Adieu passion…

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forums A propos … Adieu passion…

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    Bonjour

    J’écris les quelques lignes ci-dessous dans un exercice d’introspection, pour expliquer mon cheminement, et curieux de savoir si d’autres font une experience comparable. N’y voyez surtout aucune volonté de donner des leçons à quiconque.

    J’ai passé des milliers d’heures, peut-être même dizaines de milliers d’heures à m’intéresser au vin, et désormais ce n’est plus qu’une boisson conviviale et culturelle.

    J’ai commencé à m’intéresser au vin vers 1998. Alors en stage, je sejournais dans un hôtel où trainaient quelques exemplaires de la RVF. Premiers vrais salaires en 2000, premières foires aux vins. Découverte de LPV. Premières rencontres avec des LPViens en 2004. De 2005 à 2008, professionnel du vin. Depuis, la majorité des amis avec lesquels je passe des soirées et des weekends sont liés au vin, et notamment rencontrés directement ou indirectement via LPV (merci !).

    Et puis j’ai commencé à saturer.

    Comment peut-on passer un repas de 3 heures à ne parler que de cela ? Je suis admiratif de ceux qui connaissent les dernières cuvées du producteur à la mode d’Irouleguy aussi bien que le nom des vignobles autrichiens, tout en se rappelant le millésime de l’Huisserie degusté 5 ans auparavant. J’en suis incapable, je décroche. 

    Je suis infiniment plus intéressé par la découverte des convives, ou, sur LPV, par les histoires d’amitiés, de joies et parfois de peines qui transpirent dans le compte-rendus.

    En parallèle, le vin est devenu une affaire de gros sous. Moi qui rêvait de boire les meilleurs vins (quelle prétention !), et ai eu la chance de goûter la Conti, Lafite 59 ou Monprivato, j’ai eu payé certaines bouteilles jusque 400 euros. Un jour ma mère a assisté à l’un de nos déjeuners avec 5-6 amateurs. Elle a changé de couleur lorsqu’elle a appris que nous avions ouvert des bouteilles pour plus de 700 euros. Par la suite j’ai été plus discret… et plus tard j’ai compris qu’elle avait raison.

    Désormais 50 euros me semblent beaucoup pour un vin destiné à être bu et pissé, d’autant que la déception est relativement fréquente et d’autant plus forte que le vin est cher. 
    Pourtant les prix n’ont cessé de monter – je ne vais pas remettre une pièce dans le juke-box à ce sujet. Bien qu’ayant fait Math sup, j’ai mis du temps à me rendre compte de ce que représentait ce budget. Le passage par la cave donne l’illusion de ne faire une dépense ni lors de l’achat ni lors de l’ouverture. Et puis l’arrivée des groupes de luxe dans les vignobles de tradition paysanne a contribué à me détourner de ces pinot. Un grand vin c’est de la poésie, un vin de luxe c’est juste du pognon à boire, à force l’importance du flacon pervertit l’ivresse. 

    Enfin, de façon progressive depuis 15 ans, mes préoccupations se sont déplacées sur le sujet du réchauffement climatique et plus récemment de la biodiversité. Quiconque s’intéresse à ces sujets avec un peu de culture quantitative voit son référentiel de valeurs chamboulé, pour moi cela a pris un peu de temps et s’est fait en plusieurs étapes mais j’ai passé des points de non retour et je ne peux plus faire partie d’un groupe de buveurs discutant longuement sur le pont du Titanic les mérites comparés de vins à 30 euros.

    Il est sans doute essentiel dans la vie de comporter une part de légèreté et de futilité, des échappatoire à la tristesse de notre condition d’hommes et femmes. Mais pour moi la passion donne à cette légèreté un poids qui la dénature. Boire des coups entre amis n’est pas de même nature que concentrer son énergie sur le vin.

    Enfin, l’aspect qui m’a le plus retardé dans ce débranchement est l’attachement que j’ai pour tous ceux que la passion du vin m’a fait rencontrer et que je n’imagine pas rayer de la liste de mes amis. Tant de week-ends, dîners ont été organisés au prétexte de dégustations, que me priver de celles-ci risquait de me couper de ceux-là. J’ai réalisé depuis qu’il y avait un temps pour des rencontres « avec du vin » même si je ne prends plus qu’exceptionnellement part à celles « autour du vin ». Les vraies amitiés demeurent, même si les rencontres s’espacent.

