à vent, tel autre celui des instruments à corde. Ce serait folie de prétendre contester ici et accuser d’erreur le jugement d’autrui lorsqu’il diffère du nôtre, comme s’ils étaient opposés logiquement l’un à l’autre ; en fait d’agréable, il faut donc reconnaître ce principe que chacun a son goût particulier (le goût de ses sens).
    Il en est tout autrement en matière de beau. Ici, en effet, ne serait-il pas ridicule qu’un homme, qui se piquerait de quelque goût, crût avoir tout décidé en disant qu’un objet (comme, par exemple, cet édifice, cet habit, ce concert, ce poème soumis à notre jugement) est beau pour lui ? Car il ne doit pas appeler beau ce qui ne plaît qu’à lui. Beaucoup de choses peuvent avoir pour moi de l’attrait et de l’agrément, personne ne s’en inquiète ; mais lorsque je donne une chose pour belle, j’attribue aux autres la même satisfaction ; je ne juge pas seulement pour moi, mais pour tout le monde, et je parle de la beauté comme si c’était une qualité des choses. Aussi dis-je que la chose est belle, et si je m’attends à trouver les autres d’accord avec moi dans ce jugement de satisfaction, ce n’est pas que j’ai plusieurs fois reconnu cet accord, mais c’est que je crois pouvoir l’exiger d’eux. Jugent-ils autrement que moi, je les blâme, je leur refuse le goût, tout en exigeant pourtant d’eux qu’ils le possèdent. On ne peut donc pas dire ici que chacun a son goût particulier. Cela reviendrait à dire qu’il n’y a point de goût, c’est-à-dire qu’il n’y a point de jugement esthétique qui puisse légitimement réclamer l’assentiment universel. »
    Emmanuel Kant, Critique de la faculté de juger (1790), § 7

    florian demigneux
    Participant

    Est-ce qu’il ne serait pas cependant un peu réducteur de renvoyer le vin, avec son épaisseur culturelle millénaire, à une boisson agréable ? Est-ce que justement, ce qu’il y a de passionnant dans le vin ce n’est pas cette épaisseur, cette complexité qui permet d’en discuter pendant des heures en essayant de se mettre d’accord ? Est-ce que le jugement de goût ne serait pas d’abord, comme le mot « jugement » l’indique, un choix se référant à des valeurs, forcément influencées par l’environnement et l’ère du temps (position défendue par Hannah Arendt) ? Et finalement, discuter sur le vin, sur le fait de savoir au cas par cas si la séduction boisée est un artifice ou un supplément, si un vin droit est austère ou pur, etc. ne serait-ce ouvrir un monde commun et faire de la politique au « bon » sens du terme ? Ne sommes-nous dans une association de consommateurs ou sur un « Forum » ?

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