    LPV heureusement s’adresse à un large public et je me sens tomber dans ceux qui lisent plus que ceux qui écrivent, je conserve une cave bien fournie, désormais celle d’un amateur plus que d’un passionné ! Je suis infiniment reconnaissant à ce forum, ses fondateurs et ses participants qui m’ont apporté tant de connaissances, de rencontres, de moments d’excitation (il y avait parfois des débats qu’il me tardait de suivre à chaque fin de réunion !), et une certaine conformation d’esprit, dans l’ouverture et la discussion, qui servent bien au-delà du vin.

    Je ne vous dis pas au revoir, car je ne m’en vais pas ; l’objet de tout le blabla ci-dessus est d’expliquer en quoi mon rapport au vin a changé et ceci même si tout cela est probablement bourré de contradictions !!

    Bonne journée à tous
    Benji

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  • Replies
    AGNES CELLAN
    Participant

    Bonjour Benji
    C’est la 3e fois que je tente d’écrire un message en réponse au votre, maudits doigts boudinés
    Votre contribution fait écho à des échanges avec un contributeur hier alors que nous prenions de nos nouvelles:  en gros, en période de galères, de doutes, de moral miné par l’actualité, ce qui nous touche et nous interroge, nous avions besoin de ces moments suspendus de partage, d’amitié autour du vin, pour reprendre des forces, de l’oxygène et repartir au front (l’ami est un « soldat »).
    Quand on a les pieds dans la boue, les mains gelées, le moral un peu bas, le dos courbé, le soldat et moi même évoquions la pensée positive, celle d’un vigneron qui se bat en permanence, innove, se diversifie, entraîne avec lui ses confrères, lutte, médite, sourit à la vie, la remercie, râle mais toujours en fait ressortir quelque chose de positif.

    Il n’y a rien d’élitiste ou de caste dans le vin pour qui souhaite le pratiquer en accord avec ses valeurs.
    Je crois comprendre un cheminement, un chemin parcouru, une évolution, le but étant qu’il vous convienne et ne vous laisse pas de regret, ce qui semble ressortir, et c’est bien ainsi. 

    Mon quotidien est pris de pensées négatives quant  à l’ampleur des chantiers qui s’imposent à nous: l’impérieuse nécessité de mettre un coup de frein à notre mode de vie, la prise en compte de valeurs de solidarité et de justice, les moyens d’agir dont on doit s’emparer sans virer dans le chaos, la nécessité de faire des efforts pour le collectif et donc des sacrifices dans notre confort et matérialisme.
    Et j’avoue que la perspective de faire un repas entre amis demain, d’ouvrir 4 bouteilles choisies avec soin, de casser la spirale du défaitisme, me fait du bien et que cela est partagé.

    Je dirais comme vous que les priorités évoluent, étant de passion plus récente, je considère encore que le vin au sens du fruit issu du travail de la terre, est un vecteur de transmission (de valeurs, de connaissances) et de construction, alors que sa consommation sera révélatrice de nos côtés obscurs (thésaurisation, étalage,…).

    Dans tous les cas (de conscience), merci de poser cette pensée, révélatrice d’une réflexion nécessaire ou à venir.

    Agnès

     

    ALEXIS DUPUIS
    Participant

    Merci Benji pour ton témoignage.
    Il me parle. Moi qui suis profondément malade de Tavco (au sens propre).

    Je me permets de vous relater mon expérience personnelle, elle est simple. J’amène tous les vins dans ma famille, et si tout le monde apprécie, je pense que le vin est un sujet de conversation maximum 2m30sec. C’est parfait ainsi (c’est amusant d’ailleurs parfois de leur sortir des vins de France hype ou chers qui passent comme du petit beaujolais nouveau dans l’indifférence générale).
    On se voit moins avec l’âge et l’important est le partage et la construction de nouvelles tranches de vie. A l’instar de ce que racontent les gouttes de Dieu, le vin en un sens édifie et prolonge ces nouveaux moments précieux.

    J’ai gardé mes meilleurs amis d’enfance (j’en ai encore 5 et on se connaît depuis 40 ans environ) et on se voit moins régulièrement là aussi et de la même Facon j’apporte les vins à nos retrouvailles (et c’est des lorrains il en faut mass ).  Enfin parfois ils me font découvrir un vin qu’ils ont aimé. Souvent biais affectif peut être ou qualité réelle, je les apprécie. 
    Ils savent que je suis passionné bien évidemment et parfois me questionnent ou me demandent un avis plus analytique mais globalement le vin doit représenter 3% du temps de la discussion. 

    Ma femme boit avec moi tous les we et ce n’est jamais un sujet non plus. Elle me dit si elle aime bien ou pas et ça s’arrête à ça le plus souvent (accessoirement elle a fini par en avoir un peu marre des mes chinoiseries natures).

    Avec la belle famille c’est un peu différent quand le beau père est là car lui est un passionné véritable mais par chance il n’a absolument jamais fait quelconques commentaires Analytiques. Donc on parle pas mal de vins mais au sens large. Avec le beau frère aussi. Mais ça reste mesuré. 

    Au final sur Lille je n’ai que deux amis aussi fondus du bocal que moi pour le vin et avec eux bien évidemment le vin prend une place bien plus conséquente lors de nos rencontres. Comme c’est rare et que j’aime ça ça me va très bien ainsi. Cela ne nous empêche nullement de digresser sur de vastes autres sujets. 

    Par lpv je pense sincèrement que j’aurais pu rencontrer bcp bcp d’amateurs, étant là depuis 20 ans environ… mais je ne l’ai volontairement pas fait pour ne pas que cette passion dévorante prenne le pas sur cet équilibre de vie fragile si cher à mes yeux. C’est cependant grâce à Lpv que j’ai connu mes plus belles soirées viniques avec Val et Fredimen évidemment, ces rencontres furtives et parfois plus ou moins improvisées comme avec Thien, Ptit philou, Raph,  Bernard, Sylvain, Benoît… et j’en oublie.
    Mais elles sont rarissimes et font le sel de ma passion. 

    Ce que j’essaye de vous décrire, c’est que, au final, on peut tout à fait conjuguer passion viscérale et amener aussi le vin en simple accessit de moments conviviaux en famille, amis ou belles rencontres dans lesquels le vin reprend simplement son vecteur initial : 

    Un exhausteur de vie.
    ni plus, ni moins.

    Au final Benji mon message n’a qu’une vocation :  Celle de te rassurer sur le fait qu’il te sera possible de sortir de cette forme d’autisme qui nous frappe tous et j’espère que pour toi aussi le vin saura (re)trouver sa vocation qui est véritablement sienne.

    Alex
     

    Jérôme PEREZ
    Participant

     Un jour ma mère a assisté à l’un de nos déjeuners avec 5-6 amateurs. Elle a changé de couleur lorsqu’elle a appris que nous avions ouvert des bouteilles pour plus de 700 euros. Par la suite j’ai été plus discret… et plus tard j’ai compris qu’elle avait raison.

    je suis bien placé pour assurer qu’elle sait bien compter !

    Tu vois Benjamin, j’ai eu la chance de boire les plus grands vins du monde, aujourd’hui je je sais que ce sont juste les plus chers.
    Je leur rends grâce de m’avoir fait comprendre où était ma passion, où plutôt quelle était ma passion. Assurément ailleurs que dans cette valse de grandes étiquettes. Découvrir encore et toujours m’a également un peu émoussé : je dois bien l’avouer.
    J’ai eu une autre chance salvatrice : celle de croiser un vrai lieu de vin: ma passion du vin en fut sauvée, régénérée : est ce la même ? Hum … pas sûr.
    j’en suis arrivé à cette conclusion : le vin n’est qu’un prétexte ; la passion est constitutive. L’important reste sans doute d’être passionné.

    ALEXIS DUPUIS
    Participant

    [quote= »Jérôme Pérez »]j’en suis arrivé à cette conclusion : le vin n’est qu’un prétexte ; la passion est constitutive. L’important reste sans doute d’être passionné. [/quote]

    Michel Gratioulet
    Participant

    Je ne suis pas surpris par le post de Benjamin qui m’avait dit son souhait de redevenir le gars qui aime le vin plutôt que l’amateur pointu.
    Personnellement, je pense n’avoir vraiment jamais été passionné au sens qu’on l’entend ici.

    Les grandes étiquettes, j’en ai bu et j’en suis totalement revenu avec tellement de déceptions au regard du prix mis dans la bouteille.
    Le prix du vin  pour la qualité gustative est clairement dans l’utilité marginale, c’est totalement évident.

    Maintenant ce qui m’anime, c’est la découverte et le plaisir de partager avec la bande de l’Yvette, notamment.

    Dans quelques jours, je pars en famille à Uchizy (Litdevin) et je compte bien demander à David et Isabelle de me servir des vins à l’aveugle.

    Tout cela n’empêche pas une folie de temps à autre car de l’uniformité naît l’ennui.

    [i]Adieu Passion
    Adieu grain d’Or, adieu collier chou[/i]

    agitateur
    Participant

    Je passe sur l’aspect financier, il est bcp trop lié au disponible de chacun et les arbitrages entre les passions ( en plus des obligations ). 

    J’imagine que la proportion de temps passé sur le sujet vin, dans une discussion, est en fait révélateur des centres d’intérêts communs. 

    Si c’est moi qui anime une séance dans un groupe asso pendant 2H30, forcément mon attention est portée vin pendant 2h20. La moitié du temps c’est moi qui parle ou pose des questions, il faut « animer » le truc. Le « public » est lui porté entre 50 et 80% du temps sur le sujet, selon le voisin de table et les sujets autres qu’ils peuvent évoquer.
    Quand on fait un repas, les gens se regroupent par affinités et la proportion en temps de discussion vin est forcément plus faible, les gens parlent de leurs sujets divers, entre les points courts de présentation ( le vin, le cépage, truc machin …l’essentiel à savoir ).

    En dehors d’un groupe asso dédié au vin, et donc à titre à la base plus amical, ça dépend des groupes et des moments. Mais je n’ai pas connu de moments ou ça parlerait 100% vin. Même avec des acharnés.
     

    jean-luc JAVAUX
    Participant

    J’ai parfois l’impression que, chez certains, la passion du vin vire souvent à la passion des grands vins, voire des grands noms.
    Je m’étonne toujours de lire des jeunes dégustateurs à la recherche absolue du graal…
    Plus que la passion du vin pour lui-même, j’aime les occasions de rencontre qu’il permet, les amis qu’il m’a offerts, les vignerons que j’ai pu rencontrer grâce à lui.
    Par ailleurs,  il en est de cette passion comme des autres, il y a des hauts et des bas…

    jlj
     

    Michel Gratioulet
    Participant

    [quote= »jean-luc javaux post=1201871 userid=3473″]
    Je m’étonne toujours de lire des jeunes dégustateurs à la recherche absolue du graal…

    jlj

     [/quote]
    Moi ça ne m »étonne pas car c’est à peu près ce que l’on a fait, tous. Pas toi ?

    [i]Ce n’est qu’après,
    Longtemps après…[/i]

    agitateur
    Participant

    [quote= »jean-luc javaux post=1201871 userid=3473″]J’ai parfois l’impression que, chez certains, la passion du vin vire souvent à la passion des grands vins, voire des grands noms.
     [/quote]

    Avis très personnel ( au travers du prisme que a été celui de mes rencontres et je n’ai pas la prétention d’en faire une généralité sociologique  ).

    J’ai l’impression que la recherche du St Graal est assez présente chez les amateurs débutants mais trés impliqués. Le Graal est trés probablement dans les grands noms, alors « on » va chercher les grands noms.
    Désolé d’y faire appel encore, ce sera pas la première fois, mais je constate celà chez ceux qui grimpent la première montagne dans la courbe de l’effet Dunning Kruger, en pleine route à cravacher vers le mont de la stupidité. 

    Pour les vieux cons expérimentés ( dans la passion ou en tout cas l’intérêt pour le vin ), aprés la vallée de l’humilité et la phase de remontée, c’est là qu’on croise de temps à autre un graal, sans l’avoir cherché.
    Le graal, c’est comme le Yéti. Plus on le cherche et moins on le trouve, s’équiper de fond en comble de manière couteuse est inutile. Et parfois par hasard on tombe dessus….

    Le fait est que dans la remontée aprés l’humilité il n’y a plus grand monde en course, mais ce sont des endurants, petit braquet, mais résistants.

    Dans la première montée vers la stupidité, il y a bcp de monde en course.
    En plus, il y a des méchants sur le bord de la route qui encouragent à aller plus vite encore que les mobylettes. Les sorciers dopeurs sont les campagnes primeurs et les comm’ outrageuses, les gourous, la spéculation.
    En plus comme y’a bcp de monde, il n’y pas assez de pilules miracle pour tout le monde ( la pilule est plus chere de 25% qu’au kilomètre précédent mais c’est une aubaine – sautez dessus !! ).
    Le pb est que  dans les pilules il n’y a pas souvent la promesse escomptée. Parfois du sucre, parfois de l’acide de batterie.

     

    Michel Gratioulet
    Participant

    Agitateur était le préparateur physique (et chimie) de Lance Armstrong 🙂

    jean-luc JAVAUX
    Participant

    [quote= »mgtusi post=1201872 userid=2205″]
    [quote= »jean-luc javaux post=1201871 userid=3473″]
    Je m’étonne toujours de lire des jeunes dégustateurs à la recherche absolue du graal…

    jlj

     [/quote]
    Moi ça ne m »étonne pas car c’est à peu près ce que l’on a fait, tous. Pas toi ?

    [i]Ce n’est qu’après,
    Longtemps après…[/i][/quote]

    Non Michel.
    Je n’ai jamais eu d’obsession irrésistible pour aucune étiquette.
    Les vins que j’ai en cave qui auraient une certaine notoriété, je les ai tous achetés prix domaine à leur sortie. Je n’ai jamais acheté une bouteille « notée  » ou « cotée  » après coup. Et, dans l’autre sens, je n’ai jamais vendu une seule bouteille de ma cave parce que le prix avait décuplé.
    Lors du dernier dîner avec les amis, il y avait 21 vins et le plus cher m’avait coûté autour de 60 euros (GDP 13) et c’était loin d’être le meilleur.

    jlj

    Michel Gratioulet
    Participant

    Moi non plus car à ma lointaine époque il n’y avait pas ou peu de spéculation, ce qui n’empêchait pas certains vins d’être chers mais pas hors de ma bourse.

    jean-luc JAVAUX
    Participant

    Bourse ou raison.
    Peut-être qu’on n’est pas des vrais passionnés. 

    jlj

    Sven d Iribarne
    Participant

    [quote= »agitateur post=1201876 userid=4031″]
    [quote= »jean-luc javaux post=1201871 userid=3473″]J’ai parfois l’impression que, chez certains, la passion du vin vire souvent à la passion des grands vins, voire des grands noms.

     [/quote]

    Avis très personnel ( au travers du prisme que a été celui de mes rencontres et je n’ai pas la prétention d’en faire une généralité sociologique  ).

    J’ai l’impression que la recherche du St Graal est assez présente chez les amateurs débutants mais trés impliqués. Le Graal est trés probablement dans les grands noms, alors « on » va chercher les grands noms.
    Désolé d’y faire appel encore, ce sera pas la première fois, mais je constate celà chez ceux qui grimpent la première montagne dans la courbe de l’effet Dunning Kruger, en pleine route à cravacher vers le mont de la stupidité. 

     [/quote]
    Je m’y reconnais un peu là dedans mais ce qui me « sauve » est que l’inflation délirante du secteur fait que le Graal est inaccessible sans arrières-pensées : quand le Graal nécessite un emprunt à la banque (après tout 10 000€ en dispo cash  (c’est le prix d’une bouteille de Leroy par exemple) est nettement au-delà du pouvoir d’achat du 10ème décile), cela n’a aucune rationalité quelconque et tombe sans ambiguïté dans la vallée de la bêtise.

    Je ferai une analogie étrange mais c’est ce que j’ai retiré de l’autobiographie d’Agassi (je suis Samprassien au demeurant – encore un élément devenu obsolète) : une fois qu’on vit pour soi, c’est plus facile de prendre des bonnes décisions. Et la recherche du Graal en matière du vin, c’est tout de même motivé par la volonté de validation des « autres » : une fois qu’on a trouvé ses goûts en matière de vin, et que l’on peut les partager avec son entourage qui a suffisamment de sagacité pour valoriser cet aspect, il n’est nul besoin d’aller se saigner aux quatres veines pour trouver la GRANDE cuvée.

    Ainsi donc, je ne peux pas plastronner d’avoir goûté de la DRC, du Chave à maturité, du Barolo, de l’Yquem ou bien du Petrus : la belle affaire, de toute façon 98% de mon environnement s’en carre et en fait, j’ai déjà été comblé par de délicieux chardonnays, des syrahs magnifiques, des vins botrytisés hallucinants, des assemblages bordelais de très grande classe, des pinots noirs exquis ou des rieslings qui m’ont tourneboulé ; ça suffit à mon bonheur.

    ALEXIS DUPUIS
    Participant

    Très en accord avec ce que tu écris Sven.
    Je dirais cependant que des Barolo à 35-50e disons il y en a de très très jolis (mais je te taquine car tu le sais déjà).
    Mais surtout que les fois où j’ai croisé des vins bouleversants (placés rétrospectivement à mon panthéon personnel) çà a davantage déclenché chez moi l’introspection et le mutisme que le dialogue avec les amis amateurs (rapport à l’environnement).
    Pour en revenir sur le post initial de Benji, il me semblait qu’il évoquait plus la lassitude de la place prise par le vin qu’une hypothétique et vaine quête.

    Alex, Samprassien évidemment

    Benjamin Huneau
    Participant

    Pour en revenir sur le post initial de Benji, il me semblait qu’il évoquait plus la lassitude de la place prise par le vin qu’une hypothétique et vaine quête.

    Merci Alex d’avoir si bien cerné mon propos, et merci pour ta réponse très intéressante en haut.
    En effet, les aspects quête du Graal et spéculation ne sont qu’un aspect du parcours que j’ai décrit. Ma lassitude porte vraiment sur la passion en général, c’est à dire la propension à ce que le vin occupe une place pathologiquement importante dans mon temps et mes préoccupations (et pas seulement mon budget ni la recherche d’un cru précis).
    Et pour ceux qui s’inquiètent pour moi, non je ne suis pas déprimé et oui on continuera j’espère longtemps à boire des canons ensemble !

    J’ajoute une observation qui me vient… Dans les repas de passionnés je préfère souvent m’assoir à côté des femmes. Souvent conjointes de passionnés, donc capables d’apprécier et de commenter, mais pour la plupart, plus éclectiques dans leur conversation.

     

    Florian Massacrier
    Participant

    Des bouleversements parfois brutaux dans une vie (maladie, accident de la vie…) font que parfois, on se rend compte que notre passion peut être reléguée au second plan sans trop de dommage…
    Je rejoins pleinement l’analyse de Benji.
    Néanmoins, pour jouer sur les mots, je ne dirais pas ​​ »adieu passion », mais plutôt évolution de la passion, ou maturité de celle-ci. Comme un vin, en somme…

    Benjamin Huneau
    Participant

    Non non, c’est bien adieu passion.
    Je me sens amateur, comme j’aime lire ou écouter de la musique, un simple centre d’intérêt qui a désormais une juste place. Pas plus.

    oliv
    Maître des clés

    Ne jamais négliger que dans toute passion, il y a une une forme de souffrance, une perte de contrôle.
    Vis à vis de la maîtrise de soi simple et raisonnable, vis à vis de ses propres valeurs et éducation, quand l’argent rentre en ligne de compte.
    Mais peut être et surtout vis à vis… des autres, ceux qui ne la partagent pas. Et donc souvent, ne la comprennent pas.
    La passion, ça isole.
    Un forum comme LPV permet de briser cet isolement. En en créant un autre, celui d’un monde à part, de l’entre soi des amateurs qu’on dit « éclairés ».

    Mais avec le temps, s’opère toujours une forme de recadrage, de recentrage, toujours à l’essentiel.
    Pour le vin, c’est souvent le prix et l’étiquette qu’on oublie une fois les grands noms bus et pissés.
    Car avec l’âge on se rend compte que même dans les plus grands moments, ce qui vous reste, ce sont les souvenirs des instants de partage, la générosité de celui ou celle qui vous a permis de le vivre, le plaisir d’avoir fait plaisir.
    Et tout éclairé qu’on soit, notre lumière n’éclaire pas le monde !

    Le vin en soi n’existe pas.
    Boire seul, c’est triste et dangereux.
    Et c’est sûrement là où il a une particularité fabuleuse, un génie propre : le vin se partage !
    Un prétexte à convivialité, un outil à faire plaisir.
    Et pas besoin de l’entre soi d’une batterie de geeks qui causent en vase clos pour ça.

    Un adieu ? Sûrement pas.
    Plutôt un recentrage sur les seules valeurs qui comptent !

    Oliv

    Delphine Cheutin
    Participant

    Je pense  qu une passion peut-être aussi cyclique et qu’une autre apparaisse a un certains moment et peut faire passer au 2ème plan la première . Ça m’est arrivé. 
    Et puis les circonstances de la vie font que l’on revient dessus. 
    une passion ne se perd pas ça ne s’oublie pas. 
    On la met en pause pour différentes raisons selon chacun . 
    on peut vivre  avec plusieurs passion mais la vie sans doit être terriblement chiante 

    Trouve toi autre chose et l’autre reviendra plus tard 

